Archives par étiquette : fils

Oser inventer l’avenir ?

Nicole VERSCHOORE, Stéphane 1956, Édition Samsa, 2016, 204 p., 18 €   ISBN : 978-2875930637

verschooreQui est ce personnage au cœur du roman de Nicole Verschoore, Stéphane 1956 ?

Bientôt dix-huit ans, élève brillant en dernière année d’humanités, à Gand, que ses parents ne doutent pas de voir s’inscrire à la faculté de Droit, promis à devenir avocat comme son père. Une voie tracée d’avance, conforme au cercle familial rangé, conventionnel, sans effusions ni fantaisie. Continuer la lecture

En direct de l’Autistan

Un coup de coeur du Carnet

Laurent DEMOULIN, Robinson, Gallimard, 2016, 230 p., 19.50 €/ePub : 13.99 €   ISBN : 9782070179985

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Lui-même père d’un enfant autiste, Laurent Demoulin s’est assigné le défi de consigner les épisodes de la vie d’un homme avec son fils atteint de ce trouble, Robinson, et il nous livre un texte étonnant, ni roman, ni récit, ni témoignage, mais d’une force littéraire indéniable qui, transgressant les genres, nous offre une lecture insolite et intense. Continuer la lecture

Où l’on assiste en direct à l’invention de l’amour

Un coup de cœur du Carnet

Marc DUGARDIN, Lettre en abyme, Rougerie, 2016, 70 p., 13 €   ISBN : 978-2-85668-390-3

dugardinUn jour, nous naissons. Sommes enfantés par nos mères. Sommes lancés dans ce monde. Pour le meilleur comme pour le pire. Chacun, chacune, s’en sort ensuite comme il ou elle peut. Certains et certaines en écrivent des livres. Juan Gelman aura été un de ces poètes. Marc Dugardin en est un autre. Sa Lettre en abyme peut être lue, entre autres choses, comme un hommage à Lettre à ma mère de Gelman, ce frère d’écriture, pour ainsi dire.

C’est que tous deux ont un « œuf à peler ». Une histoire à vider avec leurs mères mortes. Ces boules de peur et de haine. Ces êtres qui, à leurs corps défendant, auront, en même temps que la vie, « fait cadeau » à leurs fils de leurs vieilles casseroles. Vieilles peines. Vieilles marottes qui vous bouffent l’existence. Tarissent aisément les élans. Continuer la lecture

Une mère joyeusement encombrante

Patrick IRATNI, J’ai toujours voulu tuer ma mère, Pierre-Guillaume De Roux, 96 p., 21,90 €

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Les mères ont belle réputation dans la littérature : elles sont dévorantes ogresses, dolorosa, cruelles, saintes, sacrifiées, éternelles mais peu à peu la littérature est en train de délivrer un des secrets les mieux gardés de cette époque : elles ne cessent de mourir…à répétitions. Continuer la lecture

Au nom du Père et du Fils

Daniel ARNAUT, Les choses que l’on ne dit pas suivi de Commander et mentir, postface de Laurent Demoulin, Bruxelles, Impressions nouvelles, coll. « Espace Nord », 2016, 192 p., 8,5€

Les choses que l’on ne dit pas | Espace NordDaniel Arnaut entre dans la collection Espace Nord par la publication de deux récits partageant une thématique commune : la figure paternelle. Au début des Choses que l’on ne dit pas (2006), un homme quitte une chambre d’hôpital et tente de se ménager un sas de décompression avant de retourner à l’air hivernal des bien-portants. Il observe, dans le hall principal, les malades et visiteurs qui circulent ou stationnent, et interagit malgré lui avec certains d’entre eux. Il vient de laisser son père sur son lit de mourant. En cinq tableaux, le narrateur évoque la vie qui fuit un corps amaigri et perclus de douleur, la raison qui s’envole d’un esprit vif :

sa tête un terrain vague / d’où les idées s’échappent en désordre / comme des animaux hors d’un enclos mal fermé / piétinant furieusement sur leur passage / toute apparence de raison / (et le pire de tout / fils j’ai l’impression de devenir bête / c’est qu’il s’en rend compte)

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« Tu lui ressembles tant »

Un coup de coeur du Carnet

Jacques RICHARD, Le Carré des Allemands. Journal d’un autre, Éditions de la Différence, 2016, 146 p., 17€

richard allemandsIl y a différents types de cimetières. Loin des Vallées des Rois et des Reines, des croix blanches militairement alignées et des nécropoles aujourd’hui virtuelles, ceux de nos contrées se ramifient souvent en allées rectilignes et sentiers tortueux, entre gravier et poussière. Le long des caveaux en floraison ou en abandon, nous percevons rapidement une organisation singulière : une partie ancienne, des tombes modernes, des lopins dévolus à telle ou telle confession, des rassemblements communautaires post-mortem, une pelouse cinéraire. Et, au fond, tout au fond, un peu cachée, parfois une fosse commune. Le carré des indigents dans lequel sont enfouies les petites misères et ensevelis les grands secrets, de ceux qui engendrent les questionnements de toute une vie, de toutes les vies. Continuer la lecture