Archives par étiquette : Jacques Richard

Rentrée d’hiver 2026 : en route vers la Foire du livre

RL hiver 2026 visu

« Ren­trée lit­téraire » désigne tra­di­tion­nelle­ment la péri­ode d’effervescence édi­to­ri­ale qui s’étend de fin aout à début novem­bre. C’est à ce moment que parais­sent les livres en lesquels les maisons d’édition (parisi­ennes) voient de pos­si­bles can­di­dats aux Goncourt, Renau­dot et autre Fem­i­na. Depuis plusieurs années, toute­fois, le cal­en­dri­er édi­to­r­i­al con­nait un autre temps fort, en jan­vi­er-févri­er. Les sor­ties sont nom­breuses et les livres qui parais­sent à ce moment-là sont aus­si de ceux sur lesquels les édi­teurs mis­ent par­ti­c­ulière­ment. On par­le donc désor­mais aus­si d’une ren­trée lit­téraire d’hiver. Con­tin­uer la lec­ture

Amour et théorème d’incomplétude

Jacques RICHARD, Jeanne en per­son­ne, Lamiroy, 2025, 200 p., 20 €, ISBN : 978–2‑39081–024‑7  

richard jeanne en personneTail­lé dans l’énigme de la vie, le roman de Jacques Richard déplace la nar­ra­tion vers un labyrinthe de tableaux qui com­posent autant de facettes ne se refer­mant jamais sur une unité. Les six chapitres qui scan­dent Jeanne en per­son­ne procè­dent par touch­es alliant appari­tion et dis­pari­tion, ques­tion­nement sur l’identité des êtres, de l’amour et cor­ro­sion du doute. Con­tin­uer la lec­ture

Le Top 2024 de Luc Dellisse

Le Car­net et les Instants revis­ite l’année lit­téraire 2024 avec le Top 3 de ses chroniqueurs et chroniqueuses. Aujourd’hui : la sélec­tion de Luc Del­lisse. Con­tin­uer la lec­ture

Boiter à quatre jambes, et nager

Jacques RICHARD, Écrit sous l’eau, Herbe qui trem­ble, coll. « D’autre part », 2024, 104 p., 16 €, ISBN : 9782491462765

richard ecrit sous l'eauC’est peut-être parce qu’il a été Écrit sous l’eau qu’il donne l’impression d’une lec­ture-apnée. Cha­cune des pros­es com­posant le recueil de Jacques Richard se présente comme une micro-plongée dans un bain d’étrangeté et de flu­id­ité. L’on y pro­gresse en brass­es pru­dentes et curieuses, avec la sen­sa­tion de ne pou­voir garder le cap à cause de mou­ve­ments ondins sur­prenants. Le mieux est sans doute de se laiss­er porter, sans chercher à retenir ni se faire retenir, en accep­tant la caresse du flux lan­gagi­er et le mys­tère des fonds sous-scrip­turaux. Con­tin­uer la lec­ture

Léna, Magda et Lui

Jacques RICHARD, La course, Onlit, 2022, 200 p., 19 €, ISBN : 9782875601698

richard la course« Tu n’en as plus ? De l’espoir, tu n’en as plus ? Tu es dés­espérée ? » Adeptes de la lit­téra­ture feel good ou diver­tis­sante, passez votre chemin. La course, le nou­veau roman de Jacques Richard, est aux antipodes de cette veine. On y entre comme dans un sable mou­vant et l’on s’y empêtre, aspiré à notre esprit défen­dant. Comme à son habi­tude, un peu plus qu’à son habi­tude, Richard n’épargne pas le lecteur. Non par des jeux d’outrance ou de provo­ca­tion faciles, cela ne siérait pas à son élé­gance ; plutôt par un par­ti pris assumé de lim­ites incon­fort­able­ment brouil­lées. Avec sub­til­ité et sub­ver­sion, l’auteur abor­de en effet un sujet déli­cat, glauque : l’inceste. Sans jamais se posi­tion­ner sur le plan de la morale (ni écrire le mot en toutes let­tres), il dérange en évo­quant, par petites touch­es d’intériorité croisées, le lien per­ver­ti entre un ado­les­cent et sa tante, unis par le sang partagé et un rap­port char­nel dévié. Con­tin­uer la lec­ture

« Les sens au carré »

Jacques RICHARD, Sur rien mes lèvres, Cormi­er, 2021, 51 p., 14 €, ISBN : 978–2‑87598–029‑8

