
Qu’est-ce qu’un beau livre ?
Pour une bibliophilie populaire
Auteur : Jan Baetens
Maison d’édition : Presses universitaires de Liège
Année d’édition : 2026
Nombre de pages : 228
Prix : 23 €
Livre numérique : /
ISBN : 978–2‑87562–510‑6
Voici un essai qui, à plus d’un égard, ne manquera pas de surprendre, voire de déranger. Les mots « beau livre » et « bibliophilie » semblent annoncer une réflexion sur l’amour des éditions originales, des tirages réduits, des reliures soignées, des illustrations artistiques ou encore des dédicaces d’auteur. Certes, l’épithète « populaire » voudrait infléchir le caractère élitiste de cet engouement, mais en l’occurrence elle parait plutôt contradictoire. Quant à l’expression ambigüe « beau livre », elle peut viser aussi bien l’aspect visuel que la qualité littéraire. Bref, associant une question et une intention, le titre de Jan Baetens n’affirme rien, ne promet rien : il se contente d’amorcer une recherche. Paradoxe supplémentaire, le volume est édité par des Presses Universitaires, ce qui suggère une œuvre savante, solidement charpentée, exempte de fantaisie et de subjectivité… Comment manœuvrer devant cet entrelacs de pièges et de défis ? Continuer la lecture


Une énième étude sur le fantastique belge ? Le sujet n’est-il pas rebattu ? Et des spécialistes de la carrure d’un Baronian ne se sont-ils pas assez exprimés sur la question pour qu’on puisse enfin considérer le terrain comme défriché, balisé, connu ? Le spécialiste en comparatisme dans le domaine francophone Bacary Sarr anticipe cette remarque en avertissant d’emblée que son étude ne fera intervenir nul bestiaire à cornes ou à canines et ne convoquera aucun esprit à coup de table tournante. Se démarquant en effet du « fantastique conventionnel », il privilégie celui « qui se fonde sur une perception intérieure particulière de la réalité ».
L’importance et la singularité de la voix poétique du Liégeois François Jacqmin (1929–1992) ont été à maintes reprises
Qu’en est-il de la bande dessinée dite abstraite ? Quels sont ses ressorts historiques, sémiotiques ou formalistes ? Le très beau coffret de deux volumes, Bande dessinée et abstraction, rassemble des contributions et des créations originales qui explorent la grande variété de l’abstraction en bandes dessinées. L’abstraction doit-elle être comprise dans le sens qu’elle a pris dans l’histoire de l’art, en peinture ? Peut-on dire qu’elle définit un tournant moderniste touchant les arts visuels alors que, ab initio, depuis l’origine de l’art, la tendance à l’abstraction est présente ? Les opérateurs identifiant une BD expérimentant l’abstraction varient en fonction des théoriciens : là où Ibn Al Rabin nomme abstraction le non-figuratif, Andreï Molotiu la resserre autour de l’éviction de la narration. Les créations du collectif WREK avec l’artiste-graveur Olivier Deprez, celles de Pascal Leyder, Frank Vega, Berliac, Francie Shaw, Ilan Manouach et bien d’autres jouent la carte de la tension, du dialogue non mimétique avec les textes. L’irruption de quelques planches abstraites dans une BD ou la construction d’œuvres graphiques entièrement soutenues par l’abstraction modifient le « régime scopique du spectateur » (Jacques Dürrenmatt).
« La première valeur essentielle de l’histoire policière réside dans ce qu’elle est la plus ancienne et la seule forme de littérature populaire où est exprimée un tant soit peu la poésie de la vie moderne ». Cette phrase, écrite par le romancier G.K. Chesterton, date de 1901… À l’époque, il se trouvait bien peu de critiques pour s’aventurer à penser et à théoriser le genre littéraire emblématique de la culture de masse, par définition trivial. Et qui aurait pu imaginer que le thriller, en plus de déborder sur les terrains du social, de l’idéologique, de la morale, pourrait jamais acquérir une dimension métaphysique ?
Jacques Dubois, professeur émérite à l’Université de Liège, homme de culture et de littérature, a réuni autour de lui une belle équipe de chercheur.e.s pour traverser, de Marcel Proust à Emmanuel Carrère, la littérature française des vingtième et (déjà) vingt-et-unième siècles autour d’un double thème, particulièrement fécond : l’érotique et le politique. Deux termes qu’on préférera à ceux du titre, Sexe et pouvoir, car si ceux-ci sont plus racoleurs (pornographiques), ils s’avèrent moins riches d’ouvertures, de dialectiques, de jeux, de possibilités romanesques (donc critiques).