Archives par étiquette : Danielle Bajomée

Des images, des mots, et vice-versa

Yves NAMUR (sous la direc­tion de), Lit­téra­ture et Pho­togra­phie. Académie royale de langue et de lit­téra­ture française de Bel­gique, 2025, 128 p., 16 €, ISBN : 978–2‑8032–0088‑7

collectif litterature et photographieImman­quable dès le pre­mier abord : la diver­sité même de cet ouvrage où dix auteurs/autrices s’intéressent aux rela­tions entretenues avec la pho­togra­phie par une série d’autres l’ayant, depuis le début des années 1980, pra­tiquée, ou observée, ou com­men­tée, ou mise en retrait. Ce petit livre réu­nit les inter­ven­tions pronon­cées en novem­bre 2024, lors d’un col­loque organ­isé à Brux­elles par l’Académie royale de langue et de lit­téra­ture française. Dix inter­ven­tions : celles de Jan Baetens, Danielle Bajomée, Muriel Claude, Luc Del­lisse, Hélène Gian­nec­chi­ni, Philippe Lekeuche, Yves Namur et Mar­tine Renouprez. Autant dire qu’il en ressort des approches sig­ni­fica­tive­ment dif­férentes sur la thé­ma­tique abor­dée, témoignant de l’impact incroy­able­ment fécond qu’a procuré l’image pho­tographique depuis son inven­tion par Niépce, vers 1825, et ce qu’il en advint par la suite. Impos­si­ble ici de ren­dre compte en détail des apports par­ti­c­uliers de ces dix chapitres en noir et blanc. Mais à tra­vers ces pages vien­nent s’inscrire des élé­ments qui, dans leur dis­par­ité, sem­blent autant de pointeaux mar­quants au sein du ter­ri­toire délim­ité. Con­tin­uer la lec­ture

La littérature par le menu

COLLECTIF, La cui­sine de nos écrivains, Académie royale de langue et lit­téra­ture français­es de Bel­gique, 2022, 130 p., 15 €, ISBN : 9782803200672

collectif la cuisine de nos écrivainsIl n’y a que les imbé­ciles qui ne soient pas gour­mands. On est gour­mand comme on est artiste, comme on est poète”.

Inci­tant le lecteur au péché de gour­man­dise, Yves Namur cite Guy de Mau­pas­sant dans son intro­duc­tion aux actes du col­loque con­sacré à La cui­sine de nos écrivains qui s’est tenu en octo­bre 2021, à l’occasion du cen­te­naire de l’Académie royale de langue et lit­téra­ture français­es de Bel­gique. La gour­man­dise est en effet de mise pour évo­quer un sujet d’une telle ampleur. C’est que les écrivains ne man­quent pas, qui ont fait de la nour­ri­t­ure un sujet à part entière  ou la métaphore de leur art, et du repas, le sub­til décor de leur roman ou le sym­bole de l’appartenance sociale de leurs per­son­nages. Et que l’on ne s’y trompe pas, les auteurs et autri­ces dont il est ques­tion ici, « nos écrivains », sont belges ou français. Ce sont les écrivains de notre pat­ri­moine lit­téraire, ceux qui ont façon­né (et façon­nent encore) notre imag­i­naire. La gour­man­dise, comme la lit­téra­ture, n’a pas de fron­tière. Con­tin­uer la lec­ture

La vieille dame qui murmurait à l’oreille des marginalisés

Un coup de cœur du Car­net

Yves NAMUR, Nadine VANWELKENHUYZEN, Hélène CARRERE D’ENCAUSSE, David BONGARD, Danielle BAJOMEE, Jean Claude BOLOGNE et S.A.R. Lau­rent DE BELGIQUE, Cen­te­naire de l’Académie royale de langue et de lit­téra­ture français­es de Bel­gique, 1920–2020, Textes des dis­cours pronon­cés lors de la séance solen­nelle du 16 octo­bre 2021, Académie royale de langue et de lit­téra­ture français­es, 2022, 81 p., 10 €, ISBN : 978–2‑8032–0065‑8

centenaire de l'academie royale de langue et de litterature francaises de belgiqueQu’appréhende-t-on face à des textes pronon­cés lors d’une céré­monie com­mé­mora­tive ? Du pesant, de l’obséquieux et du byzan­tin. Or… L’objet-livre, déjà, prédis­pose en faveur des con­tenus. Mise en abyme ? Une belle mise en page mais un for­mat réduit, un cahi­er pho­tographique en guise de témoignage mais une sobriété à mille coudées du livre d’art, etc. Quant aux textes… Passées quelques for­mules de politesse, ils sont flu­ides et justes, tein­tés de sec­ond degré et d’empathie. Ils se com­plè­tent surtout har­monieuse­ment pour nous offrir une vision syn­thé­tique de ce qu’est, de ce qu’a été, de ce que devrait être à l’avenir l’Académie royale de langue et de lit­téra­ture français­es de Bel­gique. Con­tin­uer la lec­ture

« Un poème doit être fatal »

COLLECTIF, Le regard éclairé. À pro­pos de Philippe Jacot­tet, Rein­er Kun­ze, Franz More­au, Norge, Joseph Orban, Mar­cel Piquer­ay, Qua­si­mo­do et André Schmitz, t. II, Tail­lis pré, 2020, 166 p., 16 €, ISBN : 978–2‑87450–161‑6

collectif le regard éclairéLe 19 octo­bre 2019… Une date tout droit sor­tie du « monde d’avant », celui où il était encore lois­i­ble de se réu­nir devant une scène de con­cert ou un grand écran, à la tablée d’un restau­rant ou, pourquoi pas, pour enten­dre par­ler de poésie. C’est ce qui se pas­sait à Brux­elles, ce same­di-là, à l’occasion d’une des ren­con­tres inter­na­tionales organ­isées par le Jour­nal des Poètes. Afin de « célébr­er cette émo­tion appelée poésie », les par­tic­i­pants y évo­quaient tour à tour une fig­ure, belge ou non, et par-delà des voix s’exprimant dans des reg­istres très dif­férents. Con­tin­uer la lec­ture

Claire Lejeune, « voix pourpre » et « contrebandière de la pensée »

Claire LEJEUNE, Pour trou­ver la clé, il fal­lut per­dre la mémoire des ser­rures, textes inédits choi­sis par Anne André, Danielle Bajomée et Mar­tine Renouprez, Arbre de Diane, coll. « Les Deux Sœurs », 2018, 96 p., 12 €, ISBN : 978–2‑930822–10‑5

La prose poé­tique, les essais de Claire Leje­une (1926–2008) sont placés sous le signe de la ful­gu­rance, d’une poé­tique rad­i­cale­ment nova­trice qui entend décloi­son­ner les savoirs, les expéri­ences afin de tra­vers­er les chapes du pou­voir, de la dom­i­na­tion et de recon­tac­ter les promess­es à venir des orig­ines. Dans les années 1960, La gangue et le feu, Le pour­pre, La geste, Le dernier tes­ta­ment, Elle sig­nent l’avènement d’une parole qui noue indis­sol­uble­ment nais­sance à soi hors des rets du patri­ar­cat, expéri­ence mys­tique d’un verbe poli­tique et poé­tique, sub­ver­sion des piliers d’une civil­i­sa­tion qui a muselé les femmes. De se dire, les sans-voix mon­tent à l’existence, gag­nent un proces­sus de sub­jec­ti­va­tion que Claire Leje­une place sous le signe de l’ouverture à l’autre de la rai­son et aux ter­res du sym­bole. « Nous ne faisons pas la poésie. Elle nous fait de nous défaire » écrivait-elle. Con­tin­uer la lec­ture