Archives par étiquette : gravure

Souffles et lueurs de la nuit

Un coup de cœur du Car­net

François EMMANUEL, Véronique GOOSSENS, Avant que nos corps s’illuminent, Chat polaire, 2026, 60 p., 16 €, ISBN : 978–2‑931028–42‑1

emmanuel avant que nos corps s'illuminentDans l’atelier de Véronique Goossens, dont il appré­cie depuis longtemps les gravures, François Emmanuel décou­vre un jour une série inti­t­ulée Errance et Aubade. Lui vient alors l’envie d’écrire à par­tir d’elle un réc­it poé­tique ; ayant choisi vingt-et-une planch­es, il les range dans un ordre pré­cis, pré­fig­u­rant ain­si le cours du texte dont il entre­prend la rédac­tion. Avec la vig­i­lante éditrice Marie Taffore­au, les images sont recadrées puis repro­duites, la mise en page ajustée, le for­mat accru, aboutis­sant aujourd’hui à ce livre mince et mag­nifique où la vie d’une femme aimante est saisie dans sa pure intéri­or­ité, de l’enfance jusqu’à l’approche de la fin… Les gravures ini­tiales, cepen­dant, n’ont rien de flat­teur ou de char­mant : en noir et blanc sur un fond légère­ment jaune-vert qui les réchauffe à peine, elles présen­tent une allure fan­toma­tique, par­fois même inquié­tante, telles des appari­tions dans la brume. Sauf une excep­tion, chaque image com­porte d’un à trois per­son­nages adultes ou enfants, ici immo­biles et là en mou­ve­ment, alter­na­tive­ment debout, assis ou couchés sur le sol. Par­fois nus, par­fois vêtus, le plus sou­vent mécon­naiss­ables, les corps peu sex­ués élu­dent toute forme de séduc­tion ou d’érotisme. Au con­traire, la fac­ture cré­pus­cu­laire, voire cauchemardesque, sem­blerait se prêter à un drame fan­tas­tique mieux qu’à une rêver­ie amoureuse. Con­tin­uer la lec­ture

Ombre est lumière

Un coup de cœur du Car­net

Pierre DE MÛELENAERE, Thun­der and Light­ing, Total­ism, 2022, 68 p., 22 €, ISBN : 978–2‑87560–163‑6

de muelenaere thunder and lightningLe Cœur des ténèbres de Joseph Con­rad, qui est à l’origine de cet ouvrage graphique, peut être con­sid­éré comme la tra­ver­sée hyp­no­tique du paysage africain le long d’un fleuve qui  est  un ser­pent délové et « coule sans un mur­mure, le long d’une forêt qui ressem­ble à un masque ».

Un tel par­cours, où se ren­con­trent les choses les plus abom­inables de la coloni­sa­tion, s’apparente, selon l’auteur, à une remon­tée vers « le vis­age effroy­able de la vérité » qui ne cesse cepen­dant pas de se dérober. Et l’on com­prend qu’il soit à la fois fasci­nant et éprou­vant de ten­ter de don­ner une forme graphique à ce chem­ine­ment. Ils sont quelques- uns à avoir adap­té le texte de Joseph Con­rad. Reprenant le titre même du roman, Jean- Philippe Stassen,  à l’aide de couleurs sub­tiles et de dégradés de gris, met en évi­dence l’aspect ténébreux du romanci­er ; avec Kon­go, Tom Tira­bosco fait ressen­tir avec ses encres et ses pas­tels la moi­teur de la forêt. Con­tin­uer la lec­ture

Olivier Deprez. Noise gravure et épilepsie du sémiotique

Olivi­er DEPREZ, Wrek not work, Bib­lio­the­ca Wit­tock­iana et FRMK, 2020, 25 €, ISBN : 9782873060047

