Archives par étiquette : solitude

Au jeu de la vie, cap ou pas cap ?

Michel DUCOBU, Seul & Seule, M.E.O., 2024, 140 p., 17 € / ePub : 9,99 €, ISBN : 978–2‑8070–0419‑1

ducobu seul & seuleÀ l’aube de ses sep­tante-cinq ans, Frédéric cherche à don­ner du sens à cette péri­ode de bilan de vie qu’il tra­verse. Seul et soli­taire, il prend con­science qu’il a mené une vie sans éclat où il n’a rien accom­pli d’exceptionnel. Il envis­age les affres du temps qui passe avec une forme de résig­na­tion ponc­tuée de touch­es d’humour. Con­tin­uer la lec­ture

Marleen et Moussa

Thier­ry ROBBERECHT, Trou­ver sa place, Weyrich, coll. « Plumes du coq », 2022, 116 p., 16 € / ePub : 9,99 €, ISBN : 978–2‑87489–737‑5

robberecht trouver sa placeMous­sa vient d’arriver à Brux­elles au terme d’un périple fou depuis sa Guinée natale. Mû par l’espoir de gag­n­er l’Angleterre et d’y trou­ver un avenir meilleur, il erre dans la gri­saille de la ville, affamé jusqu’au ver­tige, sans endroit où loger autre que les abris de car­ton où il croise ses sem­blables.

Mar­leen a la soix­an­taine tris­tounette, elle est veuve et vit seule, les enfants ont quit­té la mai­son et ne don­nent plus de nou­velles. Elle sait qu’elle fini­ra sa vie sans réel souci matériel, mais elle souf­fre de soli­tude. Ses seuls con­tacts se résu­ment aux com­merces du coin et au bistrot où elle est bonne cliente, et au face-à-face avec son écran de télévi­sion. Sans réelle per­spec­tive réjouis­sante. Con­tin­uer la lec­ture

Seul au monde

Thomas LAVACHERY, Hen­ri dans l’île, École des loisirs, 2022, 229 p., 12,50 € / ePub : 8,99 €, ISBN : 9782211323437

lavachery henri dans l'ileSuite au naufrage du Nugget en 1887, Hen­ri Malden est le seul rescapé sur l’île Litke. Ce jeune homme de 24 ans échoue sur la rive dans un état de pros­tra­tion avec trois com­pagnons qui ont suc­com­bé dans ce périple. Il se remet en mou­ve­ment pour les enter­rer digne­ment et opér­er un repérage sur l’île.

Ses pri­or­ités sont désor­mais d’assurer ses besoins vitaux : manger, dormir et se pro­téger des intem­péries. Nous le voyons évoluer dans une nature sauvage où il apprend à pêch­er et chas­s­er. Il s’habitue peu à peu à sa sit­u­a­tion et con­cen­tre toute son atten­tion sur la vie ani­male pour tan­tôt s’en servir, tan­tôt s’en pro­téger. Con­tin­uer la lec­ture

Résurrection de mots

Marie-Thérèse BODART, Le mont des oliviers, Pré­face de Pas­cale Tou­s­saint, Sam­sa, 2022, 160 p., 18 €, ISBN : 9782875933966

bodart le mont des oliviersIl suf­fit de par­courir les rayons d’une bib­lio­thèque ou de feuil­leter un ancien mag­a­zine lit­téraire pour con­stater à quel point le temps con­stitue sou­vent une rude épreuve pour un livre, même quand celui-ci ren­con­tre le suc­cès lors de sa paru­tion. Aus­si la réédi­tion représente-t-elle une entre­prise à risque, certes, mais aus­si une chance pour une œuvre d’affirmer son ampli­tude et de vivre une vie nou­velle.

Après La mois­son des orges, L’autre, Les meubles et Les roseaux noirs, les édi­tions Sam­sa pour­suiv­ent leur tra­vail remise en lumière de l’œuvre romanesque de Marie-Thérèse Bodart (1909–1981). Paru en 1956, Le mont des oliviers nous immerge dans l’univers de la réclu­sion monas­tique d’Agnès, une jeune femme en proie aux tour­ments après qu’elle a décou­vert que sa sœur a assas­s­iné l’homme qu’elle aimait et qui était aus­si son pro­pre amant. Con­tin­uer la lec­ture

La femme qui marchait dans sa tête

Mar­tine ROUHART, Les ailes bat­tantes, pré­face de Philippe Remy-Wilkin, M.E.O., 2021, 64 p., 10 € / ePub : 6.49 €, ISBN : 9782807003057

rouhart les ailes battantesLe nou­v­el opus de Mar­tine Rouhart se présente sous la forme d’un jour­nal de bord divisé en vingt-trois tableaux. L’autrice nous y relate un frag­ment de sa vie réelle, lorsqu’elle a dû se bat­tre con­tre un can­cer il y a quelques années.

