Muriel PIC, Leçons de possession. Les archives de la drogue d’Henri Michaux, Macula, 2025, 235 p., 35 €, ISBN : 9782865891702
L’activité éditoriale consacrée par Henri Michaux au domaine de la drogue couvre dix ans, de 1956 à 1966, au cours desquels parurent Misérable miracle, L’infini turbulent, Paix dans les brisements, Connaissance par les gouffres et Les grandes épreuves de l’esprit. Mais il y a également quelques souvenirs datant de 1983, Par surprise et Le jardin exalté. Autant de titres explicitement signifiants que précèdent au loin une allusion dans Ecuador en 1929 et quelques pages discrètement nommées Ether dans La nuit remue en 1931. Continuer la lecture

En 1925, le Gantois Raymond De Kremer, 38 ans, a déjà publié divers textes dans des périodiques, la plupart en néerlandais, sous le pseudonyme “Jean Ray”. C’est alors que La Renaissance du Livre édite en français – désormais sa langue d’écrivain – son premier volume, Les contes du whisky, recueil de vingt-sept nouvelles étranges parues en revue auparavant, sauf une.
Quand la rédaction du Carnet vous propose de chroniquer la sortie, dans la collection Espace Nord, d’un recueil de Jean Ray, vous êtes partagé entre délice et terreur. Délice parce que perspective d’une lecture délicieuse, plaisir multiplié par les échos de lectures anciennes, nostalgie d’une époque révolue où, étudiant, je tournais, halluciné, les pages de Malpertuis, déjà chez Espace Nord, ou celles des Cercles de l’épouvante et du Grand nocturne, pages qui ne m’ont pas quitté, dont j’ai fréquenté régulièrement les mystères, en témoigne l’état de mes bouquins. Délice aussi parce que quand on est belge francophone et qu’on aime la littérature, on a l’âme caressée du côté de la bibliothèque de savoir qu’une collection patrimoniale fait du si bon travail. Mais terreur, bien entendu, parce qu’on se sent bien petit devant l’ampleur de la tâche.
Pour les férus de fantastique, le nom Malpertuis est, tout comme celui de Ctulhu, synonyme d’épouvante. Chez les amateurs de « Nos Lettres » en général, le titre Malpertuis résonne comme un moment capital de l’histoire littéraire belge et se hisse au rang d’un classique. La définition, attribuée à Mark Twain, de cette catégorie d’ouvrages est connue : « un livre dont tout le monde parle et que personne n’a lu ». Et c’est sans doute le sort réservé depuis sa publication, au mitan de la Seconde Guerre mondiale, à ce roman-monstre, ardu, complexe, unique.
Parmi la constellation surréaliste, Marcel Lecomte (1900–1966) serait à ranger du côté des nébuleuses, tant son œuvre, son apport et sa personnalité demeurent méconnus. En attendant que paraisse la biographie annoncée que lui a consacrée Philippe Dewolf, la cinquante-deuxième livraison de la revue Textyles vient combler quelques vides, avec un ensemble de contributions aussi éclectiques que substantielles.