Archives par étiquette : La pierre d'alun

« Bleu comme une orange »

Nadine MONFILS (autrice) et Kikie CRÊVECŒUR (illus­tra­trice), Le bleu des rêves, La pierre d’alun, coll. « La Petite Pierre », 2021, 64 p., 15 €, ISBN : 978–2‑87429–120‑3

monfils crevecoeur le bleu des revesPour son trente-cinquième ouvrage, la col­lec­tion « La petite pierre » des édi­tions La pierre d’alun pro­pose un cahi­er à spi­rale rem­pli de la prose de Nadine Mon­fils et des illus­tra­tions de Kikie Crêvecœur. Les deux artistes devaient se ren­con­tr­er car elles bril­lent d’une même lumière : celle du détourne­ment et de la légèreté cer­taine. L’univers déjan­té de l’autrice est con­nu de tous ; Mon­fils s’amuse à tri­t­ur­er un matéri­au sérieux et doc­u­men­té pour en façon­ner (notam­ment) des polars bour­rés d’humour et de vital­ité. Crêvecœur, elle, œuvre à capter avec sen­si­bil­ité des frag­ments de vie et du monde, et les grave minu­tieuse­ment… dans des gommes ! Toutes deux parta­gent une volon­té tenace de se dégager de la lour­deur imposée ain­si qu’un tracé sin­guli­er hors des sen­tiers bat­tus. Leur col­lab­o­ra­tion « évi­dente » se con­cré­tise dans Le bleu des rêves à la faveur de deux con­tes. Con­tin­uer la lec­ture

Au bord des précipiscines

Jean-Luc & Simon OUTERS, Maîtres nageurs, La pierre d’alun, coll. « La petite pierre », 2018, 64 p., 15 €, ISBN : 978–2‑87429–106‑7

Dans Le voy­age de Luca, prix Rossel des jeunes en 2008, Jean-Luc Out­ers s’émerveillait au tra­vers des yeux de ses per­son­nages, incré­d­ules sur les bor­ds du précipice du Col­orado, grand auteur liq­uide du Grand Canyon. Devant tant d’une mag­nif­i­cente beauté, hébété, il se demandait devant le divin œuvre de la nature : « com­bi­en de con­ver­sions au bord du précipice ? » Con­tin­uer la lec­ture

Où, 25 ans après sa disparition, une revue mythique sort, contre toute attente, un nouveau numéro

Un coup de cœur du Carnet

TXT n°32, Le retour, NOUS, 2018, 96 p., 15 €, ISBN :  978–2‑37084–057‑8 ; Jean-Pierre VERHEGGEN et Léon WUIDAR, Ram­ages & par­lages, la pierre d’alun, 2018, 80 p., 32 €, ISBN : 978–2‑87429–102‑9

Jeunes gens, jeunes filles, prenons acte : TXT est de retour, vingt-cinq ans après son dernier numéro. Qui ça ? Quoi ça ? TXT par­di, la jubi­la­toire revue de Jean-Pierre Ver­heggen, Éric Clé­mens, Chris­t­ian Pri­gent, Jacques Demar­cq, Alain Fron­tier, Philippe Bouti­bonnes et Pierre Le Pil­louër. Non que, par nos­tal­gie, ces glo­rieux « anciens » auraient décidé, façon « boys band », de relancer l’af­faire. Pas du tout le genre de la mai­son. L’édi­to est clair : de 1968 à 1993, TXT aura été une revue de con­vic­tion, la revue de ceux et celles qui avaient la « haine de la poésie » « lisse, empesée, impen­sée », la revue de ceux et celles qui ressen­taient « un amour vio­lent de la poésie, pour vider la poésie de la poésie qui bave de l’ego, nat­u­ralise et mys­ti­cise, rêve d’amour et d’u­nion, dénie obscu­rités, obscénités, chaos et cru­auté ». De 1968 à 1993, paraîtront alors trente-et-un numéros de « babils dra­maturgiques », de « saynètes comiques », de « lita­nies idiotes », de textes tra­vail­lant les langues, les bass­es comme les altières, de textes ébou­rif­fants, con­tre­dis­ant, vio­lem­ment et salu­taire­ment, l’idée molle que l’on se fai­sait, que l’on se fait encore, de la poésie, du tra­vail des langues, de la lit­téra­ture. Con­tin­uer la lec­ture

