Archives par étiquette : Arnaud Delcorte

Du sexe, de l’amour et du lâcher-prise

Arnaud DELCORTE, Gand­hara, Bleu d’encre, 2025, 175 p., 18 €, ISBN : 978–2‑930725–85‑7

delcorte gandharaGand­hara est une région his­torique située au nord-ouest de l’actuel Pak­istan, englobant la val­lée de Peshawar et s’é­ten­dant jusqu’aux bass­es val­lées des riv­ières Kaboul et Swat. Elle était un car­refour com­mer­cial et cul­turel impor­tant, reliant l’Inde, l’Asie cen­trale et le Moyen-Ori­ent. L’art du Gand­hara (du 1er siè­cle av. J.-C. au 7e siè­cle apr. J.-C.) est car­ac­térisé par des représen­ta­tions réal­istes de Boud­dha et d’autres fig­ures influ­encées par la stat­u­aire grecque. Cette région a joué un rôle majeur dans la prop­a­ga­tion du boud­dhisme vers l’Asie cen­trale et dévelop­pé une cul­ture unique. Si la poésie d’Arnaud Del­corte est « un cri douloureux mais un cri sal­va­teur » (N. Louis), elle est aus­si « berceuse et démence, sem­blable à un Qawali de Nus­rat Fateh Ali Khan […] » car elle est aus­si « lave qui char­rie les para­dox­es, l’infini de la chair, ses pesan­teurs et ses extases […] une chair ten­due vers une pos­si­ble tran­scen­dance […] » (U. Tim­ol). Con­tin­uer la lec­ture

Une agonistique amoureuse

Arnaud DELCORTE, Out­re­bleu, Unic­ité, 2024, 103 p., 14 €, ISBN : 978–2‑37355–996‑5

delcorte outrebleu« Par­courir Out­re­bleu, c’est être en présence des corps, le poète écrit avec le feu, les étoiles, mais à par­tir du corps et les cinq sens en éveil», écrit S.-W. Mounguen­gui dans la pré­face à ce recueil. Arnaud Del­corte (1970) est l’auteur d’une dizaine de livres de poésie et d’un roman. Il y a chez lui, depuis Écume noire jusqu’à Lente dérive de sa lumière et Out­re­bleu, ce que Jean Jau­ni­aux qual­i­fie être « un déplace­ment du regard, de la rêver­ie, de la pen­sée poé­tiques ».  Son poème est le véhicule d’une quête de soi et du sens : exis­ten­tielle et éro­tique, elle est vécue dans la con­science d’un écart qui per­met un  rap­port à l’autre. Car «  […] le soi ne se perçoit jamais lui-même qu’en présence de l’autre, dans l’effusion et même la fusion avec l’autre. La présence de cet autre, ami ou amant, en tout cas aimé, qui n’apparait entre les signes que par l’une des par­ties de son corps […] ». Ce rap­port existe aus­si dans la col­lab­o­ra­tion  du poète avec l’art visuel, offrant à ses vers la réso­nance d’un visuel pho­tographique (avec Brahim  Meti­ba, dans Méri­di­ennes) ou pic­tur­al (avec Kéven Pré­varis dans Tjukur­rpa ou ici dans le dia­logue avec ses pro­pres créa­tions abstraites ori­en­tées sur le corps-à-corps lyrique du noir et du bleu). Con­tin­uer la lec­ture

Rentrée littéraire 2023 : abondance et diversité

rentrée littéraire 2023

Le rit­uel est con­nu : chaque année en juin, les maisons d’édition dévoilent le pro­gramme de leur ren­trée lit­téraire. Et lec­tri­ces et lecteurs de par­tir en vacances avec la cer­ti­tude de trou­ver en librairie, dès la mi-août, pléthore de nou­veaux livres qui adouciront à n’en point douter le retour à la vie pro­fes­sion­nelle.

Cette année encore, auteurs et autri­ces belges seront nom­breux à par­ticiper à ce temps fort de l’année édi­to­ri­ale. La ren­trée lit­téraire est tra­di­tion­nelle­ment asso­ciée au roman. Il ne sera pas, loin s’en faut, le seul genre à faire l’actualité cet automne, mais il en sera cer­taine­ment l’un des points névral­giques. Tour d’horizon des sor­ties annon­cées. Con­tin­uer la lec­ture

