Archives par étiquette : Pierre Guillaume de Roux

La musique entêtante des souvenirs

Michel LAMBERT, Je me retourn­erai sou­vent, Pierre Guil­laume de Roux, 2020, 208 p., 18 €, ISBN : 978–2‑36371–327‑8

Un mys­térieux cou­ple sans réelle attache se sépare au lende­main de la mort de l’écrivain Sam Shep­ard. Matthieu, qui a décidé ne plus pronon­cer un mot, par­court les quartiers de son enfance en taxi et laisse défil­er les kilo­mètres, le temps et les sou­venirs. À Prague, Samy, un marc­hand d’art, est paralysé par une peur sournoise. À la mort de leur mère, deux frères et une sœur se retrou­vent après de nom­breuses années sans s’être vus. L’évocation du chanteur Arno ramène à l’esprit d’un comé­di­en une cer­taine Shirley, une anci­enne con­quête faite de tristesse et de soli­tude. Bob donne ren­dez-vous à une femme et deux jeunes per­son­nes devant la mai­son de Lord Byron qu’il admire par­ti­c­ulière­ment et les accom­pa­gne en voiture jusqu’à Paris. Thomas, envoyé à La Havane pour cou­vrir le cinquan­tième anniver­saire de la mort d’Ernest Hem­ing­way, tombe, par le plus grand des hasards, sur une anci­enne amie. Paul retourne dans la rue de son enfance, passe devant la mai­son du den­tiste Gontcharov et se sou­vient du mal­heur qui a frap­pé cette famille d’exilés. Con­tin­uer la lec­ture

De la nécessité d’attribuer à titre posthume le Prix Nobel à Simenon

Un coup de cœur du Car­net

Jean-Bap­tiste BARONIAN, Simenon, romanci­er absolu, Pierre-Guil­laume de Roux, 2019, 190 p., 18,5 €, ISBN : 2–36371-298–1

Dans son dernier essai, Jean-Bap­tiste Baron­ian apporte la preuve défini­tive que tout n’a pas été écrit sur Georges Simenon et que, trente ans exacte­ment après la dis­pari­tion du plus lié­geois des écrivains uni­versels (ou du plus uni­versel des écrivains lié­geois, le pro­pos est réversible), son œuvre comme sa vie recè­lent encore leur lot de trou­vailles. Encore faut-il, pour les dénich­er, oser s’aventurer dans les recoins inex­plorés ou nég­ligés de son univers, dans des œuvres peu citées – Strip-tease, Un banc au soleil, Il pleut bergère…, La prison – ou dans le mas­sif, par­fois rébar­batif, des Dic­tées. Con­tin­uer la lec­ture

Christopher Gérard, le hors-père

Un coup de cœur du Carnet

Christo­pher GÉRARD, Le Prince d’Aquitaine, Pierre-Guil­laume de Roux, 2018, 160 p., 19,90 €, ISBN : 978–2‑36371–256‑1

Au début des années 70, Georges Simenon dic­tait à son mag­né­to­phone l’un des textes les plus boulever­sants de sa vie d’écrivain, la Let­tre à ma mère. Deux ans après le décès de Hen­ri­ette Brüll, le créa­teur de Mai­gret se met­tait à inter­roger le néant, sans doute parce que la for­mu­la­tion des ques­tions à l’adresse de cette femme, ô com­bi­en déter­mi­nante dans sa des­tinée, lui impor­tait davan­tage que les répons­es qu’il atten­dit de sa part, en vain, de son vivant. Con­tin­uer la lec­ture

Michel Lambert dans la sélection de printemps du Renaudot

lambert michel

Michel Lam­bert

Le jury du prix Renau­dot a livré sa tra­di­tion­nelle sélec­tion de print­emps, qui com­porte douze romans et réc­its. Un Belge fig­ure dans la liste : Michel Lam­bert, remar­qué pour son roman L’adap­ta­tion, qui vient de paraître aux édi­tions Pierre-Guil­laume de Roux.


