Yves NAMUR (sous la direction de), Littérature et Photographie. Académie royale de langue et de littérature française de Belgique, 2025, 128 p., 16 €, ISBN : 978–2‑8032–0088‑7
Immanquable dès le premier abord : la diversité même de cet ouvrage où dix auteurs/autrices s’intéressent aux relations entretenues avec la photographie par une série d’autres l’ayant, depuis le début des années 1980, pratiquée, ou observée, ou commentée, ou mise en retrait. Ce petit livre réunit les interventions prononcées en novembre 2024, lors d’un colloque organisé à Bruxelles par l’Académie royale de langue et de littérature française. Dix interventions : celles de Jan Baetens, Danielle Bajomée, Muriel Claude, Luc Dellisse, Hélène Giannecchini, Philippe Lekeuche, Yves Namur et Martine Renouprez. Autant dire qu’il en ressort des approches significativement différentes sur la thématique abordée, témoignant de l’impact incroyablement fécond qu’a procuré l’image photographique depuis son invention par Niépce, vers 1825, et ce qu’il en advint par la suite. Impossible ici de rendre compte en détail des apports particuliers de ces dix chapitres en noir et blanc. Mais à travers ces pages viennent s’inscrire des éléments qui, dans leur disparité, semblent autant de pointeaux marquants au sein du territoire délimité. Continuer la lecture


Le 19 octobre 2019… Une date tout droit sortie du « monde d’avant », celui où il était encore loisible de se réunir devant une scène de concert ou un grand écran, à la tablée d’un restaurant ou, pourquoi pas, pour entendre parler de poésie. C’est ce qui se passait à Bruxelles, ce samedi-là, à l’occasion d’une des rencontres internationales organisées par le Journal des Poètes. Afin de « célébrer cette émotion appelée poésie », les participants y évoquaient tour à tour une figure, belge ou non, et par-delà des voix s’exprimant dans des registres très différents.
La prose poétique, les essais de Claire Lejeune (1926–2008) sont placés sous le signe de la fulgurance, d’une poétique radicalement novatrice qui entend décloisonner les savoirs, les expériences afin de traverser les chapes du pouvoir, de la domination et de recontacter les promesses à venir des origines. Dans les années 1960, La gangue et le feu, Le pourpre, La geste, Le dernier testament, Elle signent l’avènement d’une parole qui noue indissolublement naissance à soi hors des rets du patriarcat, expérience mystique d’un verbe politique et poétique, subversion des piliers d’une civilisation qui a muselé les femmes. De se dire, les sans-voix montent à l’existence, gagnent un processus de subjectivation que Claire Lejeune place sous le signe de l’ouverture à l’autre de la raison et aux terres du symbole. « Nous ne faisons pas la poésie. Elle nous fait de nous défaire » écrivait-elle.