Archives par étiquette : LGBTQIA+

La petite mort du texte

Un coup de cœur du Car­net

Georges EEKHOUD, Voy­ous de velours ou L’autre vue, pré­face de Jacques Izoard, post­face ce Paul Aron, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2024, 240 p., 9 €, ISBN : 978–2‑87568–600‑8

eekhoud voyous de velours ou l'autre vue« Mais non, que me voulez-vous à moi qui ne saurais vous pein­dre, ou vous mod­el­er, ou vous dire en vers et en musique, aus­si beaux, aus­si suaves, aus­si éblouis­sants et bal­samiques que je vous sens et que je vous vois ! » Mais oui, que lui veu­lent-ils ces Voy­ous de velours qui ont don­né le titre à ce roman de Georges Eekhoud lors de son édi­tion en 1926 à la Renais­sance du livre (inti­t­ulé L’autre vue quand il a paru aux édi­tions Mer­cure de France en 1904), que lui veu­lent-ils, ces jeunes mar­gin­aux des quartiers pop­u­laires de Brux­elles ? En réal­ité, on ne l’apprendra guère. Et là, de toute façon, n’est pas la véri­ta­ble rai­son de cette cita­tion, de cette ques­tion, qui est avant tout l’énonciation de la poli­tique et de la poé­tique éro­tique du livre. Ce que « lui » recherche, ce qu’il leur prend et leur donne, c’est là que tout se joue. S’écrit. Con­tin­uer la lec­ture

Amours paléolithiques, délires pédiatriques et mégalomanie zoologique

Cécile HUPINNe pas nour­rir les ani­maux, 180° édi­tions, 2024, 184 p., 20 €, ISBN : 978–2‑94072–136‑8

hupin ne pas nourrir les animauxCécile Hupin étonne et détonne. Man­i­feste­ment, écrire l’amuse. Si vous aimez les auteurs et autri­ces qui pren­nent leur pied en écrivant, vous ne vous ennuierez pas à la lec­ture de Ne pas nour­rir les ani­maux à con­di­tion d’entrer dans son jeu ou plutôt son délire. Con­tin­uer la lec­ture

« On ne va nulle part en battant des nageoires »

Guil­laume DRUEZ, Cœur de pédé suivi de Bocal, Oiseaux de nuit, coll. « Rideaux rouges » 2023, 114 p., 10 €, ISBN : 9782931101674

druez coeur de pedeCœur de pédé nous met en présence de Guil­laume qui souf­fre du syn­drome du cœur brisé. Son cœur est totale­ment nécrosé, broyé par un cha­grin d’amour.

C’est vrai, je vis.
Avec un cœur brisé.
Hors d’usage.
Ratat­iné.
Mis en miettes. 
Con­tin­uer la lec­ture

Winter is coming !

Un coup de cœur du Car­net

Mimosa EFFE, Les traîtres, Ker, 2024, 224 p., 18 €, ISBN : 978–2‑8758–6472‑7

effe les traitresLa nuit est froide pour un mois de juin. Elle regrette de ne pas avoir pris de veste. Elle regarde l’heure sur son télé­phone. 00h52. Elle voit aus­si un mes­sage de Marc. « Appelle-moi, je m’inquiète. » Elle sourit ; évidem­ment qu’il s’inquiète. Elle monte sur le petit pont au-dessus du canal. L’éclairage est faible, mais elle peut tout de même observ­er l’eau du canal Saint-Mar­tin et les graf­fi­tis sur les quais. 

Leçon d’efficacité nar­ra­tive ! Les traîtres nous hap­pent d’emblée, tant la langue de Mimosa Effe est sobre et vive, ferme et légère, tout à la fois, des allures de cray­on­né à la Hugo Pratt. Con­tin­uer la lec­ture

Célébration de la chair

Un coup de cœur du Car­net

Nathalie GASSEL, Éros androg­y­ne et autres textes, Pré­face de Pierre Bourgeade, Tail­lis Pré, 2024, 180 p., 19 €, ISBN : 9782874502200

gassel eros androgyne et autres textesOuvrir les pages étince­lantes, ver­tig­ineuses d’Éros androg­y­ne et autres textes, c’est s’abandonner à l’œuvre lit­téraire sans équiv­a­lent de Nathalie Gas­sel, sen­tir qu’en amont des mots elle pose l’équivalence entre l’écriture qui bande ses mus­cles et le corps jouis­sant. Mag­nifique­ment pré­facée par Pierre Bourgeade, la réédi­tion d’Éros androg­y­ne s’accompagne de textes inédits qui explorent les ter­ri­toires du désir, les ren­con­tres des corps, la mys­tique de l’écriture et du sexe. Con­tin­uer la lec­ture

