Archives par étiquette : bibliophilie

Vers le « surlivre »

Baetens Qu’est-ce qu’un beau livre

Qu’est-ce qu’un beau livre ?
Pour une bibliophilie populaire

Auteur : Jan Baetens

Mai­son d’édition : Press­es uni­ver­si­taires de Liège

Année d’édition : 2026

Nom­bre de pages : 228

Prix : 23 €

Livre numérique : /

ISBN : 978–2‑87562–510‑6

Voici un essai qui, à plus d’un égard, ne man­quera pas de sur­pren­dre, voire de déranger. Les mots « beau livre » et « bib­lio­philie » sem­blent annon­cer une réflex­ion sur l’amour des édi­tions orig­i­nales, des tirages réduits, des reli­ures soignées, des illus­tra­tions artis­tiques ou encore des dédi­caces d’auteur. Certes, l’épithète « pop­u­laire » voudrait infléchir le car­ac­tère éli­tiste de cet engoue­ment, mais en l’occurrence elle parait plutôt con­tra­dic­toire. Quant à l’expression ambigüe « beau livre », elle peut vis­er aus­si bien l’aspect visuel que la qual­ité lit­téraire. Bref, asso­ciant une ques­tion et une inten­tion, le titre de Jan Baetens n’affirme rien, ne promet rien : il se con­tente d’amorcer une recherche. Para­doxe sup­plé­men­taire, le vol­ume est édité par des Press­es Uni­ver­si­taires, ce qui sug­gère une œuvre savante, solide­ment char­p­en­tée, exempte de fan­taisie et de sub­jec­tiv­ité… Com­ment manœu­vr­er devant cet entrelacs de pièges et de défis ? Con­tin­uer la lec­ture

Un Blavier, sinon rien !

André BLAVIER, Un bib­li­ographe au pays des fous, Choix de textes, entre­tien et post­face de Rony Demae­se­neer, Espace Nord, 2023, 340 p., 10 €, ISBN : 978–2‑87568–585‑8

blavier un bibliographe au pays des fousLe terme de « bib­li­ogra­phie » entre dans le Dic­tio­n­naire de l’Académie française aux envi­rons de 1760, mais on con­sid­ère générale­ment le savant Gabriel Naudé (1600–1653) comme le pre­mier bib­li­ographe français en tant que tel. Et com­ment définis­sait-on Naudé en son temps ? Par sa fonc­tion de bib­lio­thé­caire (notam­ment pour Mazarin), sa haute éru­di­tion, ses qual­ités de let­tré, et son inscrip­tion per­son­nelle dans le mou­ve­ment des penseurs lib­ertins. Lui-même rédi­gea une Bib­li­ographia polit­i­ca, réu­nis­sant un vaste cor­pus de références et de textes con­sacrés à la chose poli­tique. Con­tin­uer la lec­ture

« Saisir le quotidien dans ce qu’il a de plus simple, de plus évident »

Un coup de cœur du Car­net

Emmanuel RÉGNIEZ, Cédric FRIGGERI, Ordinaire(s), Marges en pages, 2019, 176 p., 35 €, ISBN : 978–2‑9540904–3‑6

Emmanuel Rég­niez tient ses promess­es. À chaque fois que nous refer­mons un de ses livres, nous sommes impa­tients de lire le suiv­ant, et cette impa­tience com­porte sa part d’inquiétude : ne fail­li­ra-t-il pas un jour ? Ne fini­ra-t-il pas par décevoir cette attente ? Eh bien non. Emmanuel Rég­niez tient ses promess­es. Il est entré en lit­téra­ture par la voie de l’exigence, et il ne dévie pas de sa route. Nous venons de ranger Ordinaire(s), son dernier opus, sur les rayons de notre bib­lio­thèque, et nous savons déjà qu’elle risque fort de ne pas en sor­tir indemne. Con­tin­uer la lec­ture

Le poète-troupier du Spantole

Pierre-Jean FOULON, XL, Span­tole, 2018, DL 2018–0667‑4
Pierre-Jean FOULON, Los du troupi­er post­mod­erne et de ses acolytes, Span­tole, 2018, DL 2018–0667‑1

