
Qu’est-ce qu’un beau livre ?
Pour une bibliophilie populaire
Auteur : Jan Baetens
Maison d’édition : Presses universitaires de Liège
Année d’édition : 2026
Nombre de pages : 228
Prix : 23 €
Livre numérique : /
ISBN : 978–2‑87562–510‑6
Voici un essai qui, à plus d’un égard, ne manquera pas de surprendre, voire de déranger. Les mots « beau livre » et « bibliophilie » semblent annoncer une réflexion sur l’amour des éditions originales, des tirages réduits, des reliures soignées, des illustrations artistiques ou encore des dédicaces d’auteur. Certes, l’épithète « populaire » voudrait infléchir le caractère élitiste de cet engouement, mais en l’occurrence elle parait plutôt contradictoire. Quant à l’expression ambigüe « beau livre », elle peut viser aussi bien l’aspect visuel que la qualité littéraire. Bref, associant une question et une intention, le titre de Jan Baetens n’affirme rien, ne promet rien : il se contente d’amorcer une recherche. Paradoxe supplémentaire, le volume est édité par des Presses Universitaires, ce qui suggère une œuvre savante, solidement charpentée, exempte de fantaisie et de subjectivité… Comment manœuvrer devant cet entrelacs de pièges et de défis ? Continuer la lecture

Emmanuel Régniez tient ses promesses. À chaque fois que nous refermons un de ses livres, nous sommes impatients de lire le suivant, et cette impatience comporte sa part d’inquiétude : ne faillira-t-il pas un jour ? Ne finira-t-il pas par décevoir cette attente ? Eh bien non. Emmanuel Régniez tient ses promesses. Il est entré en littérature par la voie de l’exigence, et il ne dévie pas de sa route. Nous venons de ranger Ordinaire(s), son dernier opus, sur les rayons de notre bibliothèque, et nous savons déjà qu’elle risque fort de ne pas en sortir indemne.
Pierre-Jean Foulon est un homme du livre, sous toutes ses coutures pourrions-nous dire. Licencié en philologie classique et docteur en Histoire de l’art, il est conservateur honoraire de la Réserve Précieuse du musée royal de Mariemont au sein de laquelle il a notamment créé une section consacrée aux livres d’artistes. En marge de ses travaux académiques, ce passionné est aussi auteur de textes qui oscillent entre poésie et prose. Une écriture exigeante et discrète que l’on suit personnellement depuis la publication du recueil À bords déchiquetés, paru en 1991 aux éditions du Spantole, la maison que fonda son père, l’écrivain et essayiste Roger Foulon, imprimant ses textes poétiques sur une presse privée artisanale. C’est dire que la matérialité du livre occupe une place importante dans le parcours de Pierre-Jean qui naturellement s’est tourné, dans le cadre de ses fonctions de conservateur et d’enseignant, vers l’étude et la promotion des livres d’artistes et des métiers qui y sont liés, graveurs, imprimeurs, éditeurs confidentiels, illustrateurs, etc. Rappelons aussi que cette histoire de « famille » est filialement rattachée à la ville de Thuin qui abrite d’ailleurs une Maison de l’imprimerie et de la typographie. Une région, la Thudinie, chère au cœur des Foulon qui l’ont arpentée et à laquelle le nom des éditions, Spantole, est étroitement lié puisque qu’il évoque un canon, une pièce à feu en fer forgé, butin symbolique de la ville qui fut, au cours des siècles, le théâtre de nombreux sièges militaires. Une passion aussi pour le patrimoine et l’histoire du « conté » thudinien, pour la perpétuation du folklore des célèbres marches de l’Entre-Sambre-et-Meuse et dont l’auteur est un fervent partisan.
Le corps est au cœur de la poésie d’Elke De Rijcke. En quarantaine
Les zones souterraines et occultes du savoir ont toujours passionné le philosophe et essayiste Arnaud de la Croix. À énumérer ses sujets de prédilection (la quête du Graal, la magie noire, les Templiers, les Illuminati, les rapports entre Hitler et la franc-maçonnerie), l’on se croirait devant un rayon de ces J’ai lu de jadis, à la jaquette rouge profond et gondolés, ou encore parcourant le sommaire d’un numéro de la revue Planète… Mais à la différence des pseudo-savants de l’ésotérisme, qui dissimulent sous un jargon opaque leur savoir, Arnaud de la Croix fait de la lisibilité sa vertu première. Ce parti pris de simplicité aura beau être taxé de « simplisme » par les mages et les initiés, on leur répondra que pour accéder aux plus hauts rayons des bibliothèques, on a bien besoin d’un escabeau et que, lorsque l’on n’a pas un tel support à disposition, autant s’en fabriquer un à grand renfort de livres empilés.
Ces Propos éphémères sont ceux qu’Alain Dantinne vient de confier à quelques heureux – entendons les happy few amoureux de la belle ouvrage bibliophilique. Ainsi le dernier-né de Dantinne a‑t-il été « Composé au plomb dans ce vieux romain corps 10 et tiré sur presse typographique à platine du siècle dernier, par un typographe non moins jeune… » Et l’éditeur (Arch’Libris à Charleville-Mézières) de préciser encore : « Tirage à 178 exemplaires numérotés augmenté de 22 exemplaires de chapelle », ce qui résonne déjà, aux oreilles de bibliophiles, comme un début de poème…