Arnaud DELCORTE, Gandhara, Bleu d’encre, 2025, 175 p., 18 €, ISBN : 978–2‑930725–85‑7
Gandhara est une région historique située au nord-ouest de l’actuel Pakistan, englobant la vallée de Peshawar et s’étendant jusqu’aux basses vallées des rivières Kaboul et Swat. Elle était un carrefour commercial et culturel important, reliant l’Inde, l’Asie centrale et le Moyen-Orient. L’art du Gandhara (du 1er siècle av. J.-C. au 7e siècle apr. J.-C.) est caractérisé par des représentations réalistes de Bouddha et d’autres figures influencées par la statuaire grecque. Cette région a joué un rôle majeur dans la propagation du bouddhisme vers l’Asie centrale et développé une culture unique. Si la poésie d’Arnaud Delcorte est « un cri douloureux mais un cri salvateur » (N. Louis), elle est aussi « berceuse et démence, semblable à un Qawali de Nusrat Fateh Ali Khan […] » car elle est aussi « lave qui charrie les paradoxes, l’infini de la chair, ses pesanteurs et ses extases […] une chair tendue vers une possible transcendance […] » (U. Timol). Continuer la lecture
« Parcourir Outrebleu, c’est être en présence des corps, le poète écrit avec le feu, les étoiles, mais à partir du corps et les cinq sens en éveil», écrit S.-W. Mounguengui dans la préface à ce recueil. Arnaud Delcorte (1970) est l’auteur d’une dizaine de livres de poésie et d’un roman. Il y a chez lui, depuis Écume noire jusqu’à Lente dérive de sa lumière et Outrebleu, ce que 


La poésie demande à être apprivoisée par le lecteur. Parfois, elle exige plusieurs lectures successives afin d’en retirer, comme aux passages des couleurs sur une pierre lithographique, des émotions, des lumières, des sentiments différents. Ils composent au terme de ces parcours, une sensation d’ensemble qui s’élabore dans l’esprit et le cœur. C’est à ce processus d’imprégnation par strates qu’invite le recueil d’Arnaud Delcorte. Une telle démarche se justifie d’autant plus que le livre puise à différentes sources. Il réunit des textes publiés initialement dans des revues. Ainsi « Chechnya » (Bleu d’Encre, 2020), « L’homme qui marche » (Do Kre I S, Vagues littéraires, 2017), et « Dans la clameur » (Legs, 2019). Ces textes alternent avec des compositions inédites, « Prières dans la nuit », « Soft Requiem », « La couronne », « Appel d’air », et « Memoriam Mediterranea ». Les illustrations de l’auteur, déclinaisons photographiques en noir et blanc – transformations fluides d’images qui en deviennent abstraites, dont l’une orne la couverture – rythment la découverte du recueil.
“Tjukurrpa” est un mot de la langue anangu, propre à un peuple aborigène d’Australie. Il signifie “le temps du rêve”, cette ère mythique totalement éthérée qui a précédé la création de la Terre, mais continue de coexister discrètement avec le monde tangible. Utiliser comme titre d’un recueil poétique ce mot exotique – qui reviendra une seule fois, en fin de volume – n’est pas un geste superficiel. C’est suggérer d’emblée l’existence d’une “quatrième dimension”, de nature à la fois cosmogonique et spirituelle, sans toutefois que l’auteur juge nécessaire d’en mener davantage l’exploration. Au fil des pages, il accorde en effet une plus grande place aux origines du bouddhisme, à travers le personnage de Shakyamuni, « fils aîné du soleil et havre de sagesse », également qualifié de « Tathâgata », et auquel succèdera un jour Maitreya ; un autre poème mentionne l’érudit-traducteur Kumârajîva, patriarche de l’école des Trois Traités, qui influença fortement le bouddhisme chinois… Troisième grande référence spirituelle d’Arnaud Delcorte : l’épopée de Gilgamesh dans la Mésopotamie antique, où apparaissent son ami Enkidu, Soumouqân, dieu des troupeaux et des bêtes sauvages, mais aussi la déesse Arourou, génitrice de Gilgamesh.
Sur les marches de La Bourse à Bruxelles, Arnaud Delcorte tient une revue de poésie épaisse et graphique, où l’un de ses poèmes polyglottes a été publié. Nous nous installons à la terrasse la plus proche, vaste et vide à cette heure d’ouverture, autour d’une petite table ronde, bistrotière avec son pied noir, art déco, en fonte. L’auteur porte une barbe courte et soignée. Ses lunettes cerclées scintillent au soleil comme sa boucle d’or d’oreille gauche, qui ressemble à une petite alliance. 
Un jour, peut-être, je reverrai tout le classement de ma bibliothèque de littérature belge. Y regrouperai dans un coin les ouvrages traitant du Grand Nord. Dans un autre, ceux déclarant leur amour pour le Sud, l’Italie, la lumière solaire. Dans un autre encore, on trouvera, à coup sûr, ceux relatifs à l’Afrique des grands lacs. C’est que, mine de rien, la tragédie congolaise, le génocide rwandais, insistent, suscitent régulièrement, dans nos lettres, des œuvres fortes et diverses, relevant de tous les genres. Tout récemment encore, Alain Huart nous donnait à lire Kivu, l’espoir, un roman choral. Les poètes Marc Dugardin et Nicolas Grégoire nous livraient, quant à eux, des recueils où, l’un et l’autre, étaient comme à l’affût des traces et des impacts encore actuellement visibles du génocide. La pièce Mission, de David Van Reybrouck, nous bouleversait autant que l’avait fait, à l’époque, Rwanda 94, du Groupov.
J’ai entre les mains Ô, l’un des livres d’Arnaud Delcorte parus cette année. Voilà un ouvrage, tout petit par la taille et le nombre de lignes, mais extrêmement sensible et intelligent. Un ouvrage « simple » et « complexe » à la fois.