Archives par étiquette : solitude

La vengeance est un plat qui se mange froid

Geneviève DAMAS, La solitude du mammouth, Lansman, 2017, 48 p., 11 €, ISBN : 978-2-8071-0154-8

damas solitude du mammouth.jpgBérénice s’est fait avoir comme un bleu. Alors qu’elle pensait couler des jours paisibles avec son Brice de mari, ses enfants et sa jolie maison bien propre, ne voilà-t-il pas que son cher et tendre se fait la malle avec l’une de ses étudiantes, une midinette de vingt-deux ans, aux jambes interminables et à la poitrine généreuse. Brice 1 – Bérénice 0. Les pleurs et le KO passés, il lui faut s’activer et lui montrer qu’il a eu tort de la quitter. Elle n’a pas passé plusieurs années de sa vie à nettoyer ses chemises, lui préparer à bouffer, organiser les vacances, torcher le cul des gosses, payer les factures, coucher les mioches, lessiver, gratter, suer encore et encore, pour se faire jeter comme une malpropre. Continuer la lecture

C’est quoi l’amour ?

Un coup de coeur du Carnet

Thomas DEPRYCK, Étreintes dans le noir, Lansman, 2016, 60 p., 11 €   ISBN : 978-2-8071-0127-2

depryckQu’est-ce qu’une histoire d’amour ? Quelque chose que nous vivons tous, ou presque. Deux solitudes qui se rassemblent et qui se lancent, plongent et sautent ensemble. Un processus chimico-social qui reste, dans la plupart des cas, très éphémère. L’amour fait place, le plus souvent, à la routine, mais peut aussi faire place à la douleur, à la rancœur, voire à la haine. Une histoire d’amour n’est jamais toute blanche ou toute noire. Elle est joyeuse et triste à la fois. Des sentiments les plus opposés s’y manifestent. Continuer la lecture

Le monde comme transfiguration

Pierre-Yves SOUCY, Neiges. On ne voit que dehors, Bruxelles, La Lettre Volée / Ante Post, 2015, coll. « Poiesis », 78 p.

soucy.jpgOuvrir Neiges, de Pierre-Yves Soucy, c’est entrer dans un monde éthéré, austère, presque abstrait, apparemment dépourvu de chaleur ou de sensualité. Y alternent sans relâche fragments de paysages le plus souvent minéraux (cimes, déserts, villes, torrents, ciels, sources), détails du corps (yeux, peau, bouche, lèvres, épaules, genoux, paupières surtout), météores (givre, hiver, neige, giboulées, éclaircie, grésil), états de la conscience (fièvre et désir, doute, silence, incertitude, anxiété, méprise, oubli), mille mouvements de diverses sortes mais toujours indociles : débâcle, bourrasques, tremblement, errance, torrents, désordres, désastre, déflagrations, battements, rafales, salves, etc.  Toutes les constructions mentales qui pourraient fixer le sens ou l’organiser sont battues en brèche : « suppriment l’étreinte de nos convictions » (p. 9), « le doute pulvérise toute pensée » (p. 10), « jusqu’à nous détacher du récit » (p. 14), « l’espérance d’une partition » (p. 15), « fausses couches de nos légendes » (p. 16), « la rotation […] déracine nos fictions » (p. 18), « les malentendus s’inventent. » (p. 24)  Bref, le tableau qui s’offre au lecteur est de nature profondément chaotique : ce long poème – car il ne s’agit pas d’un recueil – semble avoir pour propos la défaite ou l’impossibilité de l’unité, l’insistance sur tout ce qui délie et se délie, l’incoercible instabilité du monde, sinon son inhabitabilité. Continuer la lecture