Archives par étiquette : Pierre-Yves Soucy

Mémoire d’être aux confins du silence…

Un coup de cœur du Car­net

Fer­nand VERHESEN, L’offrande du sen­si­ble, Antholo­gie poé­tique, Intro­duc­tion et choix de poèmes par Pierre-Yves Soucy, Académie royale de langue et lit­téra­ture français­es de Bel­gique, 2024, 215 p., 18 €, ISBN 978–2‑8032–0086‑3

verhesen l'offrande du sensiblePrécédée d’une éclairante intro­duc­tion de Pierre-Yves Soucy, L’offrande du sen­si­ble réu­nit des textes de Fer­nand Ver­he­sen dont la pub­li­ca­tion s’échelonne de 1947 (e.a. de larges extraits du recueil Voir la nuit) jusqu’à son dernier livre paru en 2008. Deux ouvrages y fig­urent dans leur inté­gral­ité, Franchir la nuit (1970) et L’archée (1981). Con­tin­uer la lec­ture

Prix de poésie Philippe Jones 2024 : le lauréat

prix philippe jones 2024

Pierre-Yves Soucy reçoit le prix de poésie Philippe Jones des mains d’Yves Namur, secré­taire per­pétuel de l’Ar­llfb — Pho­to : Arllfb

L’A­cadémie royale de langue et de lit­téra­ture français­es de Bel­gique (Arllfb) a décerné le prix de poésie Philippe Jones 2024 à Pierre-Yves Soucy.

Le prix lui a été remis à l’oc­ca­sion d’une soirée d’hom­mage à Philippe Jones, qui aurait eu 100 ans le 8 novem­bre. Con­tin­uer la lec­ture

Poésie de la sensation originaire

Pierre-Yves SOUCY, De si près, l’ici du corps, Let­tre volée, 2023, 72 p., 15 €, ISBN : 9782873176181

Soucy De si près l'ici du corpsS’ouvrant sur une cita­tion du poète et pein­tre chi­nois Mang Ke — « Non nous n’avons rien dit / Rien que le lan­gage de la chair » —, laque­lle cita­tion brille comme un por­tique éclairant la « Stim­mung » du recueil, De si près, l’ici du corps déroule une par­ti­tion poé­tique en qua­tre par­ties. L’expérience poé­tique que Pierre-Yves Soucy éla­bore au fil d’une œuvre d’une haute tenue s’enracine dans le trou­ble d’un sen­si­ble qui éveille la chair à ses pos­si­bles, à sa ren­con­tre avec l’autre comme avec ses pro­pres ver­tiges. L’horizon sous lequel se tient la pen­sée poé­tique de Pierre-Yves Soucy a pour des­sein l’exploration d’une sen­sa­tion orig­i­naire, du chi­asme mer­leau-pon­tyen du sen­ti et du sen­tant que l’auteur pro­longe dans le creuse­ment d’une ren­con­tre en intéri­or­ité entre la chair des mots et l’espace muet des corps. Son apti­tude à capter les épipha­nies rares d’un touch­er qui brise la « soli­tude des chairs », d’un désir qui ren­con­tre l’énigme de l’autre et la sienne pro­pre extrait du vivre des moments où les chairs frôlées ou nouées com­mu­nient dans la ten­sion du vivre. Con­tin­uer la lec­ture

Rentrée littéraire 2023 : abondance et diversité

rentrée littéraire 2023

Le rit­uel est con­nu : chaque année en juin, les maisons d’édition dévoilent le pro­gramme de leur ren­trée lit­téraire. Et lec­tri­ces et lecteurs de par­tir en vacances avec la cer­ti­tude de trou­ver en librairie, dès la mi-août, pléthore de nou­veaux livres qui adouciront à n’en point douter le retour à la vie pro­fes­sion­nelle.

Cette année encore, auteurs et autri­ces belges seront nom­breux à par­ticiper à ce temps fort de l’année édi­to­ri­ale. La ren­trée lit­téraire est tra­di­tion­nelle­ment asso­ciée au roman. Il ne sera pas, loin s’en faut, le seul genre à faire l’actualité cet automne, mais il en sera cer­taine­ment l’un des points névral­giques. Tour d’horizon des sor­ties annon­cées. Con­tin­uer la lec­ture

Du geste graphique et poétique

Un coup de cœur du Car­net

Pierre-Yves SOUCY et Olivi­er SCHEFER, Ver­tiges de la main, Let­tre volée, 2022, 80 p., 18 €, ISBN : 9782873175641

soucy schefer vertiges de la main« Que fait un poète lorsqu’il des­sine ? ». Par sa ques­tion inau­gu­rale, Olivi­er Schefer inter­roge avec brio les créa­tions graphiques de Pierre-Yves Soucy en les con­frontant aux créa­tions poé­tiques. Dans les dessins au fusain, dans le dynamisme des traits, les frot­tages, les pré­cip­ités de strates, notre œil perçoit une poé­tique des traces, des empreintes et des échos. En poésie et dans les arts plas­tiques, graphiques, Pierre-Yves Soucy se livre à une explo­ration des inter­stices. Creu­sant, lais­sant affleur­er les signes, les formes, à tout le moins leur ébauche, il tra­vaille sur l’inchoatif et l’estompement, dans le respect des matières (matière des mots, matière du vis­i­ble, des traits) qu’il approche, que la main et que l’œil écoutent. Con­tin­uer la lec­ture

