Archives par étiquette : symbolisme

Le poète, l’artisan et l’enlumineur

Max ELSKAMP, La chan­son de la rue Saint-Paul, post­face de Clé­ment Dessy, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2025, 395 p., 12 €, ISBN : 978–2‑87568–724‑1

elskamp la chanson de la rue saint paulIl y a chez Max Elskamp un peu de ces marins à quai pour qui les ports, les noms des rues et des villes sont déjà de la poésie. Né à Anvers d’un père fla­mand arma­teur et d’une mère orig­i­naire d’Ecaussinnes, le poète des Chan­sons dés­abusées suiv­ra, sans réel ent­hou­si­asme, des études de Droit à l’Université libre de Brux­elles. Mais son exis­tence, il la passera essen­tielle­ment à Anvers, louant dans ses poésies les cités et paysages de Flan­dres, en regret­tant de ne pas maîtris­er la langue de Von­del. Anvers surtout et la rue Saint-Paul par­ti­c­ulière­ment (le titre d’ensemble du vol­ume reprend celui du recueil paru en 1922) où il naquit en 1862 seront son ter­rain de jeu favori. Con­tin­uer la lec­ture

Sous les troènes, l’amour

Un coup de cœur du Car­net

Jean DOMINIQUE, Le don silen­cieux suivi de La Lit­téraire de Blanche Rousseau, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2025, 300 p., 12 € / ePub : 6,99 €, ISBN : 9782875686046

dominique le don silencieuxRarement l’amitié et l’amour lient-ils la vie à l’œuvre comme au cœur de Jean Dominique (1873–1952). Pseu­do­nyme lit­téraire de Marie Clos­set, enseignante et per­son­nal­ité anti­con­formiste, Jean Dominique entre dans la col­lec­tion Espace Nord avec un ouvrage en trois par­ties : l’une dédiée à la poésie, la deux­ième aux sou­venirs (dic­tés à la fin de sa vie depuis le fau­teuil où elle repose ses yeux presqu’aveugles), la dernière au “silence tumultueux” de sa rela­tion amoureuse avec Blanche Rousseau — à tra­vers les mots de celle-ci. Con­tin­uer la lec­ture

Un nouveau dessin de Spilliaert à la KBR

spilliaert crommelynck

Léon Spilli­aert, Dessin de cou­ver­ture pour Le sculp­teur de masques, 1907

La KBR annonce un ajout de pres­tige à ses col­lec­tions : un dessin de Léon Spilli­aert qui devait illus­tr­er la cou­ver­ture du Sculp­teur de masques, de Fer­nand Crom­me­lynck. Con­tin­uer la lec­ture

Surréalisme et symbolisme, plus qu’une proximité ?

Fran­cis­ca VANDEPITTE (sous la dir. de), Imag­ine ! 100 ans de sur­réal­isme inter­na­tion­al, Ludion/MRBAB, 2024, 232 p., 35 €, ISBN : 978–94-6478–112‑0

imagine 100 ans de surrealisme internationalLe cen­te­naire de la nais­sance du sur­réal­isme, avec la paru­tion en octo­bre 1924 du Man­i­feste du sur­réal­isme d’André Bre­ton (en France) et des tracts-pam­phlets de Cor­re­spon­dance ini­tiés la même année par Paul Nougé, Camille Goe­mans et Mar­cel Lecomte (en Bel­gique) se mar­que par deux expo­si­tions éclairantes à Brux­elles, qui fut un haut-lieu de ren­con­tres et d’actions pour les mem­bres du mou­ve­ment sur­réal­iste, belges, français, et inter­na­tionaux. Si l’exposition His­toire de ne pas rire, à Bozar se focalise pri­or­i­taire­ment sur les activ­ités encore mécon­nues par­fois des sur­réal­istes brux­el­lois, hain­uy­ers, anver­sois, avec comme fig­ures de proue Paul Nougé et René Magritte, l’exposition Imag­ine ! 100 ans de sur­réal­isme inter­na­tion­al, présen­tée aux Musées roy­aux des Beaux-Arts, élar­git les per­spec­tives. Con­tin­uer la lec­ture

Une esthétique de l’épreuve : Charles Van Lerberghe

Charles VAN LERBERGHE, Les flaireurs suivi de Pan, Post­face Paul Aron, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2019, 160 p., 9 €, ISBN : 978–2‑87568–416‑5

Les didas­calies du théâtre sym­bol­iste s’offrent sou­vent comme des poèmes en prose et lais­sent enten­dre le drame à la lisière du mélo­drame, comme si on regar­dait un film d’Eisen­stein dans la musique de Wag­n­er.

