Archives par étiquette : peinture

Le lieu noir de la création

Stéphane LAMBERT, Visions de Goya. L’éclat dans le désas­tre, Arléa, 2019, 115 p., 17 €, ISBN : 9782363081803

Dans son dernier opus, Stéphane Lam­bert se définit comme un ama­teur de pein­ture. Se révéler comme tel c’est à la fois se dévoil­er et se mon­tr­er bien mod­este. S’il est plus qu’un ama­teur, il n’est pas un cri­tique académique. Il ne se range ni du côté des his­to­riens ni du côté des experts. Lorsqu’il évoque un lit­téra­teur ou un artiste, ici Goya, il le fait en son nom et avec ses mots.

Je me demande com­bi­en l’écriture n’a pas été une manière de pro­longer mon trou­ble devant la pein­ture, de devenir un pein­tre avec des mots, d’explorer le mys­térieux con­tenu de mon regard. Con­tin­uer la lec­ture

« Mais comment peut-on être artiste ? »

Léon WUIDAR, Mémoires d’un pein­tre lié­geois, 1945–1980, Pré­face de Xavier Canonne, Per­ron, 2018, 144 p., 30 €, ISBN : 978–2‑87114–260‑7

De la même manière que Mon­tesquieu inter­ro­geait l’altérité dans ses Let­tres per­sanes, pour mieux faire saisir qu’il n’y a pas anom­alie mais dif­férence, ouver­ture au monde plutôt que repli sur soi, ain­si pour­rait-on retenir entre nos doigts le fil rouge que tend l’artiste Léon Wuidar (Liège, 1938) dans ses Mémoires d’un pein­tre lié­geois.

Élevé, comme il le dit lui-même, « dans le silence d’un milieu famil­ial, sco­laire et social peu porté sur les ques­tions esthé­tiques », le jeune Wuidar devient par la suite pro­fesseur de dessin, puis au milieu des années 1970, d’arts graphiques à l’Académie des Beaux-Arts de Liège – tout en cher­chant en par­al­lèle son pro­pre chemin artis­tique. Et c’est prob­a­ble­ment ce qui frappe immé­di­ate­ment le lecteur dans ces mémoires, qui ne cou­vrent que les quar­ante pre­mières années de la vie de Wuidar : l’étonnement dis­cret, le regard presque incré­d­ule que l’auteur porte sur l’artiste qu’il est lui-même devenu. Con­tin­uer la lec­ture

Incursion dans l’atelier de Gustav Klimt

CORNETTE et MARC-RENIER, Klimt, Glé­nat, 2017, 47 p., ISBN : 9782344003831

Vienne, 1907. Le pein­tre Gus­tav Klimt rend vis­ite aux époux Bloch-Bauer. Fer­di­nand demande alors à Gus­tav de réalis­er le por­trait de sa femme, Adèle ; requête entraî­nant un flash­back. Six ans aupar­a­vant, alors que Klimt essuyait des cri­tiques acerbes au sujet de son œuvre La Médecine, il a ren­con­tré ce cou­ple, admi­ra­teur de son génie et dont la femme l’a prié de lui ouvrir les portes de son ate­lier. Au même moment, l’artiste rece­vait en rêve l’inspiration pour son prochain tableau. C’est par ce prisme que l’on entre dans l’univers de l’artiste : son ate­lier, ses mod­èles, sa mère, sa com­pagne, Émi­lie, mais aus­si ses rêves, ses angoiss­es, ses sources d’inspiration en somme. Con­tin­uer la lec­ture

À la recherche du peintre

Michaël LAMBERT, Femmes de Rops, Mur­mure des soirs, 2018, 303 p., 18 €, ISBN : 978–2‑930657–47‑9

Avec Femmes de Rops, Michaël Lam­bert se lance dans un défi ambitieux : tiss­er un jeu d’échos entre deux hommes, entre deux temps, entre deux mon­des, celui du pein­tre Féli­cien Rops et celui d’un expert en assur­ance qui part sur sa piste dans l’espoir de com­pren­dre qui était l’artiste der­rière l’œuvre et quel était l’homme der­rière l’artiste. Con­tin­uer la lec­ture

Francis Vloebergs. À l’écoute de la matière

Fran­cis VLOEBERGS, Gestes et matières, textes de Pierre-Jean Foulon, Esper­luète, coll. [dans l’atelier], 2018, 96 p., 18 €, ISBN : 9782359840995

