Archives par étiquette : CD

La Terre tourne

Anne BROUILLARD (images, textes et musiques) et Bertille DE SWARTE (textes, adap­ta­tions français­es et direc­tion artis­tique du disque), Ronde autour de la terre, Esper­luète, coll. « Albums », 2024, 32 p., 19,50 €, ISBN : 9782359841794

brouillard de swarte ronde autour de la terreAu rec­to de la cou­ver­ture, un ciel de cré­pus­cule jaune lumineux, une nature qui s’apprête à se repos­er, et des gens de tous âges descen­dant le chemin d’une colline, en route joyeuse vers la proche ville où se devine un manège de chevaux. Au ver­so, l’image se pro­longe : un ciel de nuit tombée, une pleine lune légère­ment dis­simulée par de mys­térieux sap­ins, une demeure isolée déjà éclairée au rez-de-chaussée. Une illus­tra­tion dont se dégage un calme inex­plic­a­ble, que l’on ressen­ti­ra page après page dans des paysages délavés, des fenêtres reflé­tant la pluie ou éclairant des natures mortes en pommes et cafetière, une salle-à-manger chaleureuse où la table déjà dressée atten­dant un gâteau tou­jours au four, un car­rousel faisant naître les sourires d’enfants, l’orée d’un bois aux fougères duveteuses et aux four­mis rieuses, des forêts de conifères et de feuil­lus, des maisons à l’atmosphère douil­lette où le bois craque sous les pas des gen­tils fan­tômes et des lutins affairés, des lacs enchanteurs au-dessus desquels miroite l’astre céleste et glis­sent les oiseaux. Tout un univers dess­iné avec élé­gance et « liq­uid­ité » par Anne Brouil­lard, d’où émane un silence pro­fond, offrant un écrin par­ti­c­uli­er à la musique des textes et des chants. Con­tin­uer la lec­ture

La rivière entre en crue ! C’est cuit pour nous !

Dominique MASSAUT, Débor­de­ments, Mael­ström, 2019, 81 p. + CD Audio, 15€, ISBN : 978–2‑87505–321‑2

La Laï­ta est une riv­ière bien con­nue des Fin­istériens, qui coule du côté de Quim­per­lé. Ce sont en quelque sorte ses rives qui enser­rent le nou­veau texte de Dominique Mas­saut. Aber textuel et sonore qui gronde, qui jute son trop plein de déjec­tions. Comme la riv­ière débor­de, soumise aux défer­lantes des élé­ments et des hommes, le texte ici défer­le et se révolte. Un ras(z)-le-bol maré­mo­teur pour l’auteur qui vole dans les plumes des pigeons si peu voyageurs. Mas­saut dézingue, à coups de mots-valis­es, d’onomatopées, de « phar­ma-con-trepètries », les dérives aguicheuses et con­som­ma­tri­ces de notre société « algo­rith­mée ». Con­tin­uer la lec­ture

Où l’on suit joyeusement au gré des vagues des bouteilles jetées à la mer

Lau­rence VIELLE, Domo de Poezia (Bouteilles à la mer ), livre + CD, PoezieCen­trum et Mael­strÖm, 2018, 194 p., 20 €, ISBN : 978–2‑87505–300‑8

vielle domo de poezia.jpgEnvie de pren­dre la vie en main ? La vôtre et celle des autres ? Ten­té, ten­tée, depuis longtemps, par les ini­tia­tives citoyennes, les rap­proche­ments, les liens soci­aux à resser­rer ? Marre du dép­ri­mant TINA, du gris ambiant dans les têtes ? Envie de posi­tif et de joie ? Désir fou d’être regon­flé, de sourire à nou­veau ? Pour sûr, il n’y a pas que le film Demain pour faire pétiller. On peut aus­si s’im­merg­er dans la poésie résol­u­ment pos­i­tive, amoureuse de la vie et des ren­con­tres, dans la poésie éminem­ment « sociale » et socié­tale de Lau­rence Vielle. Parce que Lau­rence Vielle a décidé, une fois pour toutes, de laiss­er au plac­ard ses petits ou grands prob­lèmes d’ego – ses soucis de gnêgnêtre comme a dit une fois Jean-Pierre Ver­heggen –, d’être généreuse, de pren­dre à bras le corps les ques­tions du « vivre ensem­ble » et du « bien vivre », de con­sid­ér­er la poésie, le fait d’écrire la poésie, comme un acte social, une façon d’ac­com­pa­g­n­er les ques­tions qui tra­versent ou tarau­dent bon nom­bre d’en­tre nous. Con­tin­uer la lec­ture

