Archives par étiquette : Michel Lambert

Couleur et nostalgie du ciel

Un coup de cœur du Carnet

Michel LAMBERT, L’adaptation, Pierre Guil­laume de Roux, 2018, 264 p., 22,90€, ISBN : 2–36371-248–6

lambert l adaptation.jpgUn réal­isa­teur, cou­vert d’un éter­nel cha­peau, cherche sur les toiles d’une galerie d’art un ciel introu­vable, une couleur et une atmo­sphère célestes qui devraient guider son prochain film. Il tra­vaille sur l’adaptation d’une œuvre qui l’a pro­fondé­ment mar­qué : La jeune fille brune d’Alexandre Tiš­ma. Sa femme Mar­i­on, décédée depuis cinq ans, lui avait fait décou­vrir ce roman. Com­ment adapter un réc­it durant lequel un homme cherche dés­espéré­ment à revoir une femme avec qui il a passé une seule et unique nuit ? Com­ment trans­pos­er cette quête, ce fan­tasme qui s’efface petit à petit de sa mémoire, cette pas­sion dévo­rante qui s’étale sur plusieurs décen­nies, cette course con­tre le temps et la peur du vieil­lisse­ment ? Le réal­isa­teur fait face à cer­taines dif­fi­cultés, notam­ment le car­ac­tère haute­ment lit­téraire de l’ouvrage. Il n’a pas dit son dernier mot, mais peut-être est-ce son film de trop ? Des mau­vais­es langues le dis­ent fini. Il accuse les refus des pro­duc­teurs. La pro­fes­sion est intraitable avec ceux qui échouent. Con­tin­uer la lec­ture

Des rendez-vous manqués

Un coup de cœur du Carnet

Michel LAMBERT, Le lende­main, Pierre-Guil­laume de Roux, 2017, 192 p., 19,90€, ISBN : 978–2‑36371–187‑8

lambert le lendemainDe ren­con­tres for­tu­ites en retrou­vailles provo­quées, ces neuf nou­velles con­vo­quent des hommes et des femmes qui parta­gent, le temps d’un instant, des sou­venirs suran­nés, envolés, la gêne d’une réu­nion improb­a­ble. Jean-Charles décide sur un coup de tête de ren­dre vis­ite à un cou­ple d’amis qu’il n’a plus vu depuis quinze ans. Vont-ils l’accueillir chaleureuse­ment ? Un jeune homme recherche un peu de com­pag­nie, un soir de fête et de grande soli­tude, et se retrou­ve attablé dans une dis­cothèque avec un par­fait incon­nu, tout aus­si seul que lui, ren­con­tré quelques heures plus tôt dans un ciné­ma. Patri­cia revoit le père de son enfant qui l’a tant fait souf­frir et ces lieux qu’elle a voulu fuir. Stéphane Mal­ter sym­pa­thise avec son voisin de table dans un bar miteux de la côte. Ils renchéris­sent à qui aura le dernier mot et le cri le plus effrayant à la manière de Richard Wid­mark dans Panique sur la ville. Paul emmène sa com­pagne sur le champ de sa jeunesse, à tra­vers ses pre­mières expéri­ences de pla­neur, ses pre­mières peurs et ses pre­mières envies de sub­limer les choses par l’art. Dans un café où elle a ses habi­tudes, une femme attend un Xème homme ren­con­tré sur la toile. À la ter­rasse du Con­ti­nen­tal, lieu qu’il fréquen­tait énor­mé­ment lorsqu’il était jour­nal­iste, André tombe par hasard sur son anci­enne maîtresse. Une autre ter­rasse voit l’invraisemblable réu­nion de Maxime Junior et d’un homme, tout de noir vêtu, qu’il avait croisé des années plus tôt, à l’hippodrome, là où Junior ten­tait tant bien que mal de se faire une place entre son imposant père et sa jambe boi­teuse. Pour combler un manque, Roland recherche la présence d’Ingrid à la fête de fin de tour­nage du film dont il est le scé­nar­iste. Con­tin­uer la lec­ture

Annonce : rencontre littéraire le 18 mars

Journée de la Francophonie à Bxl

De touchantes promenades imparfaites

Un coup de coeur du Carnet
Emilie GÄBELE

lambertDes êtres avan­cent dans une ambiance canic­u­laire. L’air se fait lourd. La nébu­losité aug­mente. Un obsta­cle et ils trébuchent. La chute était inévitable. Cer­tains se relèvent rapi­de­ment. D’autres, aux abois, plon­gent « pour un instant, pour un instant seule­ment », ou pour une plus longue durée. Ces hommes et ces femmes par­courent les villes, à pied ou en voiture, errent dans leurs pen­sées, leur passé, leurs rêves. Ce sont tous de grands blessés. Cer­tains ont été amputés d’une femme, d’une dig­nité, d’un rêve, d’autres d’une car­rière, d’une voix, d’un ami, d’une rai­son… Ils avan­cent clau­di­cant, bien sou­vent seuls, l’ombre d’une peur incon­nue leur col­lant à la peau. Con­tin­uer la lec­ture

“À quoi ça rime?”

Samia HAMMAMI

lambertDans son éclairante post­face à la réédi­tion en Espace Nord (2015) de Dieu s’amuse, paru ini­tiale­ment aux édi­tions Pierre-Guil­laume de Roux (2011), Nau­si­caa Dewez retrace le par­cours aux mul­ti­ples sur­geons (jour­nal­iste, rédac­teur en chef, chroniqueur, romanci­er, ani­ma­teur d’ateliers, etc.) de Michel Lam­bert, homme à une seule souche : la lit­téra­ture. Elle inter­roge plus pré­cisé­ment son rap­port à la nou­velle, genre qu’il priv­ilégie depuis son entrée en écri­t­ure et au sein duquel il se démar­que par des recueils solide­ment cohérents, primés à plusieurs repris­es. La post­facière l’inscrit dans une lignée résol­u­ment con­tem­po­raine : « D’évidence, la nou­velle telle que pra­tiquée par Michel Lam­bert rompt avec le canon de la nou­velle clas­sique, à la Mau­pas­sant. Pour repren­dre une ter­mi­nolo­gie pro­posée par René Godenne et aujourd’hui com­muné­ment admise, on peut dire que Lam­bert pra­tique non la “nou­velle-his­toire” mais la “nou­velle-instant”. » Sous cette dénom­i­na­tion se range une veine où, sans souci de racon­ter une his­toire com­plète, est opéré un focus – la « spec­tro­gra­phie » – sur un moment déter­mi­nant de la vie d’un pro­tag­o­niste lamb­da. Cette démarche implique le lecteur et, selon les pro­pres ter­mes de Lam­bert, l’invite à « faire tra­vailler son imag­i­na­tion pour combler les blancs du texte ». Con­tin­uer la lec­ture