Pierre-Jean Foulon est un homme du livre, sous toutes ses cou­tures pour­rions-nous dire. Licen­cié en philolo­gie clas­sique et doc­teur en His­toire de l’art, il est con­ser­va­teur hon­o­raire de la Réserve Pré­cieuse du musée roy­al de Mariemont au sein de laque­lle il a notam­ment créé une sec­tion con­sacrée aux livres d’artistes. En marge de ses travaux académiques, ce pas­sion­né est aus­si auteur de textes qui oscil­lent entre poésie et prose. Une écri­t­ure exigeante et dis­crète que l’on suit per­son­nelle­ment depuis la pub­li­ca­tion du recueil À bor­ds déchi­quetés, paru en 1991 aux édi­tions du Span­tole, la mai­son que fon­da son père, l’écrivain et essay­iste Roger Foulon, imp­ri­mant ses textes poé­tiques sur une presse privée arti­sanale. C’est dire que la matéri­al­ité du livre occupe une place impor­tante dans le par­cours de Pierre-Jean qui naturelle­ment s’est tourné, dans le cadre de ses fonc­tions de con­ser­va­teur et d’enseignant, vers l’étude et la pro­mo­tion des livres d’artistes et des métiers qui y sont liés, graveurs, imprimeurs, édi­teurs con­fi­den­tiels, illus­tra­teurs, etc. Rap­pelons aus­si que cette his­toire de « famille » est fil­iale­ment rat­tachée à la ville de Thuin qui abrite d’ailleurs une Mai­son de l’imprimerie et de la typogra­phie. Une région, la Thu­dinie, chère au cœur des Foulon qui l’ont arpen­tée et à laque­lle le nom des édi­tions, Span­tole, est étroite­ment lié puisque qu’il évoque un canon, une pièce à feu en fer forgé, butin sym­bol­ique de la ville qui fut, au cours des siè­cles, le théâtre de nom­breux sièges mil­i­taires. Une pas­sion aus­si pour le pat­ri­moine et l’histoire du « con­té » thu­dinien, pour la per­pé­tu­a­tion du folk­lore des célèbres march­es de l’Entre-Sambre-et-Meuse et dont l’auteur est un fer­vent par­ti­san. Con­tin­uer la lec­ture

Un précipité du corps avant l’été

Elke DE RIJCKE, Juin sur avril (extrait), Juni over april (frag­ment), éd. bib­lio­phile bilingue, Druk­sel, 2017, 48 p., 20 €

de rijcke juin sur avrilLe corps est au cœur de la poésie d’Elke De Rijcke. En quar­an­taine[1], lacéré ou jouis­sant, le corps essuie les coups portés par les échouages suc­ces­sifs. Mais il se relève tou­jours, réap­prend les gestes quo­ti­di­ens même si la réadap­ta­tion peut être lente. Ce dernier recueil sous forme d’édition bib­lio­philique bilingue est un frag­ment. Bribes d’un tra­vail en mou­ve­ment plus large que l’auteur entre­prend comme on prendrait le large, vers des con­trées incon­nues, insoupçon­nées. Les ter­mes médi­caux, pré­cis qui jalon­nent le texte ajoutent au sen­ti­ment d’intimité qui se tisse entre le lecteur et la page, peau que l’on caresse et pénètre par­fois. Celle de l’amant vain­cu ou fuyant, celle morcelée du malade en sur­sis : Con­tin­uer la lec­ture

Arnaud de la Croix, le cryptobibliomane

Arnaud DE LA CROIX, Treize livres mau­dits, Racine, 2016, 175 p., 19.95 €

Les zones souter­raines et occultes du savoir ont tou­jours pas­sion­né le philosophe et essay­iste Arnaud de la Croix. À énumér­er ses sujets de prédilec­tion (la quête du Graal, la magie noire, les Tem­pli­ers, les Illu­mi­nati, les rap­ports entre Hitler et la franc-maçon­ner­ie), l’on se croirait devant un ray­on de ces J’ai lu de jadis, à la jaque­tte rouge pro­fond et gon­do­lés, ou encore par­courant le som­maire d’un numéro de la revue Planète… Mais à la dif­férence des pseu­do-savants de l’ésotérisme, qui dis­simu­lent sous un jar­gon opaque leur savoir, Arnaud de la Croix fait de la lis­i­bil­ité sa ver­tu pre­mière. Ce par­ti pris de sim­plic­ité aura beau être taxé de « sim­plisme » par les mages et les ini­tiés, on leur répon­dra que pour accéder aux plus hauts rayons des bib­lio­thèques, on a bien besoin d’un escabeau et que, lorsque l’on n’a pas un tel sup­port à dis­po­si­tion, autant s’en fab­ri­quer un à grand ren­fort de livres empilés. Con­tin­uer la lec­ture

Propos éphémères

Christian LIBENS

Ces Pro­pos éphémères sont ceux qu’Alain Dan­tinne vient de con­fi­er à quelques heureux – enten­dons les hap­py few amoureux de la belle ouvrage bib­lio­philique. Ain­si le dernier-né de Dan­tinne a‑t-il été « Com­posé au plomb dans ce vieux romain corps 10 et tiré sur presse typographique à pla­tine du siè­cle dernier, par un typographe non moins jeune… » Et l’éditeur (Arch’Libris à Charleville-Méz­ières) de pré­cis­er encore : « Tirage à 178 exem­plaires numérotés aug­men­té de 22 exem­plaires de chapelle », ce qui résonne déjà, aux oreilles de bib­lio­philes, comme un début de poème… Con­tin­uer la lec­ture