Archives par étiquette : Russie

L’impérialisme comme vampirisme

Marie NIZET, Cap­i­taine vam­pire, Post­face de Lau­rent Ther­er, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2025, 215 p., 9 €, ISBN : 978–2‑87568–725‑8
Un dossier péd­a­gogique (pdf) com­plète le livre

nizet capitaine vampireVéri­ta­ble sur­prise que la décou­verte de ce livre ! En 1879, Marie Nizet pub­lie Cap­i­taine vam­pire. S’il ren­con­tre un cer­tain intérêt, le roman (qu’elle qual­i­fie en sous-titre de Une nou­velle roumaine) dis­parait ensuite com­plète­ment de l’histoire lit­téraire. Dans les études sur le thème du vam­pire, son livre n’est jamais men­tion­né. Ce n’est qu’en 2004 qu’un médiéviste roumain cite le roman et va même jusqu’à pré­ten­dre qu’il aurait exer­cé une influ­ence impor­tante sur le Drac­u­la de Bram Stok­er paru en 1897. Lau­rent Ther­er, le post­faci­er, mène une intéres­sante réflex­ion sur cette affir­ma­tion. Il mon­tre que la réponse est nuancée. La réédi­tion en Espace Nord est la pre­mière en Bel­gique depuis 1879 ! Con­tin­uer la lec­ture

Maitre et Slave

Jean-François MORTEHAN, Ter­reur sur Liège, Weyrich, coll. « Plumes du coq », 312 p., 20 €, ISBN : 9782874899683

mortehan terreur sur liegeNous sommes à Liège, fin des années 1980.  Jacques Saint-Paul est pro­fesseur d’Histoire et de langues slaves au sein de l’université de sa ville. Il campe un quin­quagé­naire élé­gant, nan­ti et sûr de lui, respectable et respec­té, dont les écrits et les inter­ven­tions font autorité. Nous le croi­sons alors qu’Il déam­bule comme il le fait volon­tiers dans les rues de la Cité ardente où les pas­sants qu’il domine de sa haute taille se pressent, à quelques semaines des fêtes de fin d’année. En début d’année académique, faisant fi des us et cou­tumes uni­ver­si­taires, le recteur lui a présen­té sans crier gare son nou­v­el assis­tant, Yvan Roubatchev, citoyen russe en exil. Con­tin­uer la lec­ture

Écrivain de l’océan et non écrivain de piscine

Maxime LAMIROY, Le Cuirassé Pouchkine, Lamiroy, 2025, 78 p., 10 €, ISBN : 978–2‑87595–975‑1

lamiroy le cuirassé pouchkineLa pas­sion de la lit­téra­ture, de la cul­ture russe, l’existence aiman­tée par la magie des Let­tres sous-ten­dent le réc­it Le Cuirassé Pouchkine, qui fig­ure au nom­bre des nom­breux inédits lais­sés par Maxime Lamiroy, un jeune écrivain, philosophe, tra­duc­teur et édi­teur qui nous a quit­tés en juil­let 2024. Nous retrou­vons les par­fums qui com­posent ses autres textes (Deux sœurs, Les juges péni­tents…) et dessi­nent un univers à la lisière de l’onirisme et du réel. Vir­tu­ose de la mise en abyme, Maxime Lamiroy livre des frag­ments auto­bi­ographiques éloignés du courant hégé­monique de la lit­téra­ture du « je », décan­tés dans un au-delà de l’auto-fiction. Aigu­il­lé par Math­ieu, un ami slavophile qu’il con­nut durant ses études de langue et de lit­téra­ture russ­es, le nar­ra­teur s’adonne à une quête qui a pour décor le cen­tre-ville de Brux­elles et pour but la librairie « Le Cuirassé Pouchkine », un lieu dédié aux Let­tres russ­es. Le pié­ton de Paris de Léon-Paul Far­gue devient un pié­ton brux­el­lois infati­ga­ble qui sil­lonne la rue de Flan­dre, la place Sainte-Cather­ine, la galerie des Princes avec la soif d’un bib­lio­phile qui pose une équiv­a­lence secrète entre déam­bu­la­tions géo­graphiques et péré­gri­na­tions men­tales et romanesques. Con­tin­uer la lec­ture

