En prélude au prix du roman gay, l’asbl Capax Infiniti et le Studio 84 art & Culture[s] lancent “De viris”, un concours de nouvelles, en collaboration avec les éditions Lamiroy. Le thème de l’année? Le regard. Les nouvelles sont attendues pour le 31 décembre au plus tard. Continuer la lecture
Archives par étiquette : LGBTQIA+
La petite mort du texte
Un coup de cœur du Carnet
Georges EEKHOUD, Voyous de velours ou L’autre vue, préface de Jacques Izoard, postface ce Paul Aron, Impressions nouvelles, coll. « Espace Nord », 2024, 240 p., 9 €, ISBN : 978–2‑87568–600‑8
« Mais non, que me voulez-vous à moi qui ne saurais vous peindre, ou vous modeler, ou vous dire en vers et en musique, aussi beaux, aussi suaves, aussi éblouissants et balsamiques que je vous sens et que je vous vois ! » Mais oui, que lui veulent-ils ces Voyous de velours qui ont donné le titre à ce roman de Georges Eekhoud lors de son édition en 1926 à la Renaissance du livre (intitulé L’autre vue quand il a paru aux éditions Mercure de France en 1904), que lui veulent-ils, ces jeunes marginaux des quartiers populaires de Bruxelles ? En réalité, on ne l’apprendra guère. Et là, de toute façon, n’est pas la véritable raison de cette citation, de cette question, qui est avant tout l’énonciation de la politique et de la poétique érotique du livre. Ce que « lui » recherche, ce qu’il leur prend et leur donne, c’est là que tout se joue. S’écrit. Continuer la lecture
Amours paléolithiques, délires pédiatriques et mégalomanie zoologique
Cécile HUPIN, Ne pas nourrir les animaux, 180° éditions, 2024, 184 p., 20 €, ISBN : 978–2‑94072–136‑8
Cécile Hupin étonne et détonne. Manifestement, écrire l’amuse. Si vous aimez les auteurs et autrices qui prennent leur pied en écrivant, vous ne vous ennuierez pas à la lecture de Ne pas nourrir les animaux à condition d’entrer dans son jeu ou plutôt son délire. Continuer la lecture
« On ne va nulle part en battant des nageoires »
Guillaume DRUEZ, Cœur de pédé suivi de Bocal, Oiseaux de nuit, coll. « Rideaux rouges » 2023, 114 p., 10 €, ISBN : 9782931101674
Cœur de pédé nous met en présence de Guillaume qui souffre du syndrome du cœur brisé. Son cœur est totalement nécrosé, broyé par un chagrin d’amour.
C’est vrai, je vis.
Avec un cœur brisé.
Hors d’usage.
Ratatiné.
Mis en miettes. Continuer la lecture
Winter is coming !
Un coup de cœur du Carnet
Mimosa EFFE, Les traîtres, Ker, 2024, 224 p., 18 €, ISBN : 978–2‑8758–6472‑7
La nuit est froide pour un mois de juin. Elle regrette de ne pas avoir pris de veste. Elle regarde l’heure sur son téléphone. 00h52. Elle voit aussi un message de Marc. « Appelle-moi, je m’inquiète. » Elle sourit ; évidemment qu’il s’inquiète. Elle monte sur le petit pont au-dessus du canal. L’éclairage est faible, mais elle peut tout de même observer l’eau du canal Saint-Martin et les graffitis sur les quais.
Leçon d’efficacité narrative ! Les traîtres nous happent d’emblée, tant la langue de Mimosa Effe est sobre et vive, ferme et légère, tout à la fois, des allures de crayonné à la Hugo Pratt. Continuer la lecture
Célébration de la chair
Un coup de cœur du Carnet
Nathalie GASSEL, Éros androgyne et autres textes, Préface de Pierre Bourgeade, Taillis Pré, 2024, 180 p., 19 €, ISBN : 9782874502200
Ouvrir les pages étincelantes, vertigineuses d’Éros androgyne et autres textes, c’est s’abandonner à l’œuvre littéraire sans équivalent de Nathalie Gassel, sentir qu’en amont des mots elle pose l’équivalence entre l’écriture qui bande ses muscles et le corps jouissant. Magnifiquement préfacée par Pierre Bourgeade, la réédition d’Éros androgyne s’accompagne de textes inédits qui explorent les territoires du désir, les rencontres des corps, la mystique de l’écriture et du sexe. Continuer la lecture
Sainte Hélène, non comédienne et martyre
Un coup de cœur du Carnet
Claire HUYNEN, Ceci est mon corps, Arléa, 2024, 150 p., 18 €, ISBN : 9782363083586