La ren­con­tre entre un créa­teur et un his­to­rien de l’art relève avant tout d’une ques­tion d’oreille, d’écoute, d’ouverture à l’univers que l’artiste déploie. C’est sous le signe de l’œil absolu, anal­o­gon de l’oreille absolue, que se place Gestes et matières qui artic­ule les œuvres du pein­tre Fran­cis Vloe­bergs selon un ordre chronologique au texte de l’historien de l’art et con­ser­va­teur hon­o­raire du Musée Roy­al de Mariemont, Pierre-Jean Foulon. Inter­préter une œuvre exige de capter ses har­moniques, de dépos­er les arma­tures et grilles théoriques passe-partout au prof­it d’une entrée en réso­nance avec les propo­si­tions esthé­tiques avancées. Avec finesse et puis­sance, Pierre-Jean Foulon établit des cor­re­spon­dances entre le tra­vail de thérapeute de Fran­cis Vloe­bergs et son aven­ture pic­turale, res­saisit l’énergie géné­tique tran­sis­sant les deux champs. Si, à ses débuts, l’imaginaire plas­tique de Fran­cis Vloe­bergs se nour­rit des expres­sion­nistes fla­mands, de Per­me­ke en par­ti­c­uli­er, il s’éloignera rapi­de­ment de la fig­u­ra­tion au prof­it d’une explo­ration des pos­si­bil­ités offertes par l’abstraction. Après sa ren­con­tre déci­sive avec Louis Van Lint, représen­tant de l’abstraction lyrique, Vloe­bergs se tourn­era dans les années 1980 vers la géométri­sa­tion, dans une atten­tion à la con­struc­tion des formes. Mais le point de bas­cule aura pour nom un acte créa­teur res­saisi autour des vir­tu­al­ités de la matière, dans un élar­gisse­ment du champ pic­tur­al en direc­tion de la veine matiériste frayée par Tapiès (util­i­sa­tion de matéri­aux divers, sable, cen­dre, pierre…). Con­tin­uer la lec­ture

Une rencontre au pays de Delvaux

Jean JAUNIAUX, Per­cep­tion de Del­vaux, édi­tion Au Hibou des dunes, 2018, 40 p., 8 €, ISBN : 978–2‑96022128–0‑8

jauniaux perception de delvaux.jpgSous le titre intri­g­ant Per­cep­tion de Del­vaux, une nou­velle de Jean Jau­ni­aux imag­ine une ren­con­tre touchante, un jour d’été, dans le musée de Saint-Ides­bald con­sacré au pein­tre.

Le nar­ra­teur, l’autocariste qui a con­duit un groupe de touristes japon­ais de Bruges à Gand, puis jusqu’à Saint-Ides­bald, et l’accompagne dans sa vis­ite, remar­que une jeune fille qui s’attarde devant chaque tableau, lais­sant s’éloigner ses com­pagnons de voy­age avec leur guide jacas­sant, absorbée par sa con­tem­pla­tion fer­vente. Con­tin­uer la lec­ture

Le verbe, l’image et le réel

René MAGRITTE, Les mots et les images, Choix d’écrits et post­face d’Éric Clé­mens, Pré­face de Jacques Lennep, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2017, 267 p., 9 €, ISBN : 9782930646053

On ne s’en sou­vient pas tou­jours : par­al­lèle­ment à sa pro­duc­tion pic­turale, René Magritte a beau­coup écrit. Aux arti­cles, tracts, man­i­festes, apho­rismes, scé­nar­ios et dia­logues, aux let­tres, textes col­lec­tifs, tran­scrip­tions d’in­ter­views et de con­ver­sa­tions s’a­joutent les titres inat­ten­dus qu’il don­nait à ses tableaux pour décourager toute inter­pré­ta­tion lénifi­ante. En 1979, Flam­mar­i­on rassem­ble tous ces doc­u­ments en un épais vol­ume, remar­quable­ment établi et annoté par André Blavier : Écrits com­plets. Quinze ans plus tard, le comité d’E­space Nord demande à Éric Clé­mens d’en réalis­er une antholo­gie assor­tie d’une étude, la pré­face étant con­fiée à Jacques Lennep. Con­fron­té à cette tâche déli­cate, le philosophe s’im­pose plusieurs principes. D’abord, priv­ilégi­er les réflex­ions de Magritte rel­a­tives à la pein­ture ; ensuite, met­tre en évi­dence la diver­sité de ses modes d’in­ter­ven­tion ; enfin, repro­duire inté­grale­ment cha­cun des textes sélec­tion­nés. Par con­tre, il ne jus­ti­fie pas l’or­dre dans lequel il présente ceux-ci, et qui à l’év­i­dence n’est pas l’or­dre chronologique de leur paru­tion ini­tiale…  Il n’empêche, le vol­ume est d’une très haute tenue, et sa réédi­tion aujour­d’hui – qua­si à l’i­den­tique, si l’on excepte la maque­tte – vient combler un manque chez tous ceux qu’in­téressent l’im­agerie magri­ti­enne et la pein­ture du XXe siè­cle en général. Con­tin­uer la lec­ture

