Un coup de cœur du Carnet

Une paix royale
Auteur : Pierre Mertens
Maison d’édition : Espace Nord
Année d’édition : 2026
Nombre de pages : 580
Prix : 12 €
Livre numérique : /
EAN : 9782875687418
La chute, la collision entre les existences individuelles et le corps de l’Histoire, l’enfance, emblème d’une perte centrale, la Belgique comme improbable terre de fiction, la fêlure au sens de Francis Scott Fitzgerald… les leitmotivs de l’œuvre de Pierre Mertens forment la musique de fond d’Une paix royale, un roman paru en 1995, dont la réception et la lecture ont été altérées, surdéterminées par le procès introduit par deux membres de la famille royale. Souverainement (mais d’une souveraineté bataillienne, étrangère à la royauté) postfacée par Benoît Denis et préfacée par Guy Scarpetta, la nouvelle édition d’Espace Nord nous permet de relire ou de découvrir un roman virtuose, taillé dans l’ambition de qui, tout en se défiant de Sartre, envisageait la littérature comme une forme de pensée, de déchiffrement du monde. Alter ego de Pierre Mertens, Pierre Raymond, lassé d’être guide, chroniqueur chez Touristes sans frontières, délaisse le voyage dans l’espace pour se livrer à une enquête qui tient tout à la fois d’un roman des origines, d’un retour sur l’enfance et d’une auscultation de la période trouble, de « l’affaire royale ». Continuer la lecture




De Rimbaud à Duras, de Simenon à Bourdouxhe, de Steeman à Aymé, rares sont les écrivains qui n’ont pas entretenu un lien – étroit ou non — avec le cinéma. Entre adaptations, réécritures et translations, les relations de la littérature avec le septième art prennent des formes innombrables et variées. Elles ont donné lieu à des chefs‑d’œuvre et à des échecs, démontrant parfois que le « passage sur un autre plan » provoque inévitablement « du gagné et du perdu », comme le signale François Emmanuel. « La littérature et le cinéma forment un couple, pour le meilleur… et parfois pour le pire » rappelle Yves Namur en guise de préambule au colloque sur la littérature et le cinéma qui s’est tenu en octobre 2022 à l’Académie royale de langue et littérature françaises de Belgique et dont les actes sont désormais publiés. 
Une énième étude sur le fantastique belge ? Le sujet n’est-il pas rebattu ? Et des spécialistes de la carrure d’un Baronian ne se sont-ils pas assez exprimés sur la question pour qu’on puisse enfin considérer le terrain comme défriché, balisé, connu ? Le spécialiste en comparatisme dans le domaine francophone Bacary Sarr anticipe cette remarque en avertissant d’emblée que son étude ne fera intervenir nul bestiaire à cornes ou à canines et ne convoquera aucun esprit à coup de table tournante. Se démarquant en effet du « fantastique conventionnel », il privilégie celui « qui se fonde sur une perception intérieure particulière de la réalité ».
Pierre Mertens a eu quatre-vingts ans le 9 octobre 2019. Pour fêter cette belle échéance, plusieurs de ses proches – sa sœur Catherine, sa fille Dominique, Agnès Triebel, Pietro Pizzuti – avaient mis sur pied des retrouvailles amicales et festives dans un haut lieu de la bohème bruxelloise : « La Fleur en papier doré ». Héros en veston fraise et chevelure blanche, assistance triée sur le volet, témoignages chaleureux, lectures d’extraits de Terreurs, des
Pour son cinquantième anniversaire, la collection “Points” propose la réédition de titres qui ont ponctué son histoire. Le roman de Pierre Mertens, Les éblouissements, y trouve sa place. Il s’est vu attribuer le prix Médicis en 1987.
On ne soulignera jamais assez combien la littérature francophone de Belgique, lorsqu’elle est mise en valeur dans des éditions de prestige, retrouve la place qui lui revient, dont les effets de mode ou de réputation, et l’absence de vraie promotion l’éloignent trop souvent. Comme d’autres écrivains belges – les « référents » historiques, comme De Coster, Lemonnier , Plisnier, mais aussi les contemporains comme Harpman, De Decker, Jones, Ayguesparse pour n’en citer que quelques-uns parmi les romanciers et nouvellistes –, Pierre Mertens a pris place parmi les « classiques » de la littérature française. À son œuvre, dont on voit aujourd’hui avec le recul des années, et au terme d’une quinzaine de romans et recueils de nouvelles, l’importance et la cohérence, il manquait d’entrer dans une collection patrimoniale internationale de référence. C’est chose faite dorénavant, au moins pour un des romans, Les bons offices, les plus significatifs de la bibliographie mertensienne. Le Seuil a été particulièrement bien inspiré de l’insérer dans sa prestigieuse collection de poche « Signatures ». Elle réunit quelques figures de proue, dont les œuvres sont autant de balises incontournables lorsqu’il s’agit pour la littérature de prodiguer les indispensables instruments de compréhension du monde.