Un roman échiquéen

Un coup de cœur du Car­net

Maxime LAMIROY, Deux sœurs, Pré­face de Luc Del­lisse, Lamiroy, 2024, 192 p., 20 €, ISBN : 978–2‑87595–954‑6 

lamiroy deux soeursRoman éblouis­sant qui prend place au sein d’un pro­jet ambitieux, d’une œuvre totale inti­t­ulée La défense NabokovDeux sœurs s’offre comme un ver­tige fic­tion­nel qui prend à bras-le-corps le geste créa­teur, les ques­tions du génie, de l’inexorable avancée du temps. L’émotion à la lec­ture de ce chef‑d’œuvre posthume est hyper­bolique, Maxime Lamiroy étant mort cette année à l’âge de trente-deux ans. Autour de deux sœurs — Katia la sculp­trice et Ele­na, roman­cière de sa pro­pre vie —, gravite une tribu de per­son­nages, un éphèbe-muse qui pose pour Katia, le mari de celle-ci qui fait songer à un Vladimir Nabokov ayant renon­cé à écrire, Ismaël habité par la mélan­col­ie, l’oncle styl­iste. Dans ce texte, courent aus­si les ombres de la lit­téra­ture russe, l’âme d’une Russie empêtrée dans les ten­sions entre son présent et son passé. Con­tin­uer la lec­ture

Blanche et les ténèbres

Claude DONNAY, Ozane, M.E.O., 2024, 253 p., 22 € / ePub : 12,99 €, ISBN : 978–2‑8070–0425‑2

donnay ozaneEn 2017, Claude Don­nay, fig­ure émi­nente de la poésie belge (comme poète, édi­teur, directeur de revue) pub­li­ait son pre­mier roman chez M.E.O., avant de livr­er Un été immo­bile, une des per­les de 2018. On se pince ! Ozane est son cinquième roman. Déjà ! Obser­va­tion qui ren­voie à une autre, élargie : un auteur peut creuser un sil­lon notable en très peu de temps, comme d’autres piétineront ou régresseront sur des décen­nies. Con­tin­uer la lec­ture

Poutine & Co

Un coup de cœur du Car­net

Alain BERENBOOM, Clan­des­tine, Genèse, 2023, 248 p., 22,50 €, ISBN : 978–2‑382010–235

berenboom clandestineL’Histoire est tou­jours une sur­prise, elle ne se répète jamais à l’identique et a besoin de romanciers, d’écrivains, d’historiens pour piéger les paress­es des com­para­isons. Alain Beren­boom pra­tique, dans une joie com­mu­nica­tive, un art rare : celui de fouiller, de dépli­er et de scruter le Grand Réc­it par le prisme des per­son­nages qu’il a con­stru­its de roman en roman, à par­tir d’une qual­ité néces­saire à tout véri­ta­ble écrivain, l’ironie.

Dans son dernier roman en date, Clan­des­tine, l’écrivain s’attache à une péri­ode glaciaire de l’Histoire de l’Occident (et du Monde) : le temps som­bre, cré­d­ule et obscène à la fois qui suiv­it la chute du Mur de Berlin. Con­tin­uer la lec­ture

Célestin de Méeûs donne le droit de foutre le camp

Un coup de cœur du Car­net

Célestin de MÉEÛS, Cav­ale russe, Cheyne, 2021, 80 p., 17 €, ISBN : 978–2‑84116–309‑0

de meeus cavale russeBrux­elles, un « vieux ven­dre­di d’avril », un vingt-qua­tre. Célestin de Méeûs prend la tan­gente pour une cav­ale russe qu’il effectue à rebours de Cen­drars – s’ex­pul­sant du petit pays dont il « n’a jamais voulu rien savoir » pour se fich­er, telle une épin­gle sur une carte, à Vladi­vos­tok. C’est des con­fins de la Russie, du plus extrême est, qu’il entre­prend alors un retour vers Ostende et vers l’aimée. Gar­di­en d’une pho­togra­phie d’elle qu’il « criblera de doigts », c’est à elle qu’il s’adresse dans ce long poème démon­trant que le souf­fle peut ne jamais mourir, déroulant implaca­ble­ment des vers d’une exigeante soif de justesse. Con­tin­uer la lec­ture