Carl NORAC, Arno CÉLÉRIER, Poèmes de roches et de brumes, Le port a jauni, 2018, 28 p., 9 €, ISBN : 978–2919511419
Clair comme de l’eau de roches,
salé comme l’air des brumes,
un poème se lève avec toi
sur la ligne de l’horizon.
L’entrée de Carl Norac dans sa nouvelle fonction de poète national a eu lieu en ce début d’année. Si cette mission le ramène à notre plat pays, il faut cependant rappeler qu’avant d’être notre ambassadeur poétique, Carl Norac est avant tout un grand voyageur. Des quatre coins du monde, il a toujours ramené des carnets pleins de mots, à destination de tous, enfants comme adultes. Son ouvrage Poèmes de roches et de brumes ne se réfère pas à un lieu précis mais invite ses lecteurs à voyager entre ciel et mer, à survoler les cailloux, à se mettre à leur place. Continuer la lecture
« En retard, je vais être en retard ! », s’exclame le lapin blanc du roman de Lewis Carroll. Anne Herbauts, qui a autrefois illustré Alice aux pays des merveilles (dans une très belle édition publiée en 2002 chez Casterman), en met un extrait en exergue de cet album sans texte.
Quelle que soit sa rigueur, on le trouve toujours trop long, trop froid, trop déprimant. L’hiver suscite peu notre enthousiasme : on peste lorsqu’il s’installe et on ne le célèbre que quand il disparaît. On tente même de le chasser à coup de carnavals, de le mater à force de proverbes, c’est dire ! La neige et ses jolis flocons n’emportent pas notre adhésion non plus. Certes, on s’en réjouit durant une séance de luge, elle intrigue par son atmosphère magiquement ouatée, on la contemple bien au chaud derrière une fenêtre, mais elle nous hérisse sous les pneus, nous désole en flaques boueuses, nous brûle par ses gerçures. Décidément, l’hiver est la mal aimée de nos saisons. Ce qui est assez injuste pour lui car « [il] est comme tout le monde. / Il n’aime pas le froid. / Mais c’est son boulot, voilà. / À l’école, il voulait faire printemps, / mais c’est un métier plutôt rare ».
Nous avions découvert la talentueuse Teresa Arroyo Corcobado avec son premier album De l’autre côté du carrousel. L’autrice-illustratrice est publiée chez Versant Sud, dans la collection Les Pétoches, «des albums pour rire de ce qui effraie, s’amuser à avoir les chocottes. »
Un jour, Nella est traversée d’un sentiment impérieux : Nonna va bientôt s’éteindre, ses pulsations cardiaques s’affaiblissent, ses respirations sont comptées. Faisant fi des obligations scolaires et de l’autorisation parentale, elle décide alors de se rendre sur la Montagne. Cet endroit où elle a passé une partie de son enfance avant d’être emmenée dans la Vallée ; ce lieu ardu et mystérieux que sa grand-mère, elle, n’a jamais quitté. Le chemin est malaisé, d’autant que le froid et les flocons s’abattent sur l’adolescente, le paysage… et certaines pages de l’album (dans un incroyable rendu graphique !). 
L’hiver est à nos portes. Tandis que la nature se dépare de ses atours, au sein des tanières, on ressort duvets, chaussettes et lainages, on se réapprovisionne en chocolat, thé et cannelle, on vérifie bougies, bouillottes et bibliothèque. On se prépare au mieux à affronter les soirées obscures, les après-midis glacés et les matins givrés. Et puis, on fonctionne un peu au ralenti aussi, à cause des couches superposées qui empêchent et du froid qui engourdit, et on envie même ces animaux qui ont le loisir de dormir en paix des semaines entières. Sauf que, « [l’] hibernation, ça ne doit pas être fait pour tout le monde », comme le grogne Hiro qui ne parvient pas à trouver le sommeil « alors que ses frères se prélassent dans de doux rêves mielleux ».
De notre plus tendre enfance nous reste le souvenir d’un petit album carré, publié chez Dupuis et signé Gunilde Wolde, une illustratrice suédoise. On y suivait Titou, garçonnet désordonné qui, à mesure qu’il cherchait son ours dans l’amas de jouets de sa chambre, finissait par retrouver son éléphant bleu, son ballon et ses crayons de couleur, avant d’enfin mettre la main sur la très convoitée peluche. Façon à peine déguisée (et un peu moralisatrice) de dire « Sois méticuleux, mon bonhomme, et plus jamais tu n’égareras tes trésors ».
Swing Green, c’est un récit dans un récit. Dans cet album sans parole pour enfants, publié dans un beau format à l’italienne, l’auteur donne naissance à deux étranges personnages feuillus : lorsque deux coccinelles, aux vertus apparemment magiques, se posent sur deux arbres, ceux-ci sont pris de soubresauts et deviennent d’insolites créatures anthropomorphes ressemblant à un enfant et un professeur. Quand ce dernier prend la parole pour éduquer son sylvestre élève, ce sont des feuilles qui s’échappent de sa bouche. Ces feuilles, en guirlande, forment un phylactère qui deviendra la case dans laquelle se déroule un nouveau récit, comme une leçon. 
Quinze ans après sa création, la maison d’édition Versant Sud se lance en littérature de jeunesse et met en avant des univers artistiques riches et variés pour le plaisir des petits et des grands. Voyage au cœur de trois albums observant cette démarche esthétique avec laquelle les lecteurs devront désormais compter.