Un peintre au plus près de son travail de création

Serge MEURANT, Vis­ites à l’atelier du pein­tre Arié Man­del­baum, Esper­luète, 2016, 96 p., 18,50 €   ISBN : 9782359840728

meurantLe regard d’un écrivain-poète sur le tra­vail d’un artiste qu’il suit depuis quelques dizaines d’années. Un par­cours sen­si­ble que Serge Meu­rant partage avec nous dans son livre Vis­ites à l’atelier du pein­tre Arié Man­del­baum.

Il y a réu­ni les textes écrits à par­tir des années sep­tante : évo­ca­tions des tableaux et dessins évolu­ant au fil du temps, frag­ments poé­tiques… Con­tin­uer la lec­ture

Roger Van de Wouwer, ni Dieu ni maître

Un coup de cœur du Carnet

Jean WALLENBORN, Roger Van de Wouw­er, l’incorruptible, Ver­beke Foun­da­tion, 2016, 224 p., 20 €   ISBN 978–90-825‑2080‑4

wallenbornÀ l’heure où Paris célèbre une nou­velle fois et en grande pompe les œuvres de René Magritte, une pre­mière mono­gra­phie révèle la vie et l’œuvre de Roger Van de Wouw­er (1933–2005), pein­tre, dessi­na­teur et écrivain sur­réal­iste peu con­nu, orig­i­naire d’Anvers, proche de Mar­cel Mar­iën, Tom Gutt et Louis Scute­naire.

En mai 1963, la librairie-galerie « La Proue », à Brux­elles, expo­sait un jeune artiste né à Hobo­ken trente ans plus tôt. Roger Van de Wouw­er n’était alors guère con­nu que d’un petit noy­au d’activistes sur­réal­istes – que Louis Scute­naire avait surnom­mé « le gang de Brux­elles » – regroupés autour du poète, écrivain et polémiste Tom Gutt (1941–2002). Envoyée par la poste, l’invitation au vernissage était accom­pa­g­née d’un petit cat­a­logue où fig­u­rait entre autres l’une des œuvres exposées : Galathée, soit un tableau représen­tant un torse féminin à l’antique, gar­ni cepen­dant… d’une servi­ette hygiénique rehaussée de couleur rouge. Con­tin­uer la lec­ture

Quand la nature insuffle sa vie dans les silences fragiles

Un coup de coeur du Carnet

Michaël LAMBERT, Mad, Esneux, Mur­mure des soirs, 2016, 281 p., 19€

madLorsque Madeleine, surnom­mée Mad, obtient ce qu’elle a tou­jours voulu, à savoir ven­dre une cinquan­taine de ses toiles lors d’un vernissage, elle suf­foque et décide de sor­tir de cette galerie de paysages gris. Une déci­sion s’impose à elle : pren­dre un nou­veau départ à 53 ans. Sans plus atten­dre, elle rompt avec son agent et achète une mai­son à la cam­pagne. Con­tin­uer la lec­ture

Une lecture jouissive

Un coup de coeur du Carnet

Gérard MANS, Poche de noir, Brux­elles, mael­strÖm, 2015, 280 p., 16 €

mans_paqueC’est un vrai plaisir que pro­cure ce pre­mier roman de Gérard Mans, roman­iste, cri­tique d’art, bib­lio­thé­caire et enseignant. Un plaisir total, celui qu’on éprou­ve (encore) à lire une his­toire pas­sion­nante, celui plus sub­til qui vous envahit lorsque vous êtes sûr de ren­con­tr­er la lit­téra­ture à l’œuvre, là, offerte à votre sen­si­bil­ité, à votre sens esthé­tique. Et plus encore si elle s’adresse comme ici, dis­crète­ment à votre goût de l’humour. Serait-il de préférence noir, cet humour ?

Con­tin­uer la lec­ture