Archives par étiquette : Philippe Lekeuche

De la brisure à la réconciliation : le poème témoigne

Fabien ABRASSART, Si je t’oublie : poème, préface de Philippe Lekeuche, peintures de Marie Alloy, L’Herbe qui tremble, 2017, 64 p., 13 €, ISBN : 9782918220442

abrassart si je t oublie.gif« S’il n’émeut le salaud à quoi bon le poète » : Fabien Abrassart résume ici le dilemme qu’Adorno formulait ainsi : « Comment encore écrire de la poésie après Auschwitz ? ». Auschwitz a en effet prouvé l’échec de la culture allemande, européenne, occidentale : après Auschwitz et dans cette culture, il ne peut y avoir d’art que selon Auschwitz, en fonction d’Auschwitz. Aucune image ne peut masquer Auschwitz. Après le nazisme, tout langage est devenu problématique. L’autre pôle dialectique du livre d’Abrassart, c’est la référence à Jérusalem, nom qui évoque le culte du dieu des Cananéens, Shalem, divinité de la création, de l’exhaustivité et du soleil couchant. L’étymologie de la ville repose sur deux racines chaldéennes : YeRu (la demeure, la ville) et ShLM (qui a donné les mots, en hébreu et en arabe, shalom et salaam, dont la signification actuelle est « paix », mais dont le sens originel était la complétude, l’achèvement). Continuer la lecture

« La Poésie, à l’arraché »

Philippe LEKEUCHE, L’éclat noir du désir. Poèmes 1988-1998, Châtelineau, Le Taillis Pré, 2015, 250 p., 20 €

Sous le beau titre L’éclat noir du désir, qui ressemble à sa poésie même, tissée de lumière et de nuit, d’ardeur et de désespérance, d’appels vibrants et de silence, Philippe Lekeuche nous livre une nouvelle édition, revue et corrigée, de trois recueils parus en l’espace de dix ans : Si je vis (1988), Celui de rien (1993), L’état rebelle (1998). Trois titres qui composaient une trilogie, dans la bien nommée collection Feux, créée par Liliane Wouters aux éditions Les Éperonniers. Continuer la lecture

« La poésie est le réel absolu »

Francine GHYSEN

lekeucheS’entretenant avec Myriam Watthee-Delmotte, en ouverture du numéro de la revue Nu(e) qui lui est dédié, Philippe Lekeuche embrasse ainsi sa conception de la poésie, ancrée au plus profond de son être, de sa vie :

Pas de poésie sans amour (donc sans solitude), sans art et sans folie. Et la poésie doit aussi perpétuellement se débrouiller avec ce reste de sexualité qui échappe à toute sublimation. Pour moi, je le dis humblement, la poésie est mon risque suprême, elle me pose la question qui me taraude douloureusement : « Qu’est-ce que l’amour, lui-même divisé en ses multiples figures ? ». Continuer la lecture