Un coup de cœur du Carnet
Laurence PIEROPAN et Hubert ROLAND (sous la dir. de), Postmigration, Textyles n°68, Ker, 2025, 198 p., 18 €, ISBN : 978–2‑87586–535‑9
Quelle force, quelle richesse, quelle utilité bien-fondée, ce numéro 68 de Textyles, la revue des Lettres belges de langue française ! Il offre à la fois un aperçu d’une littérature encore trop méconnue, de ses auteurs et autrices (Nicole Malinconi, Carmelina Carracillo, Caroline De Mulder, Leila Houari, Clémentine Faik-Nzuji, Souad Fila, Zaïch Hamdi, Kenan Görgün, entre autres), de ses enjeux, ainsi que de la vie d’une partie de la population belge. De plus, ici et là, il perce d’un faisceau lumineux les ténèbres qui assombrissent le présent, et nous engage vers un monde nouveau, un monde en commun. Vraiment en commun. Continuer la lecture








Il y a maintes façons de s’engouffrer dans le labyrinthe de la personnalité d’un écrivain : via ses amitiés littéraires, sa généalogie, ses amours, ses mœurs, son style, on peut parvenir à approcher, voire à dévoiler, son Rosebud. Mais est-il un révélateur plus intime de soi que la bibliothèque ? La présence de livres autour de soi, sur les murs ou disposés sur la table de travail ; l’immersion dans un cocon – ou un tombeau – de papier sont pour certains la condition sine qua non de la démarche créatrice… Il y a la compulsion à acquérir des pièces rares, l’ordre qu’on tente d’établir dans un classement… La bibliothèque est à la fois cadre de vie et appendice de soi, exosquelette et miroir. Et quel frisson quand on intègre l’un de ses propres ouvrages dans un rayonnage voisin de ceux que peuplent autant de figures admirées, tutélaires.
À chacun de ses numéros, la revue universitaire Textyles aborde un des aspects de la littérature belge de langue française de façon féconde. Elle s’attache à des thématiques et problématiques qui éclairent notre littérature d’un faisceau porteur ; elle consacre ses pages à des grandes figures auctoriales du passé et du présent. Citons notamment, parmi ses numéros récents, ceux consacrés aux albums pour la jeunesse (n°57), à une relecture de 
Quel est le point commun entre Guy Delhasse et son moyen de déplacement favori, à savoir le vélo ? Eh bien, c’est que l’un comme l’autre sont incapables de reculer. Par contre quand il s’agit de foncer bille en tête, de prendre les chemins de traverse, d’aborder une côte en partant en danseuse, bref d’aller de l’avant, on ne rattrape plus le gaillard.
Le principe du nouveau mensuel lancé par les éditions Lamiroy en octobre est désarmant de simplicité : L’article est en effet composé d’un seul… article signé d’une plume belge et dans lequel est tracé le portrait sensible d’un auteur ou d’un artiste, passé ou présent, de chez nous ou d’ailleurs. Sont déjà prévus un hommage à Jacques De Decker par Véronique Bergen (en novembre) et une apologie d’Arno entonnée par Thierry Coljon (en décembre). Et on annonce du Victor Hugo, du Jean-Patrick Manchette, peut-être même du Camille Lemonnier… C’est dire le parti pris de diversité et d’audace qui préside à une telle entreprise – à l’époque ou, paraît-il, la critique littéraire n’intéresse pas grand monde si elle ne passe pas par une vidéo rimant en -tioube ou une recension capsulée qui tient en un pépiement.
Le mouvement surréaliste en Belgique a suscité très tôt chez ses participants une grande diversité d’actions, de liberté de ton et d’esprit, qui a pu s’exprimer également dans les marges mêmes du groupe dont Paul Nougé et René Magritte ont été les instigateurs. Ainsi en va-t-il de Vendredi, une publication collective réalisée à …un seul et unique exemplaire, à l’initiative de Paul Colinet, membre du groupe de Bruxelles depuis 1935, ami intime de Magritte et de Scutenaire. Paul Colinet avait pour neveu Robert Willems, qui, en octobre 1949, part avec sa jeune épouse Odette au Congo belge, pour y exercer le métier de comptable.
Dans ce dernier volume de la Revue internationale Henry Bauchau, dirigé par Myriam Watthee-Delmotte et Catherine Mayaux, l’œuvre d’Henry Bauchau est approchée sous l’angle du sacré. À côté de très beaux inédits — inédits poétiques, Blason de décembre, circa 1967 et extraits de la correspondance avec Jean-Pierre Jossua —, figure un dossier thématique réunissant principalement les contributions de chercheurs lors d’un colloque dirigé par Anne-Claire Bello et Olivier Belin. Interrogeant l’agissement du sacré dans l’imaginaire de Bauchau, nombreux sont les chercheurs à analyser la manière dont le sacré transit la langue du romancier, du poète, du dramaturge, du diariste, soit qu’ils se penchent sur les figures de saints, de mystiques, de héros mythologiques (Saint François d’Assise, Œdipe, Gengis Khan…), qui parcourent ses créations, soit qu’ils abordent l’adhésion de Bauchau à la philosophie personnaliste d’Emmanuel Mounier ou encore son rapport à Rimbaud. Marqué par le christianisme de son milieu culturel d’origine, défenseur ardent de la foi lors de ses premières années, Henry Bauchau se détachera de l’Église après la Deuxième Guerre mondiale, poursuivant une quête spirituelle détachée de l’institution ecclésiale, ouverte aux spiritualités orientales, bouddhisme, taoïsme.