Lire aus­si : notre recen­sion de L’adap­ta­tion


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Couleur et nostalgie du ciel

Un coup de cœur du Carnet

Michel LAMBERT, L’adaptation, Pierre Guil­laume de Roux, 2018, 264 p., 22,90€, ISBN : 2–36371-248–6

lambert l adaptation.jpgUn réal­isa­teur, cou­vert d’un éter­nel cha­peau, cherche sur les toiles d’une galerie d’art un ciel introu­vable, une couleur et une atmo­sphère célestes qui devraient guider son prochain film. Il tra­vaille sur l’adaptation d’une œuvre qui l’a pro­fondé­ment mar­qué : La jeune fille brune d’Alexandre Tiš­ma. Sa femme Mar­i­on, décédée depuis cinq ans, lui avait fait décou­vrir ce roman. Com­ment adapter un réc­it durant lequel un homme cherche dés­espéré­ment à revoir une femme avec qui il a passé une seule et unique nuit ? Com­ment trans­pos­er cette quête, ce fan­tasme qui s’efface petit à petit de sa mémoire, cette pas­sion dévo­rante qui s’étale sur plusieurs décen­nies, cette course con­tre le temps et la peur du vieil­lisse­ment ? Le réal­isa­teur fait face à cer­taines dif­fi­cultés, notam­ment le car­ac­tère haute­ment lit­téraire de l’ouvrage. Il n’a pas dit son dernier mot, mais peut-être est-ce son film de trop ? Des mau­vais­es langues le dis­ent fini. Il accuse les refus des pro­duc­teurs. La pro­fes­sion est intraitable avec ceux qui échouent. Con­tin­uer la lec­ture

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Jean-Bap­tiste BARONIAN, Le Petit Arménien, Pierre-Guil­laume de Roux, 2018, 140 p., 18 €, ISBN : 2–36371-241–7

baronian le petit armenienÀ par­courir les qua­tre pages que recou­vre sa bib­li­ogra­phie, on s’aperçoit que Jean-Bap­tiste Baron­ian a beau­coup nar­ré et con­té, chez Laf­font, Bour­go­is, La Table Ronde, Rivages, Les Belles Let­tres et près de dix autres édi­teurs. Qu’à tra­vers des essais, des biogra­phies et des antholo­gies qui sont aujourd’hui autant de références, il aura passé une vie à s’intéresser aux autres écrivains, par­mi lesquels Simenon, Baude­laire, Rim­baud, Jean Ray, Ros­ny-Aîné, Gérard Prévot et une kyrielle de fan­tas­tiqueurs con­nus de tous ou, plus sou­vent, de lui seul. Qu’il a écrit pour les bib­lio­philes, les amoureux de Brux­elles, les enfants, les polardeux. Mais que jamais encore il ne s’était livré. Con­tin­uer la lec­ture

Un chiffonnier dans la combe

Emmanuel RIMBERT, Pirotte, le pays du hasard, Pierre-Guil­laume de Roux, 2017, 163 p., 19€, ISBN 978–2‑36371–218‑9

rimbert pirotte le pays du hasardS’engouffrer dans les méan­dres du fleuve Pirotte n’est pas une mince affaire. D’autant que les nom­breux afflu­ents qui s’y ren­con­trent sont là pour égar­er, désori­en­ter le plus intrépi­de des lecteurs. L’enfant ter­ri­ble de nos let­tres, dis­paru en 2014, ne se laisse pas facile­ment appréhen­der. Arpen­teur aver­ti de l’œuvre de notre poète-avo­cat, Emmanuel Rim­bert réus­sit le pari d’aborder le con­ti­nent Pirotte en musar­dant à tra­vers les zones trou­bles de cette géo­gra­phie boulever­sée. Directeur de l’Institut Cul­turel Français à Skop­je, l’auteur, qui a été en poste à l’Ambassade de France à Brux­elles de 2014 à 2017, n’en est pas à son coup d’essai puisqu’on lui doit égale­ment un beau livre-enquête, Le cha­peau de Bar­entz, sur les traces du nav­i­ga­teur néer­landais. Con­tin­uer la lec­ture

Bruocsella invicta !