Paru à l’occasion de l’exposition que la Bib­lio­the­ca Wit­tock­iana con­sacra au pro­jet Wrek mené par Olivi­er Deprez, coédité par cette dernière et les édi­tions FRMK, le cat­a­logue Wrek Not Work (en français et en néer­landais) délivre un voy­age dans l’œuvre gravée d’un artiste qui place la co-créa­tion (avec Adolpho Avril, Jan Baetens…) au cen­tre de ses recherch­es. Son intro­duc­tion de la gravure sur bois dans le monde de la bande dess­inée a révo­lu­tion­né le neu­vième art. Inter­ro­geant les ques­tions de la nar­ra­tion graphique, du statut de l’image, de la représen­ta­tion, Olivi­er Deprez a, depuis sa magis­trale adap­ta­tion du Château de Kaf­ka (édi­tions FRMK) exploré le poten­tiel nar­ratif des images dans un geste qui excède et décon­stru­it la fron­tière entre fig­u­ratif et abstrac­tion. Les sor­tilèges de la lit­téra­ture, la tour de Babel des livres de ce lecteur pas­sion­né mais aus­si les images glanées sur la toile, dans les jour­naux, sous-ten­dent et nour­ris­sent sa démarche. Con­tin­uer la lec­ture

Kikie Crêvecœur, des rencontres gravées dans les pages

Kikie Crêve­coeur entre les pages, textes de Pierre-Jean Foulon, Car­o­line Lamarche et Michel Barzin, pré­face de Géral­dine David, Esper­luète, 2020, 96 p., 22 €, ISBN : 9782359841251

couverture de kikie crevecoeur entre les pages éditions esperlueteKikie Crêvecœur aime les livres et, depuis plus de trente ans, elle dépose ses images entre leurs pages. Il était donc naturel qu’un livre soit con­sacré à cette artiste pas­sion­née par les réso­nances que créent les mots, par les objets qui les véhicu­lent, les hommes et les femmes qui les façon­nent, les por­tent, les font vivre et jouent avec eux. Con­tin­uer la lec­ture

Félix Vallotton sous l’œil de Jean-Philippe Toussaint

Félix Val­lot­ton, intim­ité (s)… et le regard de Jean-Philippe Tou­s­saint, Mar­tin de Halleux, 2019, 80 p., 24 €, ISBN : 978–2‑490393–05‑3

vallotton intimite jean-philippe toussaintDans cette mag­nifique édi­tion de gravures de Félix Val­lot­ton, Jean-Philippe Tou­s­saint part sur les traces du graveur, illus­tra­teur, pein­tre et romanci­er né à Lau­sanne  en 1865,  mort à Paris en 1925. Présen­té par Katia Polet­ti, édité par Mar­tin de Halleux (qui a pub­lié l’œuvre de Masereel), le recueil repro­duit magis­trale­ment la série Intim­ités ain­si que Les instru­ments de musique ou encore La paresse, L’assassinat, La nuit. Célèbre par ses gravures sur bois et ses illus­tra­tions en noir et blanc, Val­lot­ton réin­ven­ta la xylo­gra­phie, joua sur les con­trastes des noirs et des blancs, sans pass­er par le dégradé. Illus­tra­teur pour La revue blanche, il pub­lia en 1898 une série de dix gravures inti­t­ulées Intim­ités dans un tirage lim­ité à 30 exem­plaires. Con­tin­uer la lec­ture

Verhaeren portraituré

Ver­haeren – Bernier. Portret­ten – Por­traits, textes de Gil Amand, Els De Smedt et Rik Hem­mer­i­jckx, Emile Ver­haeren­mu­se­um Sint-Amands et Com­mune de Hon­nelles, 2016, 80 p.

verhaeren-bernierPoète inter­na­tionale­ment renom­mé, Émile Ver­haeren était aus­si grand con­nais­seur en matière de pein­ture. En témoignèrent notam­ment l’ex­po­si­tion « Ver­haeren cri­tique d’art » au Musée d’Or­say (Paris) en 1997, puis au Musée Char­li­er (Brux­elles). Ou, plus récem­ment, « Émile Ver­haeren (1855–1916), Poète et Passeur d’Art », au Musée des Ave­lines de Saint-Cloud. Or, cette pas­sion de l’écrivain lui a valu un juste retour : plusieurs artistes ont fait des por­traits de lui, cer­tains étant con­sid­érés comme des chefs-d’œu­vre. Con­tin­uer la lec­ture