Archives par étiquette : LGBTQIA+

Quand un psy pète une durite

Anne DUVIVIER, Un amour de psy, M.E.O., 2019, 182 p., 17€, ISBN : 2807001882 

Ange­lo est un psy de cinquante-neuf ans à qui son épouse vient d’annoncer qu’elle est amoureuse d’une autre femme de trente-qua­tre ans. Mag­nanime, elle souhaite tou­jours vivre avec son mari moyen­nant quelques amé­nage­ments. Bien qu’ils soient dans un mariage libre, Ange­lo vit mal cette nou­velle, qui lui fait l’effet d’un séisme. Con­tin­uer la lec­ture

Une poésie engagée mais libre

Serge NOËL, À la lim­ite du prince char­mant, L’Ar­bre à paroles, 2018, 207 p., 17 €, ISBN : 978–2‑87406–665‑8

Serge Noël n’est ni un débu­tant, ni un incon­nu. Depuis une quar­an­taine d’an­nées, il a pub­lié treize livres de poésie et qua­tre romans, co-écrit les mémoires d’une sur­vivante d’Auschwitz, coor­don­né des ouvrages col­lec­tifs comme Paroles d’ex­il ou J’ai deux amours, col­laboré à divers jour­naux et revues, obtenu en 1981 un prix de l’A­cadémie royale de Langue et de Lit­téra­ture, en 2007 le Prix Jeunesse Édu­ca­tion per­ma­nente, en 2012 le Prix Gros Sel. Mil­i­tant de gauche dès son ado­les­cence, en lutte con­tre le sys­tème cap­i­tal­iste, l’im­péri­al­isme ou les com­porte­ments racistes, il présente un pro­fil typ­ique d’écrivain engagé, dans la ligne des Louis Aragon, Paul Élu­ard et autres Pablo Neru­da. L’œu­vre de ceux-ci, en effet, a démon­tré de manière écla­tante que les con­vic­tions poli­tiques ne sont pas néces­saire­ment incom­pat­i­bles avec la poésie, pourvu qu’elles soient tran­scendées par la créa­tiv­ité de la langue et le tra­vail de l’écri­t­ure – pourvu, surtout, qu’elles ne soient pas coupées des reg­istres émo­tion­nel et imag­i­naire, sans lesquels le monde des idées serait voué au dessèche­ment. Telle est pré­cisé­ment la voie sen­si­ble et plurivoque adop­tée par S. Noël, comme en témoigne son dernier recueil, À la lim­ite du prince char­mant. Celui-ci, de plus, évoque sans ambages l’ho­mo­sex­u­al­ité de l’au­teur et son par­ti pris fémin­iste, lesquels don­nent à sa lutte une dimen­sion sup­plé­men­taire : en chaque cir­con­stance, il veut pren­dre le par­ti des faibles, se faire la voix des sans-voix, dénon­cer toutes les formes de despo­tisme. « On a tou­jours rai­son de se révolter con­tre l’in­jus­tice », affir­mait Mao Tsé-Toung l’un de ses bons jours. Con­tin­uer la lec­ture

Tuer le fils

Mireille BAILLY, Le départ, Lans­man, 2017, 50 p., 11€, ISBN : 978–2‑8071–0145‑6

baillyLe Fils, 35 ans, est sur le départ et l’annonce de but en blanc à ses par­ents pen­dant le repas du soir. Il est 19h pré­cis­es et ils regar­dent bien tran­quille­ment la télévi­sion. Dans le cos­tume de son père, la valise à la main, le Fils a décidé de par­tir loin. Très loin. Ses par­ents ont-ils bien enten­du ? Eux qui cinq min­utes plus tôt se dis­putaient sur la poten­tielle nou­velle couleur de leur salon. Faut-il d’ailleurs vrai­ment le repein­dre ce salon ? L’incompréhension des pre­mières min­utes laisse rapi­de­ment place à la colère. Le Fils veut par­tir ? Lui qui ne sait pas s’habiller tout seul. Un assisté, pour­rait-on dire. La Mère, pour­tant si mater­nelle et affectueuse, se trans­forme en mon­stre crachant des mots vul­gaires et odieux. Le déni suit quand le Fils annonce qu’il part retrou­ver celui, et non celle, qu’il aime. Ce coup — de poignard ou de feu, c’est au choix — leur sera fatal. Le cœur de la Mère saigne de voir par­tir la prunelle de ses yeux. La soirée avance. Des mon­des con­tin­u­ent de s’affronter. Arrivent ensuite Mon­sieur, une mitraille à la main, Madame et le Fils de 33 ans de Mon­sieur et Madame, qui lui aus­si aime les hommes. N’est-il pas temps de laiss­er par­tir son petit chou­chou ? Et si cet amour était bien réel ? Et s’il ne fal­lait pas tou­jours « tuer le père » pour avancer ? Et si rien ne changeait finale­ment ? Con­tin­uer la lec­ture