Christo­pher GÉRARD, Aux Armes de Brux­elles, Flâner­ies urbaines, Édi­tions Pierre-Guil­laume de Roux, 2017, 284 p., 21.90 €, 978–2363712035

gérardLe flâneur est au touriste ce que le gourmet est au gour­mand ; le pre­mier hume, zyeute, s’attarde, peaufine ses sen­sa­tions et s’en laisse inve­stir, savoure le bas­cule­ment mag­ique du temps devenant espace ; le sec­ond engloutit kilos et kilo­mètres, et bâfreur, et pressé, le voilà frap­pé d’agueusie à force de vouloir tout goûter, de céc­ité pour avoir trop vu. On peut bouf­fer, bien et beau­coup, à Brux­elles, mais atten­tion, on ne peut pas bouf­fer Brux­elles. Cette ville de tous les excès, qui suinte la gueuze au bord des ver­res, la graisse des vol­cans de stoemp et les remem­brances d’une Senne enfouie, est aus­si celle de tous les raf­fine­ments, à qui saura (oui, « saura » et pas « pour­ra », n’en déplaise aux fran­squil­lons à deux balleke) les débus­quer. Con­tin­uer la lec­ture

Comment on devient belgophobe

Un coup de cœur du Carnet

Jean-Bap­tiste BARONIAN, Baude­laire au pays des Singes : essai, Pierre-Guil­laume de Roux, 2017, 153 p., 19,50 €, ISBN : 978–2‑36371–198‑4

baronian baudelaire1864 : un écrivain français de quar­ante-deux ans, qui com­mence à faire par­ler de lui à Paris pour ses écrits sur la pein­ture, ses tra­duc­tions des con­tes de l’Américain Edgar Allan Poe et une con­damna­tion pour des poèmes sul­fureux, arrive en exil volon­taire à Brux­elles à la recherche d’éditeurs et pour y faire des con­férences. Il n’y ren­con­tr­era que déboires, décep­tions et con­trar­iétés. 150 ans après la mort de Charles Baude­laire, Jean-Bap­tiste Baron­ian, qui lui avait déjà con­sacré une bril­lante biogra­phie, nous con­vie à une enquête fouil­lée sur le long séjour belge du poète des Fleurs du Mal. Con­tin­uer la lec­ture

Des rendez-vous manqués

Un coup de cœur du Carnet

Michel LAMBERT, Le lende­main, Pierre-Guil­laume de Roux, 2017, 192 p., 19,90€, ISBN : 978–2‑36371–187‑8

lambert le lendemainDe ren­con­tres for­tu­ites en retrou­vailles provo­quées, ces neuf nou­velles con­vo­quent des hommes et des femmes qui parta­gent, le temps d’un instant, des sou­venirs suran­nés, envolés, la gêne d’une réu­nion improb­a­ble. Jean-Charles décide sur un coup de tête de ren­dre vis­ite à un cou­ple d’amis qu’il n’a plus vu depuis quinze ans. Vont-ils l’accueillir chaleureuse­ment ? Un jeune homme recherche un peu de com­pag­nie, un soir de fête et de grande soli­tude, et se retrou­ve attablé dans une dis­cothèque avec un par­fait incon­nu, tout aus­si seul que lui, ren­con­tré quelques heures plus tôt dans un ciné­ma. Patri­cia revoit le père de son enfant qui l’a tant fait souf­frir et ces lieux qu’elle a voulu fuir. Stéphane Mal­ter sym­pa­thise avec son voisin de table dans un bar miteux de la côte. Ils renchéris­sent à qui aura le dernier mot et le cri le plus effrayant à la manière de Richard Wid­mark dans Panique sur la ville. Paul emmène sa com­pagne sur le champ de sa jeunesse, à tra­vers ses pre­mières expéri­ences de pla­neur, ses pre­mières peurs et ses pre­mières envies de sub­limer les choses par l’art. Dans un café où elle a ses habi­tudes, une femme attend un Xème homme ren­con­tré sur la toile. À la ter­rasse du Con­ti­nen­tal, lieu qu’il fréquen­tait énor­mé­ment lorsqu’il était jour­nal­iste, André tombe par hasard sur son anci­enne maîtresse. Une autre ter­rasse voit l’invraisemblable réu­nion de Maxime Junior et d’un homme, tout de noir vêtu, qu’il avait croisé des années plus tôt, à l’hippodrome, là où Junior ten­tait tant bien que mal de se faire une place entre son imposant père et sa jambe boi­teuse. Pour combler un manque, Roland recherche la présence d’Ingrid à la fête de fin de tour­nage du film dont il est le scé­nar­iste. Con­tin­uer la lec­ture