Jeanne Moreau chante des poèmes de Norge

Un coup de cœur du Carnet

Jeanne More­au chante Norge, album de deux vinyles et un CD, réal. Françoise Canet­ti, Pro­duc­tions Jacques Canet­ti, 2018, 19.99 €, Réf. PJC 503969.
moreau jeanne moreau chante norgeDe Jeanne More­au, on sait qu’elle fut une grande comé­di­enne et une femme cul­tivée. Plus dis­crète, sa car­rière de chanteuse tient en six albums, dont deux morceaux au moins sont célèbres : Le tour­bil­lon de la vie et J’ai la mémoire qui flanche, sur des textes et par­ti­tions de Cyrus Bassi­ak, alias Serge Rez­vani. La pre­mière chan­son fut insérée par François Truf­faut dans Jules et Jim en 1962, la sec­onde fig­ure sur un disque édité en 1963 par Jacques Canet­ti, qui avait fait con­naitre des artistes tels que Boris­Vian, Léo Fer­ré, Georges Brassens ou Ray­mond Devos. D’autres albums suiv­ront en 1966, 1967, 1969. Tour­nages et enreg­istrements, toute­fois, n’empêchent pas l’ac­trice de s’adon­ner à la lec­ture, un de ses loisirs favoris. En 1978, Jacques Canet­ti lui apporte les Œuvres poé­tiques 1923–1973 de Norge, fraiche­ment rééditées par Pierre Seghers. Elle s’en­t­hou­si­asme aus­sitôt pour ces poèmes incisifs, sonores, savoureux, avec une préférence pour les recueils de 1949 à 1973 : Les râpes, Famines, Le gros gibier, La langue verte, etc.  « Ses poèmes m’ont paru sim­ples, évi­dents, avec des mots qui allaient droit au cœur…  J’ai eu envie de les dire puis d’en faire des chan­sons pour un disque. Cer­taines sont drôles ou cru­elles, d’autres ten­dres, agres­sives, humoris­tiques », dira-t-elle plus tard aux jour­nal­istes, ajoutant que cette poésie véhicule « le besoin d’amour, la rage créa­trice, la cru­auté de la vie, le goût du néant, l’e­spérance d’un idéal, le dérisoire état de l’homme. »


Lire aus­si : “Norge mis en chan­sons” (Textyles n° 26–27, 2005)


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Métamorphoser les métamorphoses

Michel GHEUDE, La Prophétie d’Ocyrhoé et autres méta­mor­phoses de Méta­mor­phoses d’Ovide, Dessins de Scan­reigh, accom­pa­g­né d’un enreg­istrement sur CD du texte lu par Monique Dorsel, Au coin de la rue de l’Enfer, 70 p., 13 €

gheude la prophetie d ocyrhoéAu nom d’Ovide est asso­cié comme par automa­tisme L’art d’aimer, œuvre qui tra­ver­sa les siè­cles mieux que les appels du Poète ne surent franchir des mil­liers de kilo­mètres pour attein­dre l’inflexible Empereur Auguste, qui l’avait en l’An 8 con­traint à l’exil sur les rivages de la Mer Noire. Les raisons de cette pro­scrip­tion restent mys­térieuses : Ovide aurait-il été témoin d’un scan­dale de cour, dans un con­texte poli­tique qui affichait pour­tant une volon­té de restau­ra­tion morale ? Aurait-il assisté à quelque céré­monie ésotérique dévouée au culte d’Isis, ou trop joué d’influence dans d’obscures querelles de suc­ces­sion au trône ? Con­tin­uer la lec­ture

Prince et princesse

Pierre CORAN, Olivi­er DESVAUX, TCHAÏKOVSKI, Le Lac des cygnes, textes dit par Nathalie Dessay, Didi­er Jeunesse, 2017, 44 p. + CD, 23,80 €, ISBN : 9782278084739

coran le lac des cygnesL’histoire de ce livre ne com­mence pas par « Il était une fois », mais par « Il y a des lunes et des lunes, dans un pays de légen­des ». Ain­si, Pierre Coran nous fait-il entr­er dans le monde des con­tes, où le jeune prince Siegfried, arrivé en âge de se mari­er, tombe folle­ment amoureux d’Odette, une mys­térieuse jeune femme vic­time d’une ter­ri­ble malé­dic­tion : pour avoir refusé d’épouser un som­bre sor­ci­er, elle a été méta­mor­phosée en cygne et ne retrou­ve son apparence humaine qu’une fois la nuit tombée. Le prince fait le ser­ment de délivr­er Odette et de l’épouser. C’est sans compter sur l’ingéniosité mal­faisante du sor­ci­er et de sa fille Odile, au plumage aus­si noir que l’âme de son père, mais en tout point sem­blable à Odette, le cygne blanc. Con­tin­uer la lec­ture