Et pourtant elle est si vive…

Arnaud DELCORTE, Tes­sons au sable, pho­togra­phies du poète, Coudri­er, 2023,136 p., 22 €, ISBN : 978–2‑39052–052‑8

delcorte tessons au sableTrois ensem­bles com­posent la « Table des textes » du recueil Tes­sons au sable, qui asso­cie poèmes et pho­togra­phies com­posant un car­net de voy­ages. L’ouvrage s’ouvre sur deux exer­gues, cita­tions de Paul Bowles et de Nat­sume Sôse­ki. La phrase extraite du Voy­age poé­tique de l’écrivain japon­ais se décou­vre comme une balise à l’entrée d’une nav­i­ga­tion, un pre­mier « tes­son » éclairant le chem­ine­ment auquel Arnaud Del­corte nous invite : rien ne me presse dans ce voy­age… Quant à Bowles, ce sont ces moments fugaces et essen­tiels, vécus dans l’enfance,  qu’il nous invite à célébr­er et que nous nég­li­geons si volon­tiers. Con­tin­uer la lec­ture

Les chimères d’un amour évanoui

Arnaud DELCORTE, Lente dérive de sa lumière, Arbre à paroles, 2022, 116 p., 14 €, ISBN : 9782874067150

delcorte lente derive de sa lumiereComme l’indique Éric Brog­ni­et dans Lec­ture silen­cieuse (édi­tions de l’Académie), La poésie est un art de l’instantané et du trans­fert, elle nous invite sans cesse à recadr­er notre rap­port à la réal­ité, à réin­ven­ter notre rela­tion au monde, à arpen­ter un écart défini­tif.

Cette vision de la poésie guidera utile­ment le lecteur du dernier recueil d’Arnaud Del­corte, dont le titre, poème en soi, Lente dérive de sa lumière, évoque d’emblée ce déplace­ment du regard, de la rêver­ie, de la pen­sée poé­tiques. Nathaniel Molam­ba, qui signe la pré­face de l’ouvrage, invite lui aus­si à la lec­ture à la fois sin­gulière et démul­ti­pliée : Plus que jamais il faut lire entre les lignes, et surtout regarder au tra­vers. Con­tin­uer la lec­ture

Un jour de vents propices

Arnaud DELCORTE, Trou­ble, Unic­ité, 2021, 14 €, 86 p., ISBN : 978–2‑37355–628‑5

delcorte troubleLa poésie demande à être apprivoisée par le lecteur. Par­fois, elle exige plusieurs lec­tures suc­ces­sives afin d’en retir­er, comme aux pas­sages des couleurs sur une pierre lith­o­graphique, des émo­tions, des lumières, des sen­ti­ments dif­férents. Ils com­posent au terme de ces par­cours, une sen­sa­tion d’ensemble qui s’élabore dans l’esprit et le cœur. C’est à ce proces­sus d’imprégnation par strates qu’invite le recueil d’Arnaud Del­corte. Une telle démarche se jus­ti­fie d’autant plus que le livre puise à dif­férentes sources. Il réu­nit des textes pub­liés ini­tiale­ment dans des revues. Ain­si « Chech­nya » (Bleu d’Encre, 2020), « L’homme qui marche » (Do Kre I S, Vagues lit­téraires, 2017), et « Dans la clameur » (Legs, 2019). Ces textes alter­nent avec des com­po­si­tions inédites, « Prières dans la nuit », « Soft Requiem », « La couronne », « Appel d’air », et « Memo­ri­am Mediter­ranea ». Les illus­tra­tions de l’auteur, décli­naisons pho­tographiques en noir et blanc – trans­for­ma­tions flu­ides d’images qui en devi­en­nent abstraites, dont l’une orne la cou­ver­ture – ryth­ment la décou­verte du recueil. Con­tin­uer la lec­ture

Au-delà de l’érotisme

Arnaud DELCORTE, Tjukur­rpa, Pein­tures de Kevens Pre­varis, Éran­this, 2019, 134 p., 20 €, ISBN : 978–2‑87483–019‑8

“Tjukur­rpa” est un mot de la langue anan­gu, pro­pre à un peu­ple aborigène d’Aus­tralie. Il sig­ni­fie “le temps du rêve”, cette ère mythique totale­ment éthérée qui a précédé la créa­tion de la Terre, mais con­tin­ue de coex­is­ter dis­crète­ment avec le monde tan­gi­ble. Utilis­er comme titre d’un recueil poé­tique ce mot exo­tique – qui revien­dra une seule fois, en fin de vol­ume – n’est pas un geste super­fi­ciel. C’est sug­gér­er d’emblée l’ex­is­tence d’une “qua­trième dimen­sion”, de nature à la fois cos­mogo­nique et spir­ituelle, sans toute­fois que l’au­teur juge néces­saire d’en men­er davan­tage l’ex­plo­ration. Au fil des pages, il accorde en effet une plus grande place aux orig­ines du boud­dhisme, à tra­vers le per­son­nage de Shakya­mu­ni, « fils aîné du soleil et havre de sagesse », égale­ment qual­i­fié de « Tathâ­ga­ta », et auquel suc­cèdera un jour Maitreya ; un autre poème men­tionne l’éru­dit-tra­duc­teur Kumâra­jî­va, patri­arche de l’é­cole des Trois Traités, qui influ­ença forte­ment le boud­dhisme chi­nois… Troisième grande référence spir­ituelle d’Ar­naud Del­corte : l’épopée de Gil­gamesh dans la Mésopotamie antique, où appa­rais­sent son ami Enkidu, Soumouqân, dieu des trou­peaux et des bêtes sauvages, mais aus­si la déesse Arourou, géni­trice de Gil­gamesh. Con­tin­uer la lec­ture