Sainte Hélène, non comédienne et martyre

Un coup de cœur du Car­net

Claire HUYNEN, Ceci est mon corps, Arléa, 2024, 150 p., 18 €, ISBN : 9782363083586

huynen ceci est mon corpsUn silence méta­physique mais aus­si sen­soriel baigne les pages de Ceci est mon corps. Il est raris­sime qu’à la lec­ture, on entende un texte respir­er, nous envelop­per de son souf­fle, soulever les pages. C’est à cette expéri­ence que nous con­vie Claire Huy­nen dans cet éblouis­sant roman d’une beauté tournée vers l’intime. Qu’est-ce qu’une voca­tion ? Com­ment s’empare-t-elle d’un être ? Com­ment, dans l’exercice de l’existence, Dieu sur­git-il pour trac­er un chemin, apporter une lumière, une rai­son de vivre ? Con­tin­uer la lec­ture

Écriture-centaure sur pilotis

Camille PIER, feu l’amour !, Mael­ström reEvo­lu­tion, 2023, 142 p., 15 €, ISBN : 978–2‑87505–474‑6

pier feu l'amourLes mots claque­nt, jar­retelles dans la tête, les phras­es creusent la terre des affects, du corps, de l’enfance, de la nais­sance, de la renais­sance, elles se dorent sous la lune, sous la colère, sous les dessins qui ryth­ment les textes. Dans feu l’amour !, son troisième livre, un recueil de poèmes illus­trés parais­sant après La nature con­tre-nature (tout con­tre) et Scan­dale !, l’auteur, illus­tra­teur, chanteur, musi­cien, artiste de cabaret Camille Pier décom­pose le vivre, l’écrire et tra­vaille à recom­pos­er leurs con­di­tions de pos­si­bil­ité. Le temps et la fougue de l’oralité fou­et­tent l’écrit ; le rit­uel poé­tique tient du rit­uel de survie. Le « je » mis en scène cav­ale dans les eaux de l’amour, de la rage, du mor­celle­ment, des sor­cières, de la mar­i­on­nette d’enfance, Alf. Con­tin­uer la lec­ture

From Nora with love

Geneviève DAMAS, Strange, Gras­set, 2023, 177 p., 18,5 €, ISBN : 978–2‑246–83497‑7

damas strangeAprès plusieurs mois sans l’avoir vu, Raphaël s’apprête à recevoir la vis­ite de son père. Ces retrou­vailles, il les appréhende. Non pas qu’il n’ait pas envie de le voir, loin de là. Seule­ment, le voilà obligé de révéler ce qu’il lui a caché jusqu’ici. Ou plutôt ce qu’ELLE lui a caché. Car ce que le père ignore encore, c’est que c’est en fait Nora, sa fille, qu’il va ren­con­tr­er. Raphaël n’a pas seule­ment quit­té Arlon pour Brux­elles, il a égale­ment dit au revoir à une iden­tité et une apparence aux­quelles il se sen­tait étranger, pour faire con­naître au monde la femme qu’il s’est tou­jours sen­ti être, celle qu’elle est désor­mais : Nora. Con­tin­uer la lec­ture

La fin du noir et blanc

Sarah SEPULCHRE, Dis, c’est quoi le genre ?, Renais­sance du livre, 2021, 96 p., 12,90 € / ePub : 7,49 €, ISBN : 978–2507057091

sepulchre dis c est quoi le genreAvec « Dis, c’est quoi ? », la Renais­sance du livre s’est dotée d’une per­ti­nente col­lec­tion de vul­gar­i­sa­tion, forte aujourd’hui d’une ving­taine de titres. Récem­ment, elle s’est enrichie d’un nou­veau vol­ume con­sacré au genre. Il est signé par Sarah Sepul­chre.

