Un coup de cœur du Carnet
Florence RICHTER et François OST (dir.), La tribu Bodart-Richter. Entre écologie et poésie, AML Éditions, coll. “Archives du futur”, 2023, 292 p., 28 € / ePub : 14,99 €, ISBN : 9782871680956
Événement dans le catalogue de AML Éditions, l’ouvrage consacré à la famille d’écrivains Bodart-Richter l’est à plus d’un titre. Tout d’abord parce que, publié dans la collection « Archives du Futur » des Archives et Musée de la Littérature, ce volume se place sous le signe d’une œuvre plurielle, multiple, celles du poète et essayiste Roger Bodart, de la romancière, dramaturge et essayiste Marie-Thérèse Bodart, de la nouvelliste et essayiste Anne Richter et de l’écrivaine Florence Richter. Ensuite, parce que le panel des riches contributions (Jean-Claude Vantroyen, François Ost, Manon Houtart, Saskia Bursens, Yves Namur, Éric Brogniet, Florence Huybrechts, Pascale Toussaint, Christopher Gérard, Isabelle Moreels, Patrick Bergeron, Florence Richter, sans oublier l’introduction signée par Laurence Boudart et Florence Huybrechts) se rassemble autour des lignes de convergence entre l’œuvre de l’un et des autres, à savoir le nouage intime entre écologie et écriture. Continuer la lecture
Tout commence par une guerre très semblable à celle qui nous hante encore : cet interminable conflit qui a traversé presque tout le 20e siècle, coupant l’Histoire en deux parties inégales, et qui continue à alimenter les idéologies totalitaires, les fantasmes et les remords. Mais cette guerre de 1914–1945 est abordée ici sous l’angle de l’épopée, où s’affrontent les belligérants à l’onomastique inconnue, et où les principaux compagnons d’armes du héros sont évoqués comme des personnages homériques, y compris dans leurs qualificatifs flamboyants. 
Au début des années 70, Georges Simenon dictait à son magnétophone l’un des textes les plus bouleversants de sa vie d’écrivain, la Lettre à ma mère. Deux ans après le décès de Henriette Brüll, le créateur de Maigret se mettait à interroger le néant, sans doute parce que la formulation des questions à l’adresse de cette femme, ô combien déterminante dans sa destinée, lui importait davantage que les réponses qu’il attendit de sa part, en vain, de son vivant.
Le flâneur est au touriste ce que le gourmet est au gourmand ; le premier hume, zyeute, s’attarde, peaufine ses sensations et s’en laisse investir, savoure le basculement magique du temps devenant espace ; le second engloutit kilos et kilomètres, et bâfreur, et pressé, le voilà frappé d’agueusie à force de vouloir tout goûter, de cécité pour avoir trop vu. On peut bouffer, bien et beaucoup, à Bruxelles, mais attention, on ne peut pas bouffer Bruxelles. Cette ville de tous les excès, qui suinte la gueuze au bord des verres, la graisse des volcans de stoemp et les remembrances d’une Senne enfouie, est aussi celle de tous les raffinements, à qui saura (oui, « saura » et pas « pourra », n’en déplaise aux fransquillons à deux balleke) les débusquer. 