Un silence métaphysique mais aussi sensoriel baigne les pages de Ceci est mon corps. Il est rarissime qu’à la lecture, on entende un texte respirer, nous envelopper de son souffle, soulever les pages. C’est à cette expérience que nous convie Claire Huynen dans cet éblouissant roman d’une beauté tournée vers l’intime. Qu’est-ce qu’une vocation ? Comment s’empare-t-elle d’un être ? Comment, dans l’exercice de l’existence, Dieu surgit-il pour tracer un chemin, apporter une lumière, une raison de vivre ? Continuer la lecture
Écriture-centaure sur pilotis
Camille PIER, feu l’amour !, Maelström reEvolution, 2023, 142 p., 15 €, ISBN : 978–2‑87505–474‑6
Les mots claquent, jarretelles dans la tête, les phrases creusent la terre des affects, du corps, de l’enfance, de la naissance, de la renaissance, elles se dorent sous la lune, sous la colère, sous les dessins qui rythment les textes. Dans feu l’amour !, son troisième livre, un recueil de poèmes illustrés paraissant après La nature contre-nature (tout contre) et Scandale !, l’auteur, illustrateur, chanteur, musicien, artiste de cabaret Camille Pier décompose le vivre, l’écrire et travaille à recomposer leurs conditions de possibilité. Le temps et la fougue de l’oralité fouettent l’écrit ; le rituel poétique tient du rituel de survie. Le « je » mis en scène cavale dans les eaux de l’amour, de la rage, du morcellement, des sorcières, de la marionnette d’enfance, Alf. Continuer la lecture
From Nora with love
Geneviève DAMAS, Strange, Grasset, 2023, 177 p., 18,5 €, ISBN : 978–2‑246–83497‑7
Après plusieurs mois sans l’avoir vu, Raphaël s’apprête à recevoir la visite de son père. Ces retrouvailles, il les appréhende. Non pas qu’il n’ait pas envie de le voir, loin de là. Seulement, le voilà obligé de révéler ce qu’il lui a caché jusqu’ici. Ou plutôt ce qu’ELLE lui a caché. Car ce que le père ignore encore, c’est que c’est en fait Nora, sa fille, qu’il va rencontrer. Raphaël n’a pas seulement quitté Arlon pour Bruxelles, il a également dit au revoir à une identité et une apparence auxquelles il se sentait étranger, pour faire connaître au monde la femme qu’il s’est toujours senti être, celle qu’elle est désormais : Nora. Continuer la lecture
La fin du noir et blanc
Sarah SEPULCHRE, Dis, c’est quoi le genre ?, Renaissance du livre, 2021, 96 p., 12,90 € / ePub : 7,49 €, ISBN : 978–2507057091
Avec « Dis, c’est quoi ? », la Renaissance du livre s’est dotée d’une pertinente collection de vulgarisation, forte aujourd’hui d’une vingtaine de titres. Récemment, elle s’est enrichie d’un nouveau volume consacré au genre. Il est signé par Sarah Sepulchre.
De la « théorie du genre » dénoncée à grands cris par les tenants de la Manif pour tous aux violences mises en lumière depuis le début du mouvement #metoo, en passant par les polémiques sur la transphobie, réelle ou supposée, de J.K. Rowling, la question du genre fait désormais régulièrement la une de l’actualité. Entendu souvent, défini rarement, le mot « genre » court le risque du flou et de la perte de sens. Dis, c’est quoi le genre ? offre dès lors une mise au point bienvenue. Sous la plume de Sarah Sepulchre, professeure à l’UCLouvain et spécialiste des représentations des hommes et des femmes dans les fictions télévisées, l’ouvrage a le mérite de fournir des informations claires dans un style à la fois accessible et concis. Il s’appuie sur une documentation solide : qui veut approfondir les notions évoquées dans un livre qui se veut surtout une introduction pour public non-averti, pourra se reporter aux nombreuses références mentionnées par la chercheuse. Continuer la lecture
Lieu d’être
Un coup de cœur du Carnet
Véronique BERGEN, Annemarie Schwarzenbach. La vie en mouvement, Double ligne, coll. « Figures de l’itinérance », 2021, 19 €, ISBN : 978–2‑9701433–2‑1
Nulle figure autre que celle d’Annemarie Schwarzenbach ne pouvait inaugurer la prometteuse collection « Figures de l’itinérance » des éditions Double ligne – collection créée par Laurent Pittet, le fondateur de la revue Roaditude.
