Roger LAHU et Éric DEJAEGER***, Contre tous chacaux*, A Tribute to Bob Morane**, Gros Textes, 2022, 132 p., 8 €, ISBN : 978–2‑35082–512‑0
Le ton est donné… que dis-je ?… uppercutté… dès la couverture ! Le titre Contre tous chacaux (écho au texte de la chanson L’aventurier, du groupe Indochine) est un programme en soi, en sus accompagné d’un « * » qui renvoie à une note de bas de page : « Que les puristes ne montent pas sur leurs grands chevals ! ». Rebelotte avec le sous-titre et les auteurs : « ** » et « *** » pour « Interdit aux moins de 60 ans sauf autorisation parentale » et « Et/ou inversement ».
Un hommage à Bob Morane, donc, mais irrévérencieux. Bref, une parodie de l’œuvre-phare d’Henri Vernes. Et comment s’en étonner au vu des pedigrees des auteurs ? Experts du court et du facétieux, le Français Roger Lahu et le Belge Éric Dejaeger ont œuvré avec humilité dans la microédition, la revue, l’humour au fil des décennies, zigzaguant entre leurs deux pays et divers éditeurs (Cactus inébranlable, Carnets du dessert de lune, etc.). Dans la préface d’un ouvrage de Dejaeger (Élagage max…, Memor, 2001), Jacques Sternberg le définit comme « un virtuose de l’ellipse, un rechercheur (…) de la chute finale, du choc imprévu (…) du gag brutal ». Continuer la lecture


À l’abbaye d’Orval, quelques 26664 bouteilles (soit 1111 casiers) de bière, à peine chargées sur le camion prêt à partir à destination de la France, sont dérobées lors d’un braquage expéditif. Deux moines restent sur le carreau. Un groupe terroriste revendique l’attaque, au nom de la soif des Belges : les fréquentes pénuries de la précieuse trappiste, dues à l’indécrottable refus des moines d’augmenter leur production, leur semblent un motif suffisant pour empêcher que la moindre goutte de leur breuvage favori quitte le territoire.
S’il ne s’agissait pas d’opuscules pratiquant un humour (très) gras, on pourrait dire que les aventures de l’inspecteur Désiré Maigros (on n’insistera pas sur la qualité de la référence) ne sont pas faites pour relever l’image de la police. En 2011, Éric Dejaeger, prolixe et anticonformiste auteur de textes courts, avait rassemblé les cent premières aventures de son flic préféré dans La saga Maigros (Cactus inébranlable), après les avoir distillées en feuilleton sur internet. Il a remis le couvert en 2018, à la demande pressante de ses lecteurs (selon lui) avec les cinquante épisodes supplémentaires de Maigros se marie.
Naguère professeur de langues et d’économie, Éric Dejaeger fait partie de cette armée des ombres qui, sans toit ni loi, sont les indispensables SDF de la littérature. Ces poètes qui à force de souffler dans les trous de nez des muses, risquent peu d’être hébergés dans leurs cénacles. On ne s’étonnera pas que ce vagabond des lettres compte parmi ses amis de cœur et de plume des personnalités aussi joyeusement bactériennes que Mariën, Scutenaire, Chavée ou Bukowski.
Après
Amateurs d’aphorismes, ne bougez plus ! Vous êtes au bon endroit. Vous avez trouvé votre prochaine lecture, votre nouvel auteur fétiche, peut-être même votre maitre. Mais si vous êtes un adepte du style, l’auteur de Courts, toujours ! ne vous est sans doute pas un inconnu. Tantôt poète, tantôt romancier ou nouvelliste, Éric Dejaeger nous ravit cette fois avec un style aussi court que possible. Et percutant.