Luc BABA, Elephant Island, Belfond, 2016, 216 p., 17 €/ePub : 11.99 €
Luc Baba est loin d’être un novice dans l’art subtil du roman. Depuis un quinzaine d’années, il nous a donné tout autant de volumes et il s’est construit un univers romanesque bien à lui. Tout le monde me manque, paru en 2008, avait marqué une évolution : devenue un rien plus grave, son écriture avait gagné en maturité, incluant davantage la souffrance et la solitude dans des fictions largement dominées par l’onirisme et le merveilleux. Avec Elephant Island, il revisite le monde de l’enfance en replongeant dans l’actualité troublée des années qui ont entouré la première guerre mondiale et l’entre-deux-guerres. Continuer la lecture
Le Collectionneur de soupirs commence par une transgression, un soir de deuil. Le matin, le narrateur a enterré sa mère. Le soir, il a rendez-vous avec des prostituées de luxe ou de bas étage dans une sorte de défi au temps qui passe et à ses morts. Des morts qu’il collectionne comme il collectionne les soupirs orgasmiques des amours tarifés, entre sperme et cyprine. Parmi ses disparus, son père omniprésent et sa passion pour les disques et livres classiques afin de se donner l’illusion de faire entrer « la grande culture » dans ses murs, mais aussi pour les trompe-la-mort oubliés de la Formule 1 de l’entre-deux-guerres. On notera au passage que l’auteur, Philippe Lambert, a publié précédemment un essai intitulé Pilotes de Formule 1 – L’épreuve des hommes (Calmann-Lévy, 1993).
Pierre Drieu la Rochelle fait partie de ces auteurs (à juste raison) dont on ne peut prononcer le nom ou aborder les écrits sans précautions. La polémique sur ses années fascistes, son adhésion au Parti populaire français de Jacques Doriot se ravive régulièrement, comme lors de la sortie, en 2012, du volume de la Pléiade consacré à ses Romans, récits, nouvelles. Toujours, avec les écrivains de la collaboration, la question de la qualité et de la pertinence de l’œuvre se pose de façon plus aiguë que pour les autres. Ainsi, l’on peut se demander si celle de Drieu, depuis longtemps éditée en poche, adaptée au cinéma, a sa place si haut dans le panthéon de la littérature française. 