« De l’image à la voix le chemin peut être bref, si les sens répon­dent. La rétine com­mu­nique avec le tym­pan et par­le à l’oreille de celui qui regarde ; et pour celui qui écrit la parole écrite est sonore : il l’entend aupar­a­vant dans sa tête. »
Anto­nio Tabuc­chi, Réc­its avec fig­ures

richard sur rien mes levresDécou­vrir, par­al­lèle­ment à la lec­ture du dernier recueil de Jacques Richard, Sur rien mes lèvres, cette phrase d’Antonio Tabuc­chi extraite de son dernier livre n’est pas une coïn­ci­dence. Il n’y a d’ailleurs pas de coïn­ci­dence en lit­téra­ture dès lors que l’on sait, lecteurs curieux que nous sommes, que les livres sub­tile­ment, « maïeu­tique­ment », s’appellent, se répon­dent et s’engendrent. Pour le poète,  musi­cien et pein­tre qu’il est aus­si, le décor s’affiche sur le théâtre des sens qui sont le point de départ du ques­tion­nement, de la réflex­ion de l’artiste. Con­tin­uer la lec­ture

Horizons littéraires en vingt-deux instantanés

COLLECTIF, Fenêtres sur court, textes réu­nis et présen­tés par Lau­ra Delaye, Nau­si­caa Dewez, Lau­rence Ghigny, Vio­laine Gréant et Valéri­ane Wiot, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2021, 278 p., 10 €, ISBN : 978–2‑87568–550‑6

fenetres sur courtAutomne 2021 : Espace Nord sort son 400e numéro, La Fureur de lire fête ses 30 ans. Les comptes ronds inci­tent à mar­quer le coup et ce dou­ble jubilé ne fait pas excep­tion. Ce n’est donc pas une réédi­tion clas­sique dans la col­lec­tion pat­ri­mo­ni­ale qui a hérité, par le hasard de la numéro­ta­tion, de ces deux zéros sur sa tranche. Et, tant que l’on par­le de chiffres, il ne s’agit pas à pro­pre­ment d’une mais plutôt de vingt-deux réédi­tions. Vingt-deux !? Dans un seul vol­ume ? Par­faite­ment ! Vingt-deux nou­velles, échan­til­lon choisi par­mi les plus de cent pla­que­ttes éditées dans le cadre de la Fureur de lire. Tâche ardue à n’en pas douter. Con­tin­uer la lec­ture

Nues

Un coup de cœur du Car­net

Jacques RICHARD, Nues, ONLIT, coll. « ONLIT Mini », 2020, 80 p., 8 €, ISBN : 9782875601261

richard nues« Nues, en pied et grandeur nature. De face », les yeux plongés dans ceux de l’artiste. Toiles de mêmes dimen­sions, sup­ports de qual­ité iden­tique, tou­jours de la pein­ture à l’huile. Pas de décor. Et un « tra­vail d’un réal­isme pré­cis, mince et sans effets ». Voilà com­ment Jacques Richard a peint plusieurs femmes entrant dans la jeunesse ou la quit­tant, trop mai­gres ou trop char­nues, rétives ou généreuses, incon­nues ou famil­ières, maniérées ou naturelles. De son regard par­fois gêné et intran­sigeant, Richard les a dévis­agées, con­tem­plées sans désir, observées (face à face ou sur papi­er glacé) avec « l’urgence patiente d’un ours pêchant au bord de la riv­ière » ; il a guet­té leur appari­tion et a recon­sti­tué cette impres­sion tout en fugi­tiv­ité et sub­jec­tiv­ité pour qu’elles demeurent « quelqu’un ». Une démarche pleine qui s’inscrit dans la durée, le respect et la méth­ode. Con­tin­uer la lec­ture

Plusieurs cordes à leur arc : six écrivains plasticiens

illustration

Free Pho­tos de Pix­abay

Il n’est pas rare que les écrivains touchent aus­si à d’autres dis­ci­plines artis­tiques. Nous avons déjà évo­qué sur ce blog des écrivains belges paroliers, cinéastes, ou encore tra­duc­teurs. Intéres­sons-nous à présent aux écrivains pein­tres.

Plas­ti­ciens qui écrivent occa­sion­nelle­ment ou écrivains qui s’adon­nent par­fois à la pein­ture, la liste de ceux qui pra­tiquent deux arts en Bel­gique est longue, et l’on y croise entre autres Rops, Dotremont ou Magritte.