C’est l’amour et l’humanité qu’on assassine

Un coup de coeur du Carnet

Georges EEKHOUD, Escal-Vig­or, Tusi­ta­la, coll. “Insom­nies”, 2017, 188 p., 13 €, ISBN : 979–10-92159–11‑0

eekhoudComme ils s’aimaient ces deux-là ! Tel qu’on s’aime dans les légen­des et par­fois dans la vraie vie : dans le bon­heur, l’adversité et jusqu’à ce que mort s’ensuive. On aurait tant voulu que la folie et la haine des hommes et des femmes n’entraînent pas leur mise à terre et à mort. Mais Georges Eekhoud (1854–1927), ce bril­lant écrivain fla­mand de langue française, n’a pas tran­sigé avec son pro­jet romanesque, poé­tique et poli­tique, n’a pas tourné en bluette la lutte con­tre les préjugés sec­taires qu’il a entamée après le procès d’Oscar Wilde. À son époque (et encore aujourd’hui dans cer­tains pays, et par­fois (près de) chez nous) on pou­vait se retrou­ver en geôle ou lynché par des hordes en furie quand on vivait hors la loi sex­uelle com­mune. Aus­si Escal-Vig­or ne pou­vait finir moins trag­ique­ment. Dans ce roman, plus que deux hommes, c’est l’amour et l’humanité qu’on assas­sine. La vio­lence de la scène finale n’a d’égal que le sub­lime de l’écriture pour la racon­ter. Con­tin­uer la lec­ture

Le jardin extraordinaire

Leonor PALMEIRA, Camille PIER, La Nature con­tre-nature (tout con­tre), L’arbre de Diane Edi­tions, coll. « La tortue de Zénon », 2016, 80 p., 12 €

palmeiraIl s’en passe des choses dans la nature. Des choses que l’on n’imagine pas, que l’on ne veut pas voir, ou que l’on nous cache parce qu’elles rendraient chèvre l’ordre établi. Celui, par exem­ple, de la dif­férence entre les hommes et les femmes, cette fameuse dif­féren­ci­a­tion sex­uelle qui serait le dernier rem­part con­tre la con­fu­sion iden­ti­taire, l’ultime argu­ment pour défendre la famille tra­di­tion­nelle. Que n’a‑t-il pas fal­lu enten­dre, en France, au moment des débats pour le mariage pour tous – et toutes ! Quelles couleu­vres n’a‑t-il pas fal­lu avaler ! Même si, au fond, on peut être d’accord avec Juli­ette Gré­co quand elle chante « La nature com­plique jamais inutile­ment / Y’a que les hommes pour s’épouser ». Mais la nature est plus égal­i­taire que la société humaine ; dans le règne ani­mal c’est : le non-mariage pour toutes et tous. Con­tin­uer la lec­ture

Il est bien trop court, ce temps des cerises

Aurélien DONY et Claude RAUCY, Le temps des noy­aux, M.E.O., 2016, 100 p., 14€/ePub : 8.49€

raucy dony le temps des noyauxLa pre­mière guerre mon­di­ale fait rage depuis qua­tre ans. La fin approche douce­ment, mais per­son­ne ne le sait encore. Du côté de Liège, en Bel­gique occupée, vit la famille Loizeau. Amputée d’une par­tie de ses mem­bres, cette famille de fer­miers essaie tant bien que mal de tenir le cap. La ferme héberge encore trois généra­tions sous son toit : le fils cadet, Julien, la mère et la grand-mère pater­nelle. Con­tin­uer la lec­ture