Archives par étiquette : colonialisme

Indépendance Cha Cha

Inge SCHNEID, Bakwanga, la pierre brillante. Une vie de femme au Congo de 1950 à l’Indépendance, Couleur Livres, coll. « Je », 2019, 206 p., 18€, ISBN : 978-2-87003-893-2

En 1950, à peine âgée de vingt ans, Inge Schneid débarque au Congo belge pour rejoindre son mari, Charles, alors jeune employé de la Forminière, une importante société minière. Après un voyage en avion éprouvant et une traversée du pays, elle rejoint la région du Kasaï, réputée pour ses mines de diamants. Inge fait la connaissance d’un pays encore entièrement aux mains des Belges et des Européens. La chaleur suffocante, l’humidité ambiante, les Congolais, les villages isolés, les plaines arides, les denses forêts… tout est neuf pour elle. Elle découvre la vie de colon, ses avantages et ses inconvénients. Leur quotidien semble paisible à cette époque-là : les familles bénéficient chacune de l’aide de plusieurs boys, les femmes passent le plus clair de leur temps au bord de la piscine du Club, on s’amuse le soir autour d’un bon whisky ou lors des saturday night fever… Charles n’est pas très festif, mais Inge se plait à jouer de l’accordéon dans le petit orchestre du poste. Deux cents âmes européennes vivent à cette époque au poste de Bakwanga. Tous les hommes sont employés à la société minière qui s’étend toujours plus, sur des milliers d’hectares. Continuer la lecture

Lisette Lombé ou la désobéissance civile langagière

Lisette LOMBÉ, Black words, Arbre à paroles, coll. « IF », 2018, 96 p., 12 €, ISBN : 978-2-87406-656-6

Il est des paroles performatives qui, lancées à la face du monde, font reculer les frontières du pensable et du vivre. Black words nous donne à lire, à ressentir un corps en marche. Un corps poétique branché sur le collectif, sur le politique. Artiste explorant les collages comme objets poétiques, l’écriture, la performance slam, Lisette Lombé livre un round poétique en douze chants rythmés par des collages. La textualité et les images interrogent les conditionnements idéologiques, l’intériorisation des clichés (xénophobes, misogynes, nouvelle armature du politiquement correct…), les survivances du colonialisme, les moutures actuelles d’un postcolonialisme relooké, du patriarcat. Les convoquer, les repérer permet de les dissoudre, de saper leurs soubassements inconscients, leurs ramifications socio-politiques. Continuer la lecture

Je me souviens…

Jean-Marie DUBETZ, Le rire du jeune crocodile. Une enfance au Congo belge de 1950 à 1960. Récit d’une odyssée, Traverse, 2018, 185 p., 20 €, ISBN : 978-2-93078-328-4

Le récit que Jean-Marie Dubetz nous donne à lire est composé de fragments de son enfance dans l’ancien Congo belge, depuis ses premiers souvenirs jusqu’à ses dix ans. Il souligne d’entrée de jeu sa volonté de transmettre son histoire au sein de sa famille, mais aussi auprès d’un public plus large intéressé par son vécu particulier et l’empreinte que ce dernier a laissée sur lui, à savoir la capacité d’émerveillement de l’enfant face à la beauté du monde dans lequel il a grandi. Continuer la lecture

Le roi, ses fous et son jardin

Pierre-Luc PLASMAN, Léopold II, potentat congolais. L’action royale face à la violence coloniale, Racine, 2017, 246 p., 24,95 €, ISBN : 9782390250098

L’étude que publie l’historien Pierre-Luc Plasman se situe dans le droit fil de ses recherches sur la gouvernance des États coloniaux et vient combler une lacune dans l’historiographie de ce « cœur des ténèbres » que fut pendant des décennies le Congo belge. En effet, les précédents ouvrages sur la question, même si leur auteur affirme se ranger sous la bannière de l’objectivité scientifique, prenaient souvent un tour polémique, réquisitoire ou plaidoyer, quand il s’agit d’évoquer les conséquences sanglantes de la colonisation belge. Continuer la lecture

Le jour où la Belgique (ne) fut (pas) rattachée au Congo

COLLECTIF MANIFESTEMENT, Chronique du rattachement de la Belgique au Congo, MaelstrÖm, 2017, 212 p., 25 €, ISBN : 978-2-87505-262-9

manifestementCela devrait se passer sur une petite place, derrière l’église Saint-Boniface à Ixelles-Elsene, dans le triangle du quartier Matonge. Une plaque en émail, lettres blanches sur fond bleu, apposée sur un mur : « Place-Patrice Lumumba-Plein, Premier ministre de l’État indépendant du Congo, 1925-1961 ». Mais la bourgmestre et le collège échevinal de la commune n’en veulent pas, depuis de longues années, et découragent toutes les initiatives, y compris clandestines, en ce sens. Cela pourrait aussi se passer, carrément, sur la place des Martyrs, et plus exactement sous le monument de ladite place : le Collectif Manifestement voudrait y inhumer la dépouille (ou le peu qu’il en reste) de l’homme politique congolais, assassiné dans les circonstances que l’on connaît (vraiment ?), en janvier 1961. Mais ici aussi, ça coince. Ce qui ne serait peut-être pas le cas si… le royaume de Belgique était tout simplement rattaché à la république du Congo. Une plaisanterie ? Une aberration ? Une incongruité ? On n’oserait pas dire « une blague d’étudiants », car le Collectif Manifestement se fendrait aussitôt, en pleines vacances d’été, d’un droit de réponse au Carnet, tout ce qu’il y a de plus sérieux… Continuer la lecture