Pierre-Yves Soucy. Poésie des confins

Pierre-Yves SOUCY, D’un pas déviant, Frag­ments de l’attente, Let­tre volée, 2020, 144 p., 19 €, ISBN : 9782873175443

Les rivages poé­tiques aux­quels Pierre-Yves Soucy accoste dans son dernier recueil se sin­gu­larisent par une géo­gra­phie de l’attente et de la promesse. L’œuvre poé­tique qu’il con­stru­it ne cesse d’approfondir l’espace d’un verbe à venir au sens où Blan­chot par­lait du livre à venir. Le recueil D’un pas déviant. Frag­ments de l’attente met en abyme le pou­voir des mots, leur impou­voir aus­si, dans une langue qui sécrète ses con­di­tions de pos­si­bil­ité. Les ter­ri­toires qu’il arpente sont ceux du verbe et de son avant (la par­tie « Ce qu’il y a tou­jours… avant les mots »), ceux du temps, d’un réel en sus­pens dont Pierre-Yves Soucy capte le dou­ble phénomène d’apparition et de dis­si­pa­tion. La langue est au dia­pa­son de cette phénoménolo­gie du sur­gisse­ment et du retrait, en proie au bat­te­ment entre inscrip­tion et efface­ment. Con­tin­uer la lec­ture

Pierre-Yves Soucy. L’espace poétique

Pierre-Yves SOUCY, Repris­es de paroles, Let­tre volée, 2018, 64 p., 14 €, ISBN : 9782873175191

Poète, essay­iste, auteur d’une œuvre exigeante, tra­duc­teur, rédac­teur en chef de L’Étrangère, Pierre-Yves Soucy délivre dans Repris­es de paroles un espace poé­tique con­stru­it en quar­ante-huit tableaux. Toute parole n’est que reprise dès lors que les sources font retour, que les mots remon­tent les siè­cles. Offrant une sépul­ture de voca­bles à Antigone, Pierre-Yves Soucy écrit depuis la tragédie d’Antigone mais aus­si par-delà, tis­sant un dia­logue infi­ni avec la voix de celle qui défia les lois de la cité, le pou­voir que con­dense le nom de Créon. En tant que foy­er poé­tique dans un temps de détresse, Antigone inter­pelle notre présent, ses déséquili­bres, ses désar­rois. Elle est celle qui se tient face à ce qui est, qui trans­gresse les lois édic­tées par le maître des lieux. En quar­ante-huit tableaux, l’irréparable étend sa logique. Inter­polant des vers de Sopho­cle placés en italique, le poète épure la scène trag­ique, ne con­vo­quant aucun nom, taisant Créon, Polyn­ice, Étéo­cle pour mieux écouter ce qui s’arrache de l’ombre des mil­lé­naires : le con­flit entre la voix éthique et la vio­lence de l’État, la guerre entre le corps qui donne abri au mort privé de sépul­ture et le principe de la Realpoli­tik qui châtie la rébel­lion. Con­tin­uer la lec­ture

Le monde comme transfiguration

Pierre-Yves SOUCY, Neiges. On ne voit que dehors, Brux­elles, La Let­tre Volée / Ante Post, 2015, coll. « Poiesis », 78 p.

soucy.jpgOuvrir Neiges, de Pierre-Yves Soucy, c’est entr­er dans un monde éthéré, austère, presque abstrait, apparem­ment dépourvu de chaleur ou de sen­su­al­ité. Y alter­nent sans relâche frag­ments de paysages le plus sou­vent minéraux (cimes, déserts, villes, tor­rents, ciels, sources), détails du corps (yeux, peau, bouche, lèvres, épaules, genoux, paupières surtout), météores (givre, hiv­er, neige, giboulées, éclair­cie, grésil), états de la con­science (fièvre et désir, doute, silence, incer­ti­tude, anx­iété, méprise, oubli), mille mou­ve­ments de divers­es sortes mais tou­jours indociles : débâ­cle, bour­rasques, trem­ble­ment, errance, tor­rents, désor­dres, désas­tre, défla­gra­tions, bat­te­ments, rafales, salves, etc.  Toutes les con­struc­tions men­tales qui pour­raient fix­er le sens ou l’or­gan­is­er sont battues en brèche : « sup­pri­ment l’étreinte de nos con­vic­tions » (p. 9), « le doute pul­vérise toute pen­sée » (p. 10), « jusqu’à nous détach­er du réc­it » (p. 14), « l’e­spérance d’une par­ti­tion » (p. 15), « fauss­es couch­es de nos légen­des » (p. 16), « la rota­tion […] déracine nos fic­tions » (p. 18), « les malen­ten­dus s’in­ven­tent. » (p. 24)  Bref, le tableau qui s’of­fre au lecteur est de nature pro­fondé­ment chao­tique : ce long poème – car il ne s’ag­it pas d’un recueil – sem­ble avoir pour pro­pos la défaite ou l’im­pos­si­bil­ité de l’u­nité, l’in­sis­tance sur tout ce qui délie et se délie, l’in­co­ercible insta­bil­ité du monde, sinon son inhab­it­abil­ité. Con­tin­uer la lec­ture