Archives par étiquette : réalisme magique

« Nous rencontrons en rêve nos propres fantômes échevelés »

Un coup de cœur du Car­net

Xavier HANOTTE, Le feu des luci­oles, post­face d’Eric Faye, Bel­fond, 2024, 102 p., 20 € / ePub : 13,99 €, ISBN : 978–2‑7144–0383‑4

hanotte le feu des luciolesKei­th Dou­glas meurt le 9 juin 1944, trois jours après le débar­que­ment de Nor­mandie, à côté du char qu’il com­mande, à l’âge de 24 ans. Son œuvre poé­tique est encore peu abon­dante ; elle hante cepen­dant Le feu des luci­oles de Xavier Han­otte.

Le roman com­mence d’ailleurs par un superbe por­trait humain et lit­téraire du poète, faisant la part belle à des extraits de ses poèmes. On y décou­vre un homme han­té par la mort dont il sait qu’elle survien­dra sans doute bien­tôt ; un homme qui porte un regard trans­fig­uré par la poésie sur les réal­ités les plus dures aux­quelles il doit faire face. (Pour qui veut décou­vrir le poète, ce pre­mier chapitre est une par­faite intro­duc­tion.) Con­tin­uer la lec­ture

Maurice Carême, le maître inquiéteur

Mau­rice CARÊME, Méd­ua suivi de Nau­si­ca, Piran­ha, 2022, 156 p., 14,50 €, ISBN : 9782371190689

careme medua suivi de nausicaÀ quand une mono­gra­phie com­plète con­sacrée à Mau­rice Carême (1899–1978), qui le dégagerait de cette image de sim­ple poète (ou de poète sim­ple) qu’auront psalmod­iée, par cœur quand ce n’est à con­trecœur, des généra­tions d’écoliers ? Cet auteur que son ray­on­nement a con­tribué à opaci­fi­er fut, à l’avers, un poète doux au risque de la mièvrerie, unanime­ment recon­nu ; au revers, un romanci­er rare et d’autant plus « dur ». Ain­si dans Le mar­tyre d’un sup­port­er (1928), il annonçait l’art d’un Simenon quand il cer­nait le drame de « l’homme nu » au tra­vers d’un indi­vidu falot, que l’obsession du foot­ball dévore et déclasse. Con­tin­uer la lec­ture

Des chats, des souris et des hommes

Anne RICHTER, La four­mi a fait le coup, Sam­sa, 2021, 20 €, ISBN : 9782875933645

richter la fourmi a fait le coupAnne Richter a quinze ans lorsqu’elle rédi­ge les dix-sept con­tes rassem­blés dans le recueil, La four­mi a fait le coup, réédité aujourd’hui par Sam­sa.

Et si le titre peut paraître enfan­tin, que l’on ne s’y trompe pas, l’écriture et les sujets traités témoignent de la grande matu­rité de l’autrice en devenir. Dans ce pre­mier ouvrage annon­ci­a­teur du réal­isme mag­ique qui imprégn­era plus tard l’ensemble de son œuvre, les ani­maux et les insectes se met­tent à par­ler et les objets à s’animer parce qu’ils ont des choses à dire et à faire com­pren­dre aux humains qui les chas­sent, les utilisent, les ignorent ou les délais­sent. Con­tin­uer la lec­ture

À pleines dents

Aylin MANÇO, Ogresse, Sar­ba­cane, coll. « Exprim’ », 2020, 274 p., 16€/ ePub : 11.99 €,  ISBN : 978–2‑37731–375‑4

Paru dans la col­lec­tion « Exprim’ » chez l’éditeur Sar­ba­cane, Ogresse est un roman pour ado­les­cents frontal, sans détour, et surtout, hon­nête.

D’un bout à l’autre de l’histoire, la psy­cholo­gie des per­son­nages est soignée, tant dans les rela­tions entre les dif­férents pro­tag­o­nistes que dans l’expression des ten­sions et désirs qui habitent l’héroïne, juste­ment surnom­mée « H ».

On retrou­ve dans ce réc­it les préoc­cu­pa­tions des ados d’hier et d’aujourd’hui : l’amitié, la peur de rejet, la divorce des par­ents et l’éveil, par­fois déroutant, d’une sex­u­al­ité. Ces sujets sont traités sans détour, avec une loy­auté face au réel dont seule fait preuve une autrice qui garde bien en tête les joies et douleurs de l’adolescence. Con­tin­uer la lec­ture

André Delvaux

Le cinéaste dans la cité. Les notes d’André Del­vaux, dir. Jean MEURICE, CEP, 2018, 251 p., 18 €, ISBN : 978–2390070214

Le cinéaste dans la citéEn 1965, le film L’Homme au crâne rasé qu’André Del­vaux adapte du roman de Johan Daisne mar­qua l’avènement du ciné­ma belge mod­erne. Non que le sep­tième art belge fût totale­ment inex­is­tant. Mais André Del­vaux invente un nou­veau souf­fle qui, dans nom­bre de ses films, relèvera de ce qu’on a appelé le réal­isme mag­ique. Venu du monde de la musique, de la lit­téra­ture, pianiste qui accom­pa­gna durant des années les films muets à la Ciné­math­èque royale de Bel­gique, à cheval sur les cul­tures néer­lan­do­phone et fran­coph­o­ne, l’auteur de Ren­dez-vous à Bray, Ben­venu­ta, L’Œuvre au noir pose les pre­mières pier­res de la moder­nité du ciné­ma belge, frayant une aven­ture artis­tique pio­nnière dont bien des réal­isa­teurs actuels sont les héri­tiers. Recueil d’inédits, de textes rassem­blés par Cather­ine Del­vaux, Richard Miller, com­por­tant des cor­re­spon­dances avec Jacques Sojch­er, Philippe Rey­naert, une étude de Roger Lalle­mand sur Ben­venu­ta, un avant-dire de Raoul Ser­vais, Le cinéaste dans la cité nous plonge pour notre plus grand bon­heur dans le lab­o­ra­toire de celui qui fut à la fois cinéaste, péd­a­gogue (il fut l’un des fon­da­teurs de l’INSAS), musi­cien.

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