De la « théorie du genre » dénon­cée à grands cris par les ten­ants de la Manif pour tous aux vio­lences mis­es en lumière depuis le début du mou­ve­ment #metoo, en pas­sant par les polémiques sur la trans­pho­bie, réelle ou sup­posée, de J.K. Rowl­ing, la ques­tion du genre fait désor­mais régulière­ment la une de l’actualité. Enten­du sou­vent, défi­ni rarement, le mot « genre » court le risque du flou et de la perte de sens. Dis, c’est quoi le genre ? offre dès lors une mise au point bien­v­enue. Sous la plume de Sarah Sepul­chre, pro­fesseure à l’UCLouvain et spé­cial­iste des représen­ta­tions des hommes et des femmes dans les fic­tions télévisées, l’ouvrage a le mérite de fournir des infor­ma­tions claires dans un style à la fois acces­si­ble et con­cis. Il s’appuie sur une doc­u­men­ta­tion solide : qui veut appro­fondir les notions évo­quées dans un livre qui se veut surtout une intro­duc­tion pour pub­lic non-aver­ti, pour­ra se reporter aux nom­breuses références men­tion­nées par la chercheuse. Con­tin­uer la lec­ture

Lieu d’être

Un coup de cœur du Car­net

Véronique BERGEN, Annemarie Schwarzen­bach. La vie en mou­ve­ment, Dou­ble ligne, coll. « Fig­ures de l’itinérance », 2021, 19 €, ISBN : 978–2‑9701433–2‑1

bergen annemarie schwarzenbach la vie en mouvementNulle fig­ure autre que celle d’Annemarie Schwarzen­bach ne pou­vait inau­gur­er la promet­teuse col­lec­tion « Fig­ures de l’itinérance » des édi­tions Dou­ble ligne – col­lec­tion créée par Lau­rent Pit­tet, le fon­da­teur de la revue Roa­d­i­tude.

Née en 1908 à Zurich au sein d’une famille très aisée qui avait notam­ment des affinités avec l’extrême-droite, décédée à l’âge de trente-qua­tre ans, Annemarie Schwarzen­bach était une femme intense, mys­térieuse, famil­ière des extrêmes. Fémin­iste (soli­taire), antifas­ciste et antiraciste, au tra­vers de ses textes, pho­togra­phies et reportages, elle est une fig­ure impor­tante de la dénon­ci­a­tion, entre autres, de la mon­tée du fas­cisme en Europe, de la ségré­ga­tion et des con­di­tions de vie des ouvri­ers en Amérique du Nord, de l’exploitation de l’Orient par un Occi­dent malade. Con­tin­uer la lec­ture

Joëlle Sambi : langue-caillasse et danse hantée

Joëlle SAMBI, Cail­lass­es, Texte lim­i­naire de Lisette Lom­bé, Illus­tra­tions Maïc Bat­mane, Arbre de Diane, coll. « Les deux sœurs », 2021, 120 p., 12 €, ISBN : 9782930822198

sambi caillasses 1Sur la fron­tière entre Brux­elles et Kin­shasa, entre l’oralité et le geste écrit, entre poé­tique sauvage et poli­tique mil­i­tante, Joëlle Sam­bi se tient, dres­sant une scène nomade, élec­trique où, portés par un vœu per­for­matif, les mots font lever des corps. C’est de l’intérieur des oppres­sions sécu­laires, du creux d’une His­toire de sang et d’humiliations dans laque­lle la Bel­gique et l’Occident ont plongé le Con­go que les poèmes, les slams, les nou­velles, les créa­tions radio­phoniques de Joëlle Sam­bi s’arrachent. Au fil de trois rounds poé­tiques, scan­dés par des trouées de lin­gala, les reg­istres de la colère, de la déc­la­ra­tion de guerre à la guerre, d’un cri col­lec­tif, d’un éro­tisme les­bi­en sont explorés. Sous la forme de l’explosion, d’une parataxe déca­pante, elle mène de l’ombre à la lumière ceux et celles qu’on a enfer­més dans l’inexistence, les badi­geon­nés de silence. Con­tin­uer la lec­ture

Une famille comme les autres

Stanis­las COTTON, Mes papas, l’ogre et moi, Lans­man, 2020, 44 p., 10€, ISBN : 978–2‑8071–0289‑7

Clo­vis Patati et Flo­ri­mond Tic­tac souhait­ent adopter un enfant. Ils devi­en­nent les par­ents d’une petite Pétron­ille que tout le monde finit par appel­er Ninou. Ils aiment lui racon­ter les péripéties de son adop­tion : une véri­ta­ble série en trois saisons. Ninou, à son tour, se plaît à com­menter gen­ti­ment leurs con­ver­sa­tions et à racon­ter leur ren­con­tre dans un café. Con­tin­uer la lec­ture

Françoise M. par Marie-Paule B.

