Archives par étiquette : Luc Dellisse (auteur de la recension)

Rentrée d’hiver 2026 : en route vers la Foire du livre

RL hiver 2026 visu

« Ren­trée lit­téraire » désigne tra­di­tion­nelle­ment la péri­ode d’effervescence édi­to­ri­ale qui s’étend de fin aout à début novem­bre. C’est à ce moment que parais­sent les livres en lesquels les maisons d’édition (parisi­ennes) voient de pos­si­bles can­di­dats aux Goncourt, Renau­dot et autre Fem­i­na. Depuis plusieurs années, toute­fois, le cal­en­dri­er édi­to­r­i­al con­nait un autre temps fort, en jan­vi­er-févri­er. Les sor­ties sont nom­breuses et les livres qui parais­sent à ce moment-là sont aus­si de ceux sur lesquels les édi­teurs mis­ent par­ti­c­ulière­ment. On par­le donc désor­mais aus­si d’une ren­trée lit­téraire d’hiver. Con­tin­uer la lec­ture

Le Top 2024 de Luc Dellisse

Le Car­net et les Instants revis­ite l’année lit­téraire 2024 avec le Top 3 de ses chroniqueurs et chroniqueuses. Aujourd’hui : la sélec­tion de Luc Del­lisse. Con­tin­uer la lec­ture

Le Top 2023 de Luc Dellisse

Le Car­net et les Instants revis­ite l’année lit­téraire 2023 avec le Top 3 de ses chroniqueurs et chroniqueuses. La sélec­tion de Luc Del­lisse. Con­tin­uer la lec­ture

Le labyrinthe transparent

Thier­ry HORGUELIN, Ma vie d’espion, L’oie de Cra­van, 2023, 80 p., 14 €, ISBN : 9782924652510

horguelin ma vie d'espionDe nos jours la sto­ry, l’intrigue, passe pour être l’essence d’un roman. Le rôle d’un romanci­er serait de racon­ter une bonne his­toire avec des mots suff­isam­ment évo­ca­teurs pour qu’un film con­tinu se déroule dans l’esprit du lecteur, tan­dis qu’il tourne les pages et que l’histoire, bonne ou mau­vaise, se sub­stitue à sa con­science de dormeur éveil­lé. Con­tin­uer la lec­ture

Le Top 3 de Luc Dellisse

Le Car­net et les Instants revis­ite l’année lit­téraire 2021 avec le Top 3 de ses chroniqueurs et chroniqueuses. La sélec­tion de Luc Del­lisse. Con­tin­uer la lec­ture

Dans la maison vide

Jan BAETENS, Après, depuis, Impres­sions nou­velles, 2021, 96 p., 12 €, ISBN : 978–2‑87449–879‑4

baetens apres depuisLes poètes ne man­quent pas, dans ce pays sans étoiles. Mais tous n’ont pas le même pou­voir d’évocation. Il ne suf­fit pas de met­tre en musique une expéri­ence ou un sou­venir. Il faut d’abord les réin­ven­ter, pour faire sur­gir leur car­ac­tère unique et irrem­plaçable. Cette règle est la con­di­tion même de la poésie. Con­tin­uer la lec­ture

Le destin est un jeu

Armel JOB, Sa dernière chance, Robert Laf­font, 2021, 330 p., 20 € / ePub : 13.99 €, ISBN : 9782221251539

job sa derniere chanceLes romans véri­ta­bles sont plus rares qu’on ne croit. La plu­part des ouvrages qu’on pub­lie sous ce nom sont des abus de lan­gage. Il faut chang­er le sens des mots pour admet­tre qu’un réc­it sans intrigues con­stru­ites, sans per­son­nages autonomes, sans milieu iden­ti­fi­able, sans évo­lu­tion des con­duites et des sit­u­a­tions, appar­tient pour­tant à la famille romanesque. On en viendrait à oubli­er l’incroyable lib­erté de l’invention nar­ra­tive, le qui-perd-gagne d’une tra­jec­toire fic­tive qui jusqu’au dernier moment, peut s’accomplir ou se bris­er. On fini­rait par croire que n’importe quelle forme d’écriture faisant sa part à l’imaginaire peut bien être, après tout, roman. Con­tin­uer la lec­ture