Née en 1908 à Zurich au sein d’une famille très aisée qui avait notamment des affinités avec l’extrême-droite, décédée à l’âge de trente-quatre ans, Annemarie Schwarzenbach était une femme intense, mystérieuse, familière des extrêmes. Féministe (solitaire), antifasciste et antiraciste, au travers de ses textes, photographies et reportages, elle est une figure importante de la dénonciation, entre autres, de la montée du fascisme en Europe, de la ségrégation et des conditions de vie des ouvriers en Amérique du Nord, de l’exploitation de l’Orient par un Occident malade. Continuer la lecture
Joëlle Sambi : langue-caillasse et danse hantée
Joëlle SAMBI, Caillasses, Texte liminaire de Lisette Lombé, Illustrations Maïc Batmane, Arbre de Diane, coll. « Les deux sœurs », 2021, 120 p., 12 €, ISBN : 9782930822198
Sur la frontière entre Bruxelles et Kinshasa, entre l’oralité et le geste écrit, entre poétique sauvage et politique militante, Joëlle Sambi se tient, dressant une scène nomade, électrique où, portés par un vœu performatif, les mots font lever des corps. C’est de l’intérieur des oppressions séculaires, du creux d’une Histoire de sang et d’humiliations dans laquelle la Belgique et l’Occident ont plongé le Congo que les poèmes, les slams, les nouvelles, les créations radiophoniques de Joëlle Sambi s’arrachent. Au fil de trois rounds poétiques, scandés par des trouées de lingala, les registres de la colère, de la déclaration de guerre à la guerre, d’un cri collectif, d’un érotisme lesbien sont explorés. Sous la forme de l’explosion, d’une parataxe décapante, elle mène de l’ombre à la lumière ceux et celles qu’on a enfermés dans l’inexistence, les badigeonnés de silence. Continuer la lecture
Une famille comme les autres
Stanislas COTTON, Mes papas, l’ogre et moi, Lansman, 2020, 44 p., 10€, ISBN : 978–2‑8071–0289‑7
Clovis Patati et Florimond Tictac souhaitent adopter un enfant. Ils deviennent les parents d’une petite Pétronille que tout le monde finit par appeler Ninou. Ils aiment lui raconter les péripéties de son adoption : une véritable série en trois saisons. Ninou, à son tour, se plaît à commenter gentiment leurs conversations et à raconter leur rencontre dans un café. Continuer la lecture
Françoise M. par Marie-Paule B.
Marie-Paule BELLE, Comme si tu étais toujours là, préface de Serge Lama, Plon, 2020, 213 p., 18 € / ePub : 12.99 €, ISBN : 978–2‑259–27838‑6
Françoise Mallet-Joris écrivait ; Marie-Paule Belle compose et chante. Dans Comme si tu étais toujours là, livre-hommage à l’écrivaine belge disparue le 13 août 2016, la chanteuse tient pourtant la plume. Mais elle s’efface souvent pour laisser place aux mots de sa compagne, parolière et amie. Cartes postales, brefs messages, lettres, manuscrits, paroles de chansons retranscrites … : M.-P. Belle dévoile une partie des nombreuses archives qu’elle conserve dans un carton rouge, témoins de leur relation privée et professionnelle. Continuer la lecture
Dans l’antre de soi et du Duquesnoy
Laurent HERROU, Vie et mort du Duquesnoy, Autofiction, P.A.T., 2019, 11 €, ISBN : 978–2‑930959–08‑5
Bruxelles est la ville où Laurent Herrou, né à Quimper, ayant vécu à Nice, Paris, Villequiers (Cher) s’est installé au début de l’année 2017 et où il séjournait déjà sporadiquement depuis plusieurs années, notamment à l’occasion de résidences d’auteur (Passa Porta). C’est aussi la ville où, depuis 2009, il visitait l’antre du Duquesnoy, ce haut lieu du sexe gay aujourd’hui clos. Là, il jouissait du désir des hommes, du sien aussi. Là, il apprenait à mieux se connaître, à affirmer (consolider ?) son identité que l’on a connue plus hésitante dans Laura, sa première autofiction (« J’ai pensé : je suis poilu. Je suis un homme »), à exalter son narcissisme (« J’ai pensé que j’étais beau, à poil, mes cheveux longs qui tranchaient avec le look des autres »). Continuer la lecture
Les fruits de la passion
Emmanuelle PIROTTE, D’innombrables soleils, Cherche midi, 2019, 240 p., 18 € / ePub : 12.99 €, ISBN : 978–2‑7491–6226‑3
Qu’y a‑t-il de plus ravageur que la peste, telle celle de 1593 à Londres, qui a transformé les médecins en noirs corbeaux, parsemé les chairs de bubons purulents, jonché les rues de cadavres ? De plus foisonnant que le théâtre élisabéthain, symbolisé avec majesté par le père adoptif de Roméo et Juliette, le lanceur de questions insondables, le songeur nocturne estival ? De plus exaltant que la composition de poèmes mythologiques, où des Hommes se frottent aux Dieux dans l’épreuve de tourments humains, où la Tragédie est sublimée par le rythme versifié, où la scansion se fait chanson à deux bouches ? De plus noir que les chicots d’Élisabeth Ière, au teint (artificiellement) pâle assombri par la dépression, mais toujours affamée, alerte, redoutable en des temps de ruses et de complots ? De plus nourrissant qu’un pain d’épice préparé avec amour par de jolies mains potelées, agrémenté de vin rouge ou constellé d’anis étoilé, accompagné d’une ale fraîchement pétillante ? La passion… Continuer la lecture
