Archives par étiquette : mise en abyme

Cinéma on ice et skate-writing

Jean-Philippe TOUSSAINT, La patinoire, Impressions Nouvelles, 140 p., 18 €, ISBN : 978-2-87449-668-4 

Passer de l’écriture de romans à la réalisation de film, de la photographie à l’art conceptuel  exige un art virtuose du patinage. Romancier (La salle de bain, Monsieur, La télévision, Faire l’amour, Nue, Football, Made in China, tous au Éditions de Minuit…), réalisateur, photographe, artiste conceptuel, Jean-Philippe Toussaint met en abyme sa pratique des arts dans le film La patinoire (1999) dont les Impressions Nouvelles édite le texte. Résultat d’une refonte de diverses versions du scénario, ce ciné-roman, accompagné d’un cahier de photos, d’une postface de Laurent Demoulin et d’un dossier de presse, explore le motif du film dans le film. Hommage au septième art, La patinoire accomplit sous une veine comique tenant aussi bien de Jacques Tati, de Buster Keaton que de Chaplin ce qu’Escher poursuit graphiquement, à savoir un enchâssement d’un film (Dolores) dans un film (La patinoire). À la main qui dessine une main qui dessine d’Escher répond ici un cinéma au carré, un film qui parle d’un film en train de se tourner, un film doté d’un exposant x, manière de suggérer que l’une des définitions possibles du cinéma est celle d’un hoquet-hockey sur un terrain glissant parsemé de peaux de banane.

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Auteur en quête de son personnage

Annie PRÉAUX, Bird et le mage Chô, M.E.O., 2017, 220 p., 17€, ISBN : 978-2-8070-0134-3

preauxSandrine se réveille un matin dans sa maison d’enfance où trônent les objets et les meubles d’un autre. Que s’est-il passé cette nuit-là ? Après avoir appris brutalement son licenciement et avoir noyé son chagrin et son incompréhension dans des litres d’alcool, Sandrine a atterri devant son ancienne porte, en pleurant, frappant et appelant son défunt père. Le nouvel occupant, Jean-Marc, l’a recueillie chez lui et touché par sa détresse, lui a prodigué des soins. Le lendemain, il la laisse repartir, non sans regret. Une fascination le prend tout d’un coup pour Sandrine qui ressemble à s’y tromper à Bird, l’héroïne de son roman préféré, Le baiser cannibale. Il sent qu’il a besoin d’elle pour écrire à son tour le roman dont il a toujours rêvé, mais il la laisse s’échapper. Continuer la lecture

Celui qui a(n)imait le monde

Un coup de coeur du Carnet

André-Joseph DUBOIS, Quand j’étais mort, Weyrich, coll. « Plumes du coq », 2017, 236 p., 15 €, ISBN : 9782874894152

dubois AJDepuis L’œil de la mouche (1983), André-Joseph Dubois prend un malin plaisir à observer le monde qui l’entoure et à nous le restituer avec le regard posé et amusé de l’étranger qui rendrait compte d’une expédition en terres lointaines. Après une pause de 30 ans, il nous est revenu en 2013, sans rien renier de sa verve. Nourri sans aucun doute de travaux tels que ceux de Pierre Bourdieu, dont La Distinction, critique sociale du jugement, paru en 1979, il met en scène des personnages qui cultivent le don de la distance critique envers les autres et eux-mêmes, dans une forme de mise en spectacle ludique du réel qui frise sans les atteindre le cynisme et la misanthropie mais qui génère une ironie  mêlée de truculence. Continuer la lecture

Une commode bleue contre un mur ocre

Un coup de coeur du Carnet

Marcel SEL, Rosa, ONLiT, 2017, 300 p., 19.50 €/ePub : 9.99 €, ISBN : 978-2-87560-086-8

selTout le monde connaît peu ou prou le blogueur Marcel Sel, qu’on le lise ou pas, qu’on s’en amuse ou qu’on s’en irrite…

Le voilà qui endosse le costume de romancier et, pour un coup d’essai, c’est un coup de maître… et un coup de cœur.

Vous allez commencer à lire ce roman ; vous allez le dévorer et il vous dévorera.  Continuer la lecture

Folie et génie : le duo gagnant

Un coup de coeur du Carnet

Nicolas MARCHAL, Le Grand Cerf, Neufchâteau, Weyrich, coll. « Plumes du coq », 2016, 164 p., 14€

marchalLui, il est écrivain. Ou plutôt Écrivain. Même que son premier roman a été salué par la critique. Et ce n’est pas rien, un succès critique pour un premier roman ! Alors forcément, ça met de la pression pour le deuxième : après l’exploit, il s’agit de ne pas décevoir. D’ailleurs, il a déjà envoyé un début de manuscrit à des éditeurs parisiens. Donc prestigieux. Oh, bien sûr, ça ne sera pas son Grand Roman, mais pour ça il a encore le temps. Il a encore beaucoup de chefs-d’œuvre à écrire alors pour le Grand Roman, celui qui le fera entrer au Panthéon des Grands Écrivains, il devra encore attendre. Évidemment, ce serait certainement plus facile si sa chère épouse adorée ne l’embêtait pas toujours avec ses préoccupations basses de petite-bourgeoise. Et puis ce bébé qui braille sans cesse ! Et qui réclame sans se lasser cette ridicule comptine qui vante les mérites d’un grand cerf qui vient en aide à un stupide lapin. Qui voudrait y croire ? Alors que l’Écrivain aimerait tant raconter à son fils une merveilleuse histoire de son cru mais non, décidément non, l’enfant réclame à corps et à cris le grand cerf. Continuer la lecture

La carte et la trace

Un coup de coeur du Carnet

Diane MEUR, La carte des Mendelssohn, Paris, Sabine Wespieser, 2015, 483 p., 25 €/ePub : 17.99 €

À chaque livre, Diane Meur surprend. C’est assurément le cas avec ce septième roman, dans lequel elle renouvelle profondément sa manière de faire. Comme pour les autres, il s’agit d’une histoire de filiation, de destins qui s’étendent par-delà les générations. Le point de départ du roman est ce personnage d’Abraham Mendelssohn, banquier de son état, coincé entre deux hommes célèbres, son père Moses Mendelssohn, un des grands philosophes allemands, une des Lumières de la pensée juive, et son fils, Félix Mendelssohn Bartholdy, le musicien romantique allemand. À partir de cette figure, Diane Meur explore le destin des membres de cette famille prolifique qui étend ses ramifications et ses réseaux loin en Europe. Continuer la lecture

Le dédoublement de Léo

René BEGON

cecchi_begonLeur histoire avait plutôt bien commencé. Malgré sa timidité, c’est Lucienne que le séduisant Léo avait invitée à danser lors d’une soirée d’anniversaire. Ensuite, les choses avaient suivi leur cours. Lucienne et Léo filaient le parfait amour, elle institutrice, lui livreur pour une entreprise. Une ombre au tableau : l’impossibilité d’avoir des enfants… Continuer la lecture