Un coup de cœur du Carnet

L’Académie sur le bout de la langue
Auteurs : Jean-Baptiste Baronian, Véronique Bergen, Jean Claude Bologne, Michel Brix, Éric Brogniet, Luc Dellisse, Daniel Droixhe, Paul Emond, David Gaatone, André Guyaux, Armel Job, Philippe Lekeuche, Jacques Marx, Yves Namur et Nathalie Skowronek
Maison d’édition : Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique
Année d’édition : 2026
Nombre de pages : 132
Prix : 17 €
Livre numérique : /
EAN : 9782803200979
Sous une couverture alléchante et piquante, les éditions de l’Académie royale de langue et de littérature française de Belgique nous offrent avec L’Académie sur le bout de la langue un volume de contributions sous forme d’impromptus diffusés régulièrement sur le site de l’Académie. Ils proposent à notre réflexion une suite de textes marqués par les évolutions de la langue.
Accompagnés d’une préface d’Yves Namur, les textes de Jean-Baptiste Baronian, Véronique Bergen, Jean Claude Bologne, Michel Brix, Éric Brogniet, Luc Dellisse, Daniel Droixhe, Paul Emond, David Gaatone, André Guyaux, Armel Job, Philippe Lekeuche, Jacques Marx, Yves Namur et Nathalie Skowronek sont à conseiller à toutes celles et tous ceux qui s’interrogent à propos de cette évolution et des enjeux que posent les changements, les ruptures et même les révolutions de palais de cette fameuse langue française de Belgique. Continuer la lecture





Si on ne présente plus François Emmanuel, on peut sans fin le redécouvrir, à l’exemple de Jean-Luc Outers qui confie s’emparer régulièrement, au hasard, de l’un de ses romans – et l’étagère qu’ils peuvent occuper dans une bibliothèque est longue – pour y picorer une page, un bref extrait, une ligne. Le volume Le monde de François Emmanuel permettra, à celles et ceux qui ont trop longtemps ajourné le bonheur de faire sa rencontre, de l’approcher cette fois en exhaustivité comme en intimité.
Que l’aventure poétique ne fasse qu’un avec un enjeu vital, une urgence existentielle, À l’abri de l’abîme, le premier recueil du jeune poète Vincent Poth en témoigne. La force inventive qui sourd de ces textes trempés dans la nécessité du vers provient tout à la fois de leur intranquillité native et de leur soif d’un Ailleurs. Questionnant l’advenue du poème, la matière des mots, À l’abri de l’abîme accorde sa descente dans les abysses au rythme du « vers à venir », au sens où Blanchot parlait du « livre à venir ». S’ouvrant sur une citation de Charles Péguy, deux parties composent le recueil, « Lettre à la mort » et « Transe canadienne ». Les noms des poètes et penseurs tutélaires — Baudelaire, Verlaine, Péguy, Nietzsche — creusent une poésie qui se tient face à la mort, aux puissances du Mal, aux déceptions de la chair, à la trouée de Dieu. Comme l’analyse Philippe Lekeuche dans sa préface, « le poème raconte sa genèse, son origine », son surgissement. Des motifs récurrents — la cendre, les anges, les démons… — convergent vers une possible définition du poète : 
« S’il n’émeut le salaud à quoi bon le poète » : Fabien Abrassart résume ici le dilemme qu’Adorno formulait ainsi : « Comment encore écrire de la poésie après Auschwitz ? ». Auschwitz a en effet prouvé l’échec de la culture allemande, européenne, occidentale : après Auschwitz et dans cette culture, il ne peut y avoir d’art que selon Auschwitz, en fonction d’Auschwitz. Aucune image ne peut masquer Auschwitz. Après le nazisme, tout langage est devenu problématique. L’autre pôle dialectique du livre d’Abrassart, c’est la référence à Jérusalem, nom qui évoque le culte du dieu des Cananéens, Shalem, divinité de la création, de l’exhaustivité et du soleil couchant. L’étymologie de la ville repose sur deux racines chaldéennes : YeRu (la demeure, la ville) et ShLM (qui a donné les mots, en hébreu et en arabe, shalom et salaam, dont la signification actuelle est « paix », mais dont le sens originel était la complétude, l’achèvement).