Archives par étiquette : Michel Lambert

De touchantes promenades imparfaites

Un coup de coeur du Carnet
Emilie GÄBELE

lambertDes êtres avancent dans une ambiance caniculaire. L’air se fait lourd. La nébulosité augmente. Un obstacle et ils trébuchent. La chute était inévitable. Certains se relèvent rapidement. D’autres, aux abois, plongent « pour un instant, pour un instant seulement », ou pour une plus longue durée. Ces hommes et ces femmes parcourent les villes, à pied ou en voiture, errent dans leurs pensées, leur passé, leurs rêves. Ce sont tous de grands blessés. Certains ont été amputés d’une femme, d’une dignité, d’un rêve, d’autres d’une carrière, d’une voix, d’un ami, d’une raison… Ils avancent claudicant, bien souvent seuls, l’ombre d’une peur inconnue leur collant à la peau. Continuer la lecture

« À quoi ça rime? »

Samia HAMMAMI

lambertDans son éclairante postface à la réédition en Espace Nord (2015) de Dieu s’amuse, paru initialement aux éditions Pierre-Guillaume de Roux (2011), Nausicaa Dewez retrace le parcours aux multiples surgeons (journaliste, rédacteur en chef, chroniqueur, romancier, animateur d’ateliers, etc.) de Michel Lambert, homme à une seule souche : la littérature. Elle interroge plus précisément son rapport à la nouvelle, genre qu’il privilégie depuis son entrée en écriture et au sein duquel il se démarque par des recueils solidement cohérents, primés à plusieurs reprises. La postfacière l’inscrit dans une lignée résolument contemporaine : « D’évidence, la nouvelle telle que pratiquée par Michel Lambert rompt avec le canon de la nouvelle classique, à la Maupassant. Pour reprendre une terminologie proposée par René Godenne et aujourd’hui communément admise, on peut dire que Lambert pratique non la “nouvelle-histoire” mais la “nouvelle-instant”. » Sous cette dénomination se range une veine où, sans souci de raconter une histoire complète, est opéré un focus – la « spectrographie » – sur un moment déterminant de la vie d’un protagoniste lambda. Cette démarche implique le lecteur et, selon les propres termes de Lambert, l’invite à « faire travailler son imagination pour combler les blancs du texte ». Continuer la lecture