Les scènes font réson­ner les intimes liaisons entre l’ex­is­tence de l’homme et la pres­sion des élé­ments naturels qui s’exercent sur lui. On entre alors dans la vie mag­ique, presque sur­na­turelle des pro­tag­o­nistes, sur la pointe des pieds, on s’assied alors dans l’ombre et on assiste aux chutes et aux épipha­nies des per­son­nages sym­bol­istes. La princesse Maleine de Maeter­linck est là, avec nous, dans les couliss­es des âmes. Con­tin­uer la lec­ture

Henry de Groux devant les cochons

COLLECTIF, Hen­ry de Groux (1866 – 1930), maître de la démesure, In fine – Province de Namur, 2019, 180 p., 32 €, ISBN : 9782902302086

« Cette pein­ture est si épou­vantable­ment anor­male, si prodigieuse­ment en dehors des tra­di­tions ou des procédés con­nus, […] qu’on ne parvient pas à con­jec­tur­er de façon pré­cise l’effet d’une sem­blable vision sur des êtres peu dis­posés à partager l’agonie d’un Rédemp­teur véri­ta­ble­ment tor­turé. » Ces mots de Léon Bloy évo­quent Le Christ aux out­rages, toile mon­u­men­tale réal­isée par le Belge Hen­ry de Groux. Con­tin­uer la lec­ture

« C’est le premier matin du monde… »

Charles VAN LERBERGHE, La Chan­son d’Ève, préf. et bib­lio. de Marie Dossin, Palimpses­te, 2017, 140 p., 14€, ISBN : 978–2‑915892–21‑5

van lerbergheDif­fi­cile de revenir en quelques lignes seule­ment sur cette œuvre maîtresse de la lit­téra­ture sym­bol­iste. D’emblée, évac­uons rapi­de­ment la ques­tion de la mise en page du livre et la fac­ture plutôt grossière de cette réédi­tion où ni la typogra­phie, ni le choix du papi­er ni même la brochure ne résis­teront très longtemps aux rav­ages du temps. Sans doute ce petit bijou de la poésie belge aurait-il mérité plus bel écrin. Soit ! Heureuse­ment, le texte demeure lui bien présent depuis sa pre­mière pub­li­ca­tion au Mer­cure de France en 1904. Con­tin­uer la lec­ture

« La cité en tant que le fantôme élargi »

Un coup de coeur du Carnet

Georges RODENBACH, Bruges-la-Morte, Post­face de Chris­t­ian Berg, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2016, 210 p., 8,5 €/ePub : 5.99 €, ISBN : 9782875681089

rodenbach bruges-la-morteLe 28 juin 1892, Stéphane Mal­lar­mé s’empare de sa plume la plus leste pour cisel­er un com­pli­ment à Georges Roden­bach :

Votre his­toire humaine si savante par instants s’évapore ; et la cité en tant que le fan­tôme élar­gi con­tin­ue, ou reprend con­science aux per­son­nages, cela avec une cer­ti­tude sub­tile qui instau­re un très pur effet.

Si déli­cieuse­ment abscons­es que demeurent ces lignes, l’on y aura sans peine iden­ti­fié les allu­sions à Bruges-la-Morte. C’est que le poète aura su ramass­er les traits les plus sail­lants de cet incon­tourn­able de nos Let­tres : l’évanescence de l’atmosphère qui règne à chaque chapitre, la con­tagieuse spec­tral­ité de son décor médié­val immuable, enfin les réso­nances qu’il ne manque pas d’éveiller dans la sen­si­bil­ité des lecteurs qui le redé­cou­vrent ou, ô extase, de ceux qui l’ouvrent pour la pre­mière fois. Con­tin­uer la lec­ture