Archives par étiquette : guerre

De la puissance des songes et des mots

Luc BABA, Ele­phant Island, Bel­fond, 2016, 216 p., 17 €/ePub : 11.99 €

babaLuc Baba est loin d’être un novice dans l’art sub­til du roman. Depuis un quin­zaine d’années, il nous a don­né tout autant de vol­umes et il s’est con­stru­it un univers romanesque bien à lui. Tout le monde me manque, paru en 2008, avait mar­qué une évo­lu­tion : dev­enue un rien plus grave, son écri­t­ure avait gag­né en matu­rité, inclu­ant davan­tage la souf­france et la soli­tude dans des fic­tions large­ment dom­inées par l’onirisme et le mer­veilleux. Avec Ele­phant Island, il revis­ite le monde de l’enfance en rep­longeant dans l’actualité trou­blée des années qui ont entouré la pre­mière guerre mon­di­ale et l’entre-deux-guerres. Con­tin­uer la lec­ture

Un singe en hiver affectif

Philippe LAMBERT, Le Col­lec­tion­neur de soupirs, Neufchâteau, Weyrich, coll. « Plumes du Coq », 2015, 180 p., 14 €/ePub : 9.99 €

Le Col­lec­tion­neur de soupirs com­mence par une trans­gres­sion, un soir de deuil. Le matin, le nar­ra­teur a enter­ré sa mère. Le soir, il a ren­dez-vous avec des pros­ti­tuées de luxe ou de bas étage dans une sorte de défi au temps qui passe et à ses morts. Des morts qu’il col­lec­tionne comme il col­lec­tionne les soupirs orgas­miques des amours tar­ifés, entre sperme et cyprine. Par­mi ses dis­parus, son père omniprésent et sa pas­sion pour les dis­ques et livres clas­siques afin de se don­ner l’illusion de faire entr­er « la grande cul­ture » dans ses murs, mais aus­si pour les trompe-la-mort oubliés de la For­mule 1 de l’entre-deux-guerres. On notera au pas­sage que l’auteur, Philippe Lam­bert, a pub­lié précédem­ment un essai inti­t­ulé Pilotes de For­mule 1 – L’épreuve des hommes (Cal­mann-Lévy, 1993). Con­tin­uer la lec­ture

De sang et d’encre

Frédéric SAENEN, Drieu la Rochelle face à son œuvre, Gol­lion (Suisse), Info­lio édi­tions, 2015, 200 p., 24,90 €

Pierre Drieu la Rochelle fait par­tie de ces auteurs (à juste rai­son) dont on ne peut pronon­cer le nom ou abor­der les écrits sans pré­cau­tions. La polémique sur ses années fas­cistes, son adhé­sion au Par­ti pop­u­laire français de Jacques Dori­ot se ravive régulière­ment, comme lors de la sor­tie, en 2012, du vol­ume de la Pléi­ade con­sacré à ses Romans, réc­its, nou­velles. Tou­jours, avec les écrivains de la col­lab­o­ra­tion, la ques­tion de la qual­ité et de la per­ti­nence de l’œuvre se pose de façon plus aiguë que pour les autres. Ain­si, l’on peut se deman­der si celle de Drieu, depuis longtemps éditée en poche, adap­tée au ciné­ma, a sa place si haut dans le pan­théon de la lit­téra­ture française. Con­tin­uer la lec­ture

La guerre d’Espagne racontée à mon neveu

Alain MUNOZ, D’ailleurs, Brux­elles, Habeas Cor­pus, 2015, 56 p.

munozPub­lié chez Habeas Cor­pus (alter­comix), label brux­el­lois indépen­dant de bande dess­inée fondé par Alain Munoz (voir alainmunoz.blogspot.be), D’ailleurs est une bande dess­inée petit for­mat en noir et blanc qui évoque avec pudeur et sen­si­bil­ité un page douloureuse de l’histoire européenne du XXe siè­cle. Con­tin­uer la lec­ture

Le monde se reflète dans une goutte d’eau

Un coup de coeur du Carnet
Émilie GÄBELE

cottonSix jeunes par­courent la ville à la recherche de l’amour, d’un tra­vail, du bon­heur, du plaisir, du récon­fort… Cha­cun à leur tour, par cou­ple ou seul, ils nous racon­tent leurs déboires sen­ti­men­taux, leurs pul­sions, leur soif de change­ment, leur envie de meurtre par­fois. Con­tin­uer la lec­ture

Et au bout de l’exil?

Philippe BEHEYDT, Stéphanie MANGEZ et Emmanuel DE CANDIDO, Exils 1914, Carnières, Lans­man, coll. « Théâtre à vif », 2014, 46 p., 10 €

 

beheydt_duhamelLa com­mé­mora­tion de la Grande Guerre met large­ment l’accent sur les souf­frances des com­bat­tants et de la pop­u­la­tion, que ce soit dans les dis­cours offi­ciels, les livres et revues d’histoire, les ouvrages de fic­tion. On insiste cepen­dant moins sur les « dégâts col­latéraux », selon une ter­mi­nolo­gie héritée d’un autre con­flit. Les pro­fonds boule­verse­ments soci­aux qu’a entraînés la guerre ont plongé des indi­vidus dans des sit­u­a­tions où leur des­tin leur échap­pait, où par la force des choses ils ont été amenés à faire des choix qu’ils croy­aient être les bons et à se retrou­ver finale­ment par­mi les per­dants. On par­le ici de sit­u­a­tions tris­te­ment banales d’individus eux aus­si banals. Con­tin­uer la lec­ture