Marie-Paule BELLE, Comme si tu étais tou­jours là, pré­face de Serge Lama, Plon, 2020, 213 p., 18 € / ePub : 12.99 €, ISBN : 978–2‑259–27838‑6

Françoise Mal­let-Joris écrivait ; Marie-Paule Belle com­pose et chante. Dans Comme si tu étais tou­jours là, livre-hom­mage à l’écrivaine belge dis­parue le 13 août 2016, la chanteuse tient pour­tant la plume. Mais elle s’efface sou­vent pour laiss­er place aux mots de sa com­pagne, parolière et amie. Cartes postales, brefs mes­sages, let­tres, man­u­scrits, paroles de chan­sons retran­scrites … : M.-P. Belle dévoile une par­tie des nom­breuses archives qu’elle con­serve dans un car­ton rouge, témoins de leur rela­tion privée et pro­fes­sion­nelle. Con­tin­uer la lec­ture

Dans l’antre de soi et du Duquesnoy

Lau­rent HERROU, Vie et mort du Duques­noy, Aut­ofic­tion, P.A.T., 2019, 11 €, ISBN :  978–2‑930959–08‑5

Brux­elles est la ville où Lau­rent Her­rou, né à Quim­per, ayant vécu à Nice, Paris, Ville­quiers (Cher) s’est instal­lé au début de l’année 2017 et où il séjour­nait déjà spo­radique­ment depuis plusieurs années, notam­ment à l’occasion de rési­dences d’auteur (Pas­sa Por­ta). C’est aus­si la ville où, depuis 2009, il vis­i­tait l’antre du Duques­noy, ce haut lieu du sexe gay aujourd’hui clos. Là, il jouis­sait du désir des hommes, du sien aus­si. Là, il appre­nait à mieux se con­naître, à affirmer (con­solid­er ?) son iden­tité que l’on a con­nue plus hési­tante dans Lau­ra, sa pre­mière aut­ofic­tion (« J’ai pen­sé : je suis poilu. Je suis un homme »), à exal­ter son nar­cis­sisme (« J’ai pen­sé que j’étais beau, à poil, mes cheveux longs qui tran­chaient avec le look des autres »). Con­tin­uer la lec­ture

Les fruits de la passion

Emmanuelle PIROTTE, D’innombrables soleils, Cherche midi, 2019, 240 p., 18 € / ePub : 12.99 €, ISBN : 978–2‑7491–6226‑3

Qu’y a‑t-il de plus ravageur que la peste, telle celle de 1593 à Lon­dres, qui a trans­for­mé les médecins en noirs cor­beaux, parsemé les chairs de bubons puru­lents, jonché les rues de cadavres ? De plus foi­son­nant que le théâtre élis­abéthain, sym­bol­isé avec majesté par le père adop­tif de Roméo et Juli­ette, le lanceur de ques­tions insond­ables, le songeur noc­turne esti­val ? De plus exal­tant que la com­po­si­tion de poèmes mythologiques, où des Hommes se frot­tent aux Dieux dans l’épreuve de tour­ments humains, où la Tragédie est sub­limée par le rythme ver­si­fié, où la scan­sion se fait chan­son à deux bouch­es ? De plus noir que les chicots d’Élisabeth Ière, au teint (arti­fi­cielle­ment) pâle assom­bri par la dépres­sion, mais tou­jours affamée, alerte, red­outable en des temps de rus­es et de com­plots ? De plus nour­ris­sant qu’un pain d’épice pré­paré avec amour par de jolies mains potelées, agré­men­té de vin rouge ou con­stel­lé d’anis étoilé, accom­pa­g­né d’une ale fraîche­ment pétil­lante ? La pas­sion… Con­tin­uer la lec­ture

Quand un psy pète une durite

Anne DUVIVIER, Un amour de psy, M.E.O., 2019, 182 p., 17€, ISBN : 2807001882 

Ange­lo est un psy de cinquante-neuf ans à qui son épouse vient d’annoncer qu’elle est amoureuse d’une autre femme de trente-qua­tre ans. Mag­nanime, elle souhaite tou­jours vivre avec son mari moyen­nant quelques amé­nage­ments. Bien qu’ils soient dans un mariage libre, Ange­lo vit mal cette nou­velle, qui lui fait l’effet d’un séisme. Con­tin­uer la lec­ture