On se lim­it­era ici à six artistes, dont un livre au moins est paru ces cinq dernières années. Con­tin­uer la lec­ture

Le chant du mensonge

Jacques RICHARD, La femme qui chante, ONLiT, 2019, 176 p., 16€ / ePub : 9€, ISBN : 978–2‑87560–110‑0

Il y a quelque chose de froid dans l’œuvre scrip­turale de Jacques Richard. Cette impres­sion est d’autant plus déroutante que l’auteur n’hésite jamais à nous con­fron­ter à l’intériorité de ses per­son­nages. Dans leur intim­ité crû­ment dévernie, ces derniers nous tien­nent pour­tant en respect, à l’extérieur. Ils restent hors de portée. Les mécan­ismes d’empathie, si con­fort­a­bles, ne s’enclenchent donc pas ; ce n’est pas le pro­pos. On pour­rait se croire à une représen­ta­tion théâ­trale : il y a des pro­tag­o­nistes, des scènes, des mono/dialogues, mais aus­si une dis­tance entre le pub­lic plongé dans l’obscurité silen­cieuse et les acteurs évolu­ant en actes et en paroles sur les planch­es. Mais la com­para­i­son ne se pousse pas plus loin car rien n’est joué ni fac­tice chez Richard. Et c’est peut-être cette authen­tic­ité nue qui désta­bilise. Il est des choses qu’on préfère en effet ne pas (sa)voir : « Tout le monde sait qu’elles sont là, mais per­son­ne ne dit rien. Il ne faut pas tourn­er la tête de ce côté-là. Tant qu’on reste ici, ça va. » Con­tin­uer la lec­ture

Six auteurs qui font fureur

fureur de lireChaque année, à l’oc­ca­sion de la Fureur de lire, le Ser­vice général des Let­tres et du Livre pub­lie plusieurs pla­que­ttes, cha­cune pro­posant une nou­velle, une BD, ou un réc­it graphique d’au­teurs, illus­tra­teurs et bédéistes belges.  Con­tin­uer la lec­ture

« Tu lui ressembles tant »

Un coup de coeur du Carnet

Jacques RICHARD, Le Car­ré des Alle­mands. Jour­nal d’un autre, Édi­tions de la Dif­férence, 2016, 146 p., 17€

richard allemandsIl y a dif­férents types de cimetières. Loin des Val­lées des Rois et des Reines, des croix blanch­es mil­i­taire­ment alignées et des nécrop­oles aujourd’hui virtuelles, ceux de nos con­trées se ram­i­fient sou­vent en allées rec­tilignes et sen­tiers tortueux, entre gravier et pous­sière. Le long des caveaux en flo­rai­son ou en aban­don, nous percevons rapi­de­ment une organ­i­sa­tion sin­gulière : une par­tie anci­enne, des tombes mod­ernes, des lop­ins dévo­lus à telle ou telle con­fes­sion, des rassem­ble­ments com­mu­nau­taires post-mortem, une pelouse cinéraire. Et, au fond, tout au fond, un peu cachée, par­fois une fos­se com­mune. Le car­ré des indi­gents dans lequel sont enfouies les petites mis­ères et ensevelis les grands secrets, de ceux qui engen­drent les ques­tion­nements de toute une vie, de toutes les vies. Con­tin­uer la lec­ture

D’une limpidité opaque

Un coup de coeur du Carnet

Jacques RICHARD, Scènes d’amour et autres cru­autés, Zel­lige, coll. « Vents du Nord », 178 p., 18€


richardScènes d’amour et autres cru­autés
est une expéri­ence lit­téraire unique. Jacques Richard, à la manière d’un pein­tre sur-réal­iste, fait sur­gir des images extra-ordi­naires, pièces d’un puz­zle éclaté où tout ne s’emboîte pas de soi. Le proces­sus de famil­iar­ité qui installe clas­sique­ment le lecteur dans un univers fic­tion­nel ne fonc­tionne pas ici. On est dérangé, poussé hors de notre zone de con­fort. On pense com­pren­dre, puis non. On pense voir, puis non. On pense saisir, puis non. On pense… On pense beau­coup trop. L’impératif du lâch­er-prise s’impose. Car, dans un mou­ve­ment d’une flu­id­ité extrême, d’une vir­tu­osité con­fon­dante, Richard fait gliss­er de con­sciences en voix, de sujets en objets, de vibra­tions intimes en dis­tantes extéri­or­ités. Comme si de rien n’était. Con­tin­uer la lec­ture