Un tram à travers les trames de la ville

JOY, Tram 25, Mael­ström, 2017, n.p. + C.D., 20€, ISBN : 978–2‑87505–286‑5

joyUne ville, ça grouille, ça s’agite, ça bouil­lonne, surtout pour une jeune fille de la cam­pagne venue étudi­er la lit­téra­ture à Brux­elles. JOY s’enflamme, lucide et rebelle, dans ce livre, road-book où se croisent, telles les trames d’un réseau fer­rovi­aire, con­fi­dences, rêves et choix de vie. Lau­réate du Prix Paroles Urbaines en 2013, JOY/Gioia Kaya­ga emprunte ici la ligne du tram 25 qui tra­verse la cap­i­tale. Les sta­tions de cet itinéraire urbain défi­lent et sont, pour l’artiste, autant d’escales per­son­nelles vers ses pro­pres orig­ines partagées entre la Bel­gique, l’Italie et le Burun­di. Orig­ines bigar­rées qui sont à l’image des quartiers que tra­verse le véhicule quand il ser­pente jusqu’aux quartiers pop­u­laires proches de la gare du Nord. Avec JOY, pas de langue de bois mais des paroles limpi­des, lucides, pré­cis­es qui dis­ent la société comme elle est! Magouilles, fraudes des poli­tiques, hypocrisies des jour­nal­istes, passé colo­nial, JOY dénonce, s’indigne et dit les inco­hérences, les méfaits d’un sys­tème qui chavire. Con­tin­uer la lec­ture

Ronde de nuit en hôpital psychiatrique

Vin­cent THOLOMÉ et Xavier DUBOIS, KAAPSHLJMURSLIS, Tétras Lyre, 2016, 56 p. + CD, 14 €   ISBN: 978–2‑930685–26‑7

tholome-tetras-lyreJe ne sais pas s’il est encore néces­saire de présen­ter Vin­cent Tholomé. Mais dans le doute, et parce que c’est chou­ette, le doute, on rap­pellera ici que le poète est aus­si per­formeur, qu’il est l’auteur d’une quin­zaine de livres et qu’Espace Nord vient d’ailleurs de pub­li­er deux de ses textes, Kirkjubae­jark­laus­tur suivi de The John Cage Expe­ri­ences, ce qui veut dire quelque chose, d’autant plus, pour­rait-on se dire, quand Jan Baetens en signe la post­face — mais là on peut se deman­der s’il ne con­viendrait pas égale­ment de présen­ter Jan Baetens, ce dont je ne suis pas cer­taine non plus, et on lais­sera plan­er le doute, après avoir levé un petit voile. (Par plaisir). Con­tin­uer la lec­ture

Où un poète têtu s’obstine à chanter dans un monde qui ne chante plus

Jo DUSTIN, Chronique du temps qui lasse, Au coin de la Rue de l’En­fer, 2016, 13 €

dustinInsti­tu­teur, pein­tre, cri­tique d’art, paroli­er de chan­sons, dessi­na­teur de presse, affichiste, il n’y a pas à dire : Jo Dustin aura été de ce genre d’in­di­vidus à géométrie vari­able, touchant avec bon­heur à tout ce qui lui tenait à cœur. Chronique du temps qui lasse est une belle occa­sion de décou­vrir – et pour cause ! – un Jo Dustin poète.

Écrits entre 1956 et 1993, dis­séminés dans divers car­nets de notes, les poèmes de Dustin n’au­ront été dévoilés au pub­lic qu’après sa dis­pari­tion. Si leur auteur ne les a pas, de son vivant, don­né à lire, ils ne con­stituent pas pour autant un « jardin secret », « stricte­ment inter­dit au pub­lic ». À les lire – et à les enten­dre –, on ne ressent pas, en tout cas, la sin­istre impres­sion de fouler un « ter­rain de jeu privé ». Con­tin­uer la lec­ture

Des errances, du manque et des joies d’être au monde

Un coup de coeur du Carnet

Jacques SOJCHER, Très douce­ment, 1 livre + 1 CD reprenant la lec­ture des textes par Monique Dorsel, Au coin de la rue de l’en­fer, 2016

sojcher dorselJacques Sojch­er est un errant. Un nomade glis­sant d’une aven­ture à l’autre. D’une idée à l’autre. D’un état de réel à un autre. Le lire est un bon­heur. Le lire un jour canic­u­laire d’été a tout du petit vent frais inespéré. C’est que tout, ici, est « léger ». Aérien même. Con­tin­uer la lec­ture

Du souffle, de l’air et de l’eau. La vie en somme

Un coup de coeur du Carnet

Lau­rence VIELLE, Ouf (livre + CD), Brux­elles, mael­strÖm, 2015, 15 €

Quoi ? Un CD, joint à OUF ? Excel­lente idée ! Nous aurait man­qué quelque chose, sinon. Incon­cev­able, en effet, de « lire » Lau­rence Vielle sans aus­si l’« enten­dre », « sen­tir » sa présence. C’est qu’elle fait par­tie de ces poètes pour qui POÉSIE ≠ TEXTE, pour qui poésie n’est pas qu’une affaire d’écri­t­ure. Pour qui POÉSIE = un TEXTE + un CORPS.
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