Une mère joyeusement encombrante

Patrick IRATNI, J’ai tou­jours voulu tuer ma mère, Pierre-Guil­laume De Roux, 96 p., 21,90 €

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Les mères ont belle répu­ta­tion dans la lit­téra­ture : elles sont dévo­rantes ogress­es, dolorosa, cru­elles, saintes, sac­ri­fiées, éter­nelles mais peu à peu la lit­téra­ture est en train de délivr­er un des secrets les mieux gardés de cette époque : elles ne cessent de mourir…à répéti­tions. Con­tin­uer la lec­ture

« Écrire, c’était partir à l’aventure »

Daniel FANO, La Con­trepar­tie, Paris, Pierre-Guil­laume de Roux, 2015, 140 p., 20,90€

« Lester Godard n’était ni un dandy de droite, ni un esthète vir­tu­ose de gauche, ni un idiot utile ni un révo­lu­tion­naire clan­des­tin, pas davan­tage un moral­iste funèbre ou un Robin­son mélan­col­ique, c’était un franc-tireur, un non-aligné absolu. » Godard est surtout un écrivain à suc­cès, ayant con­nu une inex­pliquée (mais explic­a­ble) mise au plac­ard édi­to­ri­ale de dix-sept ans et partageant un apparte­ment avec sa vieille chat­te, Made­moi­selle Chanel. Revenu sur le devant de la scène grâce à ses pub­li­ca­tions provoc’ (telles que Chronique de la béat­i­fi­ca­tion d’Adolf Hitler), ce lecteur assidu de la chronique « Dis­pari­tions » du Monde et ama­teur de vinyles porte un regard dés­abusé sur ses con­tem­po­rains (sou­vent source de per­les philosophiques et lan­gag­ières qu’il recy­cle dans ses romans). Con­tin­uer la lec­ture

Pour saluer Vandromme

Un coup de coeur du Carnet

Pol VANDROMME, Une indif­férence de rébel­lion, Paris, Pierre-Guil­laume de Roux, 200 p., 23 €

Dans une inter­view pour La Presse lit­téraire parue début 2008, Pol Van­dromme répondait, laconique, à une ques­tion que je lui posais sur l’identité wal­lonne : « Je suis Belge par humil­ité et j’entends bien le rester. Vu mon âge, et ce qu’est déjà l’état du monde, le reste m’est indif­férent. Une indif­férence de rébel­lion. » C’est apparem­ment cette for­mule qu’il retint comme titre de l’ensemble qui con­stituerait son dernier recueil d’articles cri­tiques. Con­tin­uer la lec­ture

De touchantes promenades imparfaites

Un coup de coeur du Carnet
Emilie GÄBELE

lambertDes êtres avan­cent dans une ambiance canic­u­laire. L’air se fait lourd. La nébu­losité aug­mente. Un obsta­cle et ils trébuchent. La chute était inévitable. Cer­tains se relèvent rapi­de­ment. D’autres, aux abois, plon­gent « pour un instant, pour un instant seule­ment », ou pour une plus longue durée. Ces hommes et ces femmes par­courent les villes, à pied ou en voiture, errent dans leurs pen­sées, leur passé, leurs rêves. Ce sont tous de grands blessés. Cer­tains ont été amputés d’une femme, d’une dig­nité, d’un rêve, d’autres d’une car­rière, d’une voix, d’un ami, d’une rai­son… Ils avan­cent clau­di­cant, bien sou­vent seuls, l’ombre d’une peur incon­nue leur col­lant à la peau. Con­tin­uer la lec­ture