Habitée par la volon­té de partager l’impartageable et d’écrire pour ne pas oubli­er, Mar­tine Rouhart nous fait part de ses réflex­ions sur sa vie boulever­sée suite à une retraite for­cée chez elle. Alors que tout un cha­cun con­tin­ue de vivre son quo­ti­di­en, elle s’isole loin des bruits du monde afin de se retir­er à l’intérieur de soi, là où les pen­sées et les émo­tions se bous­cu­lent, envis­ageant la mal­adie comme une chance de s’enrichir et de se recen­tr­er sur l’essentiel. Con­tin­uer la lec­ture

Un mur de lamentations

Marc CHAMBEAU, Restez chez vous ! Portes clos­es, Cerisi­er, 2020, 146 p., 12 €, ISBN : 978–2‑87267–226‑4

marc chambeau, Restez chez vous! Portes closesIl faut nom­mer pour appréhen­der. Chaque réc­it porte ici le titre d’un ou deux prénoms, à qua­tre excep­tions près. Soit trente por­traits courts. Autant de vies cro­quées, à crans et à crocs du microbe. Restez chez vous ! Portes clos­es. Voilà bien l’inhumaine injonc­tion imposée par un virus couron­né maître du monde depuis le print­emps dernier. Main­tenant, c’est l’automne et les vies vire­voltent en tombant comme des feuilles sous la plume de Marc Cham­beau qui ne craint pas l’anticipation. Con­tin­uer la lec­ture

La vengeance est un plat qui se mange froid

Geneviève DAMAS, La soli­tude du mam­mouth, Lans­man, 2017, 48 p., 11 €, ISBN : 978–2‑8071–0154‑8

damas solitude du mammouth.jpgBérénice s’est fait avoir comme un bleu. Alors qu’elle pen­sait couler des jours pais­i­bles avec son Brice de mari, ses enfants et sa jolie mai­son bien pro­pre, ne voilà-t-il pas que son cher et ten­dre se fait la malle avec l’une de ses étu­di­antes, une midinette de vingt-deux ans, aux jambes inter­minables et à la poitrine généreuse. Brice 1 — Bérénice 0. Les pleurs et le KO passés, il lui faut s’activer et lui mon­tr­er qu’il a eu tort de la quit­ter. Elle n’a pas passé plusieurs années de sa vie à net­toy­er ses chemis­es, lui pré­par­er à bouf­fer, organ­is­er les vacances, torcher le cul des goss­es, pay­er les fac­tures, couch­er les mioches, lessiv­er, grat­ter, suer encore et encore, pour se faire jeter comme une mal­pro­pre. Con­tin­uer la lec­ture

C’est quoi l’amour ?

Un coup de coeur du Carnet

Thomas DEPRYCK, Étreintes dans le noir, Lans­man, 2016, 60 p., 11 €   ISBN : 978–2‑8071–0127‑2

depryckQu’est-ce qu’une his­toire d’amour ? Quelque chose que nous vivons tous, ou presque. Deux soli­tudes qui se rassem­blent et qui se lan­cent, plon­gent et saut­ent ensem­ble. Un proces­sus chim­i­co-social qui reste, dans la plu­part des cas, très éphémère. L’amour fait place, le plus sou­vent, à la rou­tine, mais peut aus­si faire place à la douleur, à la rancœur, voire à la haine. Une his­toire d’amour n’est jamais toute blanche ou toute noire. Elle est joyeuse et triste à la fois. Des sen­ti­ments les plus opposés s’y man­i­fes­tent. Con­tin­uer la lec­ture

Le monde comme transfiguration

Pierre-Yves SOUCY, Neiges. On ne voit que dehors, Brux­elles, La Let­tre Volée / Ante Post, 2015, coll. « Poiesis », 78 p.

soucy.jpgOuvrir Neiges, de Pierre-Yves Soucy, c’est entr­er dans un monde éthéré, austère, presque abstrait, apparem­ment dépourvu de chaleur ou de sen­su­al­ité. Y alter­nent sans relâche frag­ments de paysages le plus sou­vent minéraux (cimes, déserts, villes, tor­rents, ciels, sources), détails du corps (yeux, peau, bouche, lèvres, épaules, genoux, paupières surtout), météores (givre, hiv­er, neige, giboulées, éclair­cie, grésil), états de la con­science (fièvre et désir, doute, silence, incer­ti­tude, anx­iété, méprise, oubli), mille mou­ve­ments de divers­es sortes mais tou­jours indociles : débâ­cle, bour­rasques, trem­ble­ment, errance, tor­rents, désor­dres, désas­tre, défla­gra­tions, bat­te­ments, rafales, salves, etc.  Toutes les con­struc­tions men­tales qui pour­raient fix­er le sens ou l’or­gan­is­er sont battues en brèche : « sup­pri­ment l’étreinte de nos con­vic­tions » (p. 9), « le doute pul­vérise toute pen­sée » (p. 10), « jusqu’à nous détach­er du réc­it » (p. 14), « l’e­spérance d’une par­ti­tion » (p. 15), « fauss­es couch­es de nos légen­des » (p. 16), « la rota­tion […] déracine nos fic­tions » (p. 18), « les malen­ten­dus s’in­ven­tent. » (p. 24)  Bref, le tableau qui s’of­fre au lecteur est de nature pro­fondé­ment chao­tique : ce long poème – car il ne s’ag­it pas d’un recueil – sem­ble avoir pour pro­pos la défaite ou l’im­pos­si­bil­ité de l’u­nité, l’in­sis­tance sur tout ce qui délie et se délie, l’in­co­ercible insta­bil­ité du monde, sinon son inhab­it­abil­ité. Con­tin­uer la lec­ture