Archives du mot-clé solitude

C’est quoi l’amour ?

Un coup de coeur du Carnet

Thomas DEPRYCK, Étreintes dans le noir, Lansman, 2016, 60 p., 11 €   ISBN : 978-2-8071-0127-2

depryckQu’est-ce qu’une histoire d’amour ? Quelque chose que nous vivons tous, ou presque. Deux solitudes qui se rassemblent et qui se lancent, plongent et sautent ensemble. Un processus chimico-social qui reste, dans la plupart des cas, très éphémère. L’amour fait place, le plus souvent, à la routine, mais peut aussi faire place à la douleur, à la rancœur, voire à la haine. Une histoire d’amour n’est jamais toute blanche ou toute noire. Elle est joyeuse et triste à la fois. Des sentiments les plus opposés s’y manifestent. Lire la suite

Le monde comme transfiguration

Pierre-Yves SOUCY, Neiges. On ne voit que dehors, Bruxelles, La Lettre Volée / Ante Post, 2015, coll. « Poiesis », 78 p.

soucy.jpgOuvrir Neiges, de Pierre-Yves Soucy, c’est entrer dans un monde éthéré, austère, presque abstrait, apparemment dépourvu de chaleur ou de sensualité. Y alternent sans relâche fragments de paysages le plus souvent minéraux (cimes, déserts, villes, torrents, ciels, sources), détails du corps (yeux, peau, bouche, lèvres, épaules, genoux, paupières surtout), météores (givre, hiver, neige, giboulées, éclaircie, grésil), états de la conscience (fièvre et désir, doute, silence, incertitude, anxiété, méprise, oubli), mille mouvements de diverses sortes mais toujours indociles : débâcle, bourrasques, tremblement, errance, torrents, désordres, désastre, déflagrations, battements, rafales, salves, etc.  Toutes les constructions mentales qui pourraient fixer le sens ou l’organiser sont battues en brèche : « suppriment l’étreinte de nos convictions » (p. 9), « le doute pulvérise toute pensée » (p. 10), « jusqu’à nous détacher du récit » (p. 14), « l’espérance d’une partition » (p. 15), « fausses couches de nos légendes » (p. 16), « la rotation […] déracine nos fictions » (p. 18), « les malentendus s’inventent. » (p. 24)  Bref, le tableau qui s’offre au lecteur est de nature profondément chaotique : ce long poème – car il ne s’agit pas d’un recueil – semble avoir pour propos la défaite ou l’impossibilité de l’unité, l’insistance sur tout ce qui délie et se délie, l’incoercible instabilité du monde, sinon son inhabitabilité. Lire la suite