Archives par étiquette : fils

Le livre de la mère

Alan SPELLER, Rideau, Esper­luète, coll. « En toutes let­tres », 2017, 48 p., 16 €, ISBN : 9782359840889

speller rideauLe titre. Un seul mot. Rideau. De fin. Sur la vie. De la mère du nar­ra­teur. Rideau. Tran­chant comme un couteau. Découpant une scène, celle du début de la fin. La scène, mise sur une scène. Encadrée. Figée en une image trem­blée. Avec le corps de la mère gisant, en son cen­tre. Réitérée. Avec les mêmes mots, ou presque. D’ailleurs, peu de mots, tout au long de ce réc­it frag­men­taire, pour cette scène et sa suite. Une suc­ces­sion de courts syn­tagmes, tels des vers libres, de trois ou qua­tre items, sans verbe sou­vent pour les lier. Des points, des vir­gules, des ellipses,  en rem­place­ment. Con­tin­uer la lec­ture →

Tuer le fils

Mireille BAILLY, Le départ, Lans­man, 2017, 50 p., 11€, ISBN : 978–2‑8071–0145‑6

baillyLe Fils, 35 ans, est sur le départ et l’annonce de but en blanc à ses par­ents pen­dant le repas du soir. Il est 19h pré­cis­es et ils regar­dent bien tran­quille­ment la télévi­sion. Dans le cos­tume de son père, la valise à la main, le Fils a décidé de par­tir loin. Très loin. Ses par­ents ont-ils bien enten­du ? Eux qui cinq min­utes plus tôt se dis­putaient sur la poten­tielle nou­velle couleur de leur salon. Faut-il d’ailleurs vrai­ment le repein­dre ce salon ? L’incompréhension des pre­mières min­utes laisse rapi­de­ment place à la colère. Le Fils veut par­tir ? Lui qui ne sait pas s’habiller tout seul. Un assisté, pour­rait-on dire. La Mère, pour­tant si mater­nelle et affectueuse, se trans­forme en mon­stre crachant des mots vul­gaires et odieux. Le déni suit quand le Fils annonce qu’il part retrou­ver celui, et non celle, qu’il aime. Ce coup — de poignard ou de feu, c’est au choix — leur sera fatal. Le cœur de la Mère saigne de voir par­tir la prunelle de ses yeux. La soirée avance. Des mon­des con­tin­u­ent de s’affronter. Arrivent ensuite Mon­sieur, une mitraille à la main, Madame et le Fils de 33 ans de Mon­sieur et Madame, qui lui aus­si aime les hommes. N’est-il pas temps de laiss­er par­tir son petit chou­chou ? Et si cet amour était bien réel ? Et s’il ne fal­lait pas tou­jours « tuer le père » pour avancer ? Et si rien ne changeait finale­ment ? Con­tin­uer la lec­ture →

Oser inventer l’avenir ?

Nicole VERSCHOORE, Stéphane 1956, Édi­tion Sam­sa, 2016, 204 p., 18 €   ISBN : 978–2875930637

verschooreQui est ce per­son­nage au cœur du roman de Nicole Ver­schoore, Stéphane 1956 ?

Bien­tôt dix-huit ans, élève bril­lant en dernière année d’humanités, à Gand, que ses par­ents ne doutent pas de voir s’inscrire à la fac­ulté de Droit, promis à devenir avo­cat comme son père. Une voie tracée d’avance, con­forme au cer­cle famil­ial rangé, con­ven­tion­nel, sans effu­sions ni fan­taisie. Con­tin­uer la lec­ture →

En direct de l’Autistan

Un coup de coeur du Carnet

Lau­rent DEMOULIN, Robin­son, Gal­li­mard, 2016, 230 p., 19.50 €/ePub : 13.99 €   ISBN : 9782070179985

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Lui-même père d’un enfant autiste, Lau­rent Demoulin s’est assigné le défi de con­sign­er les épisodes de la vie d’un homme avec son fils atteint de ce trou­ble, Robin­son, et il nous livre un texte éton­nant, ni roman, ni réc­it, ni témoignage, mais d’une force lit­téraire indé­ni­able qui, trans­gres­sant les gen­res, nous offre une lec­ture inso­lite et intense. Con­tin­uer la lec­ture →

Où l’on assiste en direct à l’invention de l’amour

Un coup de cœur du Carnet

Marc DUGARDIN, Let­tre en abyme, Rougerie, 2016, 70 p., 13 €   ISBN : 978–2‑85668–390‑3

dugardinUn jour, nous nais­sons. Sommes enfan­tés par nos mères. Sommes lancés dans ce monde. Pour le meilleur comme pour le pire. Cha­cun, cha­cune, s’en sort ensuite comme il ou elle peut. Cer­tains et cer­taines en écrivent des livres. Juan Gel­man aura été un de ces poètes. Marc Dugardin en est un autre. Sa Let­tre en abyme peut être lue, entre autres choses, comme un hom­mage à Let­tre à ma mère de Gel­man, ce frère d’écri­t­ure, pour ain­si dire.