Érotiquement correct

Car­o­line LAMARCHE et Nathalie AMAND, Papi­er-col­lants, La pierre d’alun, coll. « La petite pierre », 2018, 64 p., 15 €, ISBN : 978–2‑87429–107‑4

Au nichon, par­don, au sein du poli­tique­ment incor­rect, il y a l’érotisme. Un genre soi-dis­ant désuet, à la fois con­fus et dif­fus, c’est-à-dire com­plexe et donc incom­pat­i­ble avec notre mod­erne époque des #MeToo et #Bal­ance­Ton­Porc. Nous viv­o­tons dans une péri­ode manichéenne où la pudi­bon­derie et la pornogra­phie échangent plus aisé­ment sur les tour­nantes sodomites ou sur la théorie des gen­res plutôt que — trop sim­ple­ment — sur les corps. Péri­ode de vach­es mai­gres pour l’érotisme ? Mort aux vach­es quand même !


Lire aus­si : “Lit­téra­ture & éro­tisme”, numéro thé­ma­tique du Car­net


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Le Jean Ray d’Henri Vernes

Hen­ri VERNES, Thier­ry MORTIAUX, Jean Ray, 14 rue d’Or, pré­face de Jean-Bap­tiste Baron­ian, La pierre d’alun, coll. « La petite pierre », 2016, 141 p., 36 €

vernesHen­ri Vernes s’honore d’une ami­tié de vingt ans avec Jean Ray. Après divers­es pré­faces et post­faces, il pro­pose main­tenant un texte de plus grande ampleur. Son livre oscille entre sou­venirs per­son­nels et réflex­ions sur l’art lit­téraire de Jean Ray.

Il ren­con­tre le Gan­tois en 1943, alors que celui-ci pub­lie beau­coup, des textes majeurs, qui sont aus­si des suc­cès de vente. L’après-guerre est cepen­dant une péri­ode plus terne pour Ray qui croit son heure passée. Mais Vernes, qui devient un auteur de référence chez Marabout, conçoit un pro­jet de réédi­tion. Il apporte aujourd’hui des pré­ci­sions sur les cir­con­stances de ces réédi­tions, par­ti­c­ulière­ment celles des Har­ry Dick­son, aux­quels Ray ne sem­blait plus croire du tout. H. Vernes a égale­ment été impliqué dans les négo­ci­a­tions avec Alain Resnais pour l’adaptation au ciné­ma d’Har­ry Dick­son, et explique les raisons de l’abandon du pro­jet. Con­tin­uer la lec­ture

Le plumier de François Jacqmin

François JACQMIN, Le Plumi­er de vent, illus­tra­tions d’Alexandre Hol­lan, pré­face de Daniel Mey­er, pro­logue de Gérald Pur­nelle, La pierre d’alun, 2015, 80 p., 32 €

jacqminIl en va de cer­tains écrivains comme des espèces d’oiseaux migra­teurs : ils s’en vont en fin d’automne, on s’attend à les revoir dans nos jardins aux pre­miers jours de print­emps, de nou­velles plumes sur le dos, et puis, rien. On les attend en vain, ils ne réap­pa­rais­sent pas. Quelque­fois, c’est toute une lignée dont on perd ain­si la trace, ou le dernier spéci­men d’une espèce déjà men­acée. Des « Sept types en or » (rap­pelons leurs noms : Théodore Koenig, Mar­cel et Gabriel Piquer­ay, François Jacqmin, Paul Bour­goignie, Joseph Noiret, Pierre Put­te­mans) qui ani­mèrent dès 1953 le groupe «  Phan­tomas » (« La revue Phan­tomas, c’est Popocate­petl six fois par an », affichait la qua­trième de cou­ver­ture), c’est François Jacqmin qui, le pre­mier, en 1992, s’éclipsa au loin, fidèle à sa dis­cré­tion toute bri­tan­nique. Et le dernier des « Sept », Pierre Put­te­mans, s’est défini­tive­ment envolé en 2013. Con­tin­uer la lec­ture