Un amour n’est qu’un amour

Arnaud DELCORTE, Aimants + Réma­nences, Unic­ité, 2019, 117 p., 15 €, ISBN : 978–2‑37355–294‑2

Delcorte Aimants + Rémanences UnicitéSur les march­es de La Bourse à Brux­elles, Arnaud Del­corte tient une revue de poésie épaisse et graphique, où l’un de ses poèmes poly­glottes a été pub­lié. Nous nous instal­lons à la ter­rasse la plus proche, vaste et vide à cette heure d’ouverture, autour d’une petite table ronde, bistrotière avec son pied noir, art déco, en fonte. L’auteur porte une barbe courte et soignée. Ses lunettes cer­clées scin­til­lent au soleil comme sa boucle d’or d’oreille gauche, qui ressem­ble à une petite alliance. Con­tin­uer la lec­ture

Où tout se termine singulièrement en parlant d’amour

Arnaud DELCORTE, Le piégeur de jours, Rup­tures, 2015, 172 p, ISBN : 9997088026

Mise à jour du 21/09/2023 : Le piégeur de jours reparait en octo­bre 2023 sous le titre Une lumière incer­taine, réédi­tion revue à l’en­seigne des édi­tions MEO

delcortedelcorte une lumière incertaineUn jour, peut-être, je rever­rai tout le classe­ment de ma bib­lio­thèque de lit­téra­ture belge. Y regrouperai dans un coin les ouvrages trai­tant du Grand Nord. Dans un autre, ceux déclarant leur amour pour le Sud, l’I­tal­ie, la lumière solaire. Dans un autre encore, on trou­vera, à coup sûr, ceux relat­ifs à l’Afrique des grands lacs. C’est que, mine de rien, la tragédie con­go­laise, le géno­cide rwandais, insis­tent, sus­ci­tent régulière­ment, dans nos let­tres, des œuvres fortes et divers­es, rel­e­vant de tous les gen­res. Tout récem­ment encore, Alain Huart nous don­nait à lire Kivu, l’e­spoir, un roman choral. Les poètes Marc Dugardin et Nico­las Gré­goire nous livraient, quant à eux, des recueils où, l’un et l’autre, étaient comme à l’af­fût des traces et des impacts encore actuelle­ment vis­i­bles du géno­cide. La pièce Mis­sion, de David Van Rey­brouck, nous boulever­sait autant que l’avait fait, à l’époque, Rwan­da 94, du Groupov. Con­tin­uer la lec­ture

Prendre l’avion, embrasser les vagues et saluer le monde

Arnaud DELCORTE, Ô, Mael­ström, coll. « mael­strÖm com­pAct », 2015, 8 €

delcorte oJ’ai entre les mains Ô, l’un des livres d’Ar­naud Del­corte parus cette année. Voilà un ouvrage, tout petit par la taille et le nom­bre de lignes, mais extrême­ment sen­si­ble et intel­li­gent. Un ouvrage « sim­ple » et « com­plexe » à la fois.

Le Japon pour­rait être l’une de ses portes d’en­trée. Qui ne serait d’ailleurs pas ten­té de voir dans les minus­cules poèmes de Del­corte des espèces d’haïkus ? Com­ment, d’ailleurs, ne pas y penser quand Del­corte évoque les « petites choses » ?  Con­tin­uer la lec­ture

Une (courte) escapade marocaine

Arnaud DELCORTE et Brahim METIBA, Méri­di­ennes, M.E.O., 2015, 52 p., 14 €/ePub : 8.49 €, ISBN : 978–2‑9–8070-0031–5

meridiennes-1cLes édi­tions MEO vien­nent de pub­li­er un ouvrage hybride : Méri­di­ennes. Com­posé d’une cinquan­taine de pages, il con­tient les réal­i­sa­tions lit­téraires et artis­tiques de deux jeunes créa­teurs : Arnaud Del­corte et Brahim Meti­ba. Si leur col­lab­o­ra­tion est inédite, ils n’en sont pas à leur pre­mier pro­jet. Pro­fesseur de physique à ses heures studieuses, Arnaud Del­corte a déjà pub­lié de plusieurs recueils, par­mi lesquels Écume noire. Les por­traits pho­tographiques de Brahim Meti­ba, infor­mati­cien de for­ma­tion, ont fait, quant à eux, l’objet d’une pub­li­ca­tion dans la revue Dip­tyque en 2011.  Con­tin­uer la lec­ture