C’est que tous deux ont un « œuf à pel­er ». Une his­toire à vider avec leurs mères mortes. Ces boules de peur et de haine. Ces êtres qui, à leurs corps défen­dant, auront, en même temps que la vie, « fait cadeau » à leurs fils de leurs vieilles casseroles. Vieilles peines. Vieilles marottes qui vous bouf­fent l’ex­is­tence. Taris­sent aisé­ment les élans. Con­tin­uer la lec­ture →

Une mère joyeusement encombrante

Patrick IRATNI, J’ai tou­jours voulu tuer ma mère, Pierre-Guil­laume De Roux, 96 p., 21,90 €

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Les mères ont belle répu­ta­tion dans la lit­téra­ture : elles sont dévo­rantes ogress­es, dolorosa, cru­elles, saintes, sac­ri­fiées, éter­nelles mais peu à peu la lit­téra­ture est en train de délivr­er un des secrets les mieux gardés de cette époque : elles ne cessent de mourir…à répéti­tions. Con­tin­uer la lec­ture →

Au nom du Père et du Fils

Daniel ARNAUT, Les choses que l’on ne dit pas suivi de Com­man­der et men­tir, post­face de Lau­rent Demoulin, Brux­elles, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2016, 192 p., 8,5€

Les choses que l’on ne dit pas | Espace NordDaniel Arnaut entre dans la col­lec­tion Espace Nord par la pub­li­ca­tion de deux réc­its partageant une thé­ma­tique com­mune : la fig­ure pater­nelle. Au début des Choses que l’on ne dit pas (2006), un homme quitte une cham­bre d’hôpital et tente de se ménag­er un sas de décom­pres­sion avant de retourn­er à l’air hiver­nal des bien-por­tants. Il observe, dans le hall prin­ci­pal, les malades et vis­i­teurs qui cir­cu­lent ou sta­tion­nent, et inter­ag­it mal­gré lui avec cer­tains d’entre eux. Il vient de laiss­er son père sur son lit de mourant. En cinq tableaux, le nar­ra­teur évoque la vie qui fuit un corps amaigri et per­clus de douleur, la rai­son qui s’envole d’un esprit vif :

sa tête un ter­rain vague / d’où les idées s’échappent en désor­dre / comme des ani­maux hors d’un enc­los mal fer­mé / piéti­nant furieuse­ment sur leur pas­sage / toute apparence de rai­son / (et le pire de tout / fils j’ai l’impression de devenir bête / c’est qu’il s’en rend compte)

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« Tu lui ressembles tant »

Un coup de coeur du Carnet

Jacques RICHARD, Le Car­ré des Alle­mands. Jour­nal d’un autre, Édi­tions de la Dif­férence, 2016, 146 p., 17€

richard allemandsIl y a dif­férents types de cimetières. Loin des Val­lées des Rois et des Reines, des croix blanch­es mil­i­taire­ment alignées et des nécrop­oles aujourd’hui virtuelles, ceux de nos con­trées se ram­i­fient sou­vent en allées rec­tilignes et sen­tiers tortueux, entre gravier et pous­sière. Le long des caveaux en flo­rai­son ou en aban­don, nous percevons rapi­de­ment une organ­i­sa­tion sin­gulière : une par­tie anci­enne, des tombes mod­ernes, des lop­ins dévo­lus à telle ou telle con­fes­sion, des rassem­ble­ments com­mu­nau­taires post-mortem, une pelouse cinéraire. Et, au fond, tout au fond, un peu cachée, par­fois une fos­se com­mune. Le car­ré des indi­gents dans lequel sont enfouies les petites mis­ères et ensevelis les grands secrets, de ceux qui engen­drent les ques­tion­nements de toute une vie, de toutes les vies. Con­tin­uer la lec­ture →