Jacques De Decker sur le devant de la scène

Jacques DE DECKER, Théâtre, Édi­tion établie et présen­tée par Paul Emond, Académie royale de langue et de lit­téra­ture français­es, 2020, 432 p., 20 €, ISBN : 9–782803-200559

de decker theatre

Une œuvre ne se laisse pas réduire à l’effet immé­di­at qu’elle a pro­duit lors de sa pre­mière appari­tion : ni dans l’espace soci­ologique, ni dans la mémoire de ceux qui l’ont côtoyée. Il faut y ajouter la lumière qui naît d’une entre­prise créa­trice quand elle échappe aux cir­con­stances orig­inelles et qu’elle entre dans la durée. S’agissant de Jacques De Deck­er, se sou­venir de son tal­ent de chroniqueur, de romanci­er, de débat­teur – et d’incomparable ami pour ceux qui ont pu jouir de sa fréquen­ta­tion régulière – ne suf­fit pas. On risque de man­quer le cœur du per­son­nage, le cen­tre de sa pen­sée, et de rester aveu­gle à l’essentiel. Con­tin­uer la lec­ture

Comment ne pas être ferenczien ?

Un coup de cœur du Car­net

Benoît PEETERS, San­dor Fer­enczi. L’enfant ter­ri­ble de la psy­ch­analyse, Flam­mar­i­on, 2020, 384 p, 23,90 € / ePub : 14.99 €, ISBN : 978–2‑08–134727‑4

benoit peeters sandor ferenczi l'enfant terrible de la psychanalyse flammarion1. Enfant ter­ri­ble de la psy­ch­analyse : l’expression qui four­nit le sous-titre de l’ouvrage est révéla­trice. Dès qu’on s’intéresse à lui, Fer­enczi frappe par son sérieux, sa sagesse, sa pro­fondeur, ses scrupules. Il est vrai­ment le con­traire d’un fan­tai­siste ou d’un provo­ca­teur. S’il peut être qual­i­fié d’enfant ter­ri­ble, c’est à cause de son aura de dis­si­dence. Ce terme a servi, on le sait, à réprimer la lib­erté de pen­sée et le juge­ment cri­tique, en Union sovié­tique. Il garde tout son pou­voir réduc­teur encore aujourd’hui. Ain­si le nom de Fer­enczi, en 2020, reste mécon­nu et même occulté. Ce n’est pas que l’idéologie con­tem­po­raine ait vrai­ment cher­ché à étouf­fer ce nom. C’est qu’il nous parvient à tra­vers un brouil­lage des cartes ana­logue aux per­tur­ba­tions hertzi­ennes qui visaient à entraver les émis­sions de radio Lon­dres. Con­tin­uer la lec­ture

Plus vrai que le vrai

Christo­pher GÉRARD, Maugis, Pierre-Guil­laume de Roux, 2020, 256 p. 18 €, ISBN : 978–2‑36371–338‑4

christopher gerard maugis couvertureTout com­mence par une guerre très sem­blable à celle qui nous hante encore : cet inter­minable con­flit qui a tra­ver­sé presque tout le 20e siè­cle, coupant l’Histoire en deux par­ties iné­gales, et qui con­tin­ue à ali­menter les idéolo­gies total­i­taires, les fan­tasmes et les remords. Mais cette guerre de 1914–1945 est abor­dée ici sous l’angle de l’épopée, où s’affrontent les bel­ligérants à l’onomastique incon­nue, et où les prin­ci­paux com­pagnons d’armes du héros sont évo­qués comme des per­son­nages homériques, y com­pris dans leurs qual­i­fi­cat­ifs flam­boy­ants. Con­tin­uer la lec­ture

Face à face avec l’autre

Paul EMOND, Quar­ante-neuf têtes dans le miroir, Tail­lis pré, 2020, 170 p., 18 €, ISBN : 9782874501609

1. Paul Emond revient à la fic­tion nar­ra­tive avec des moyens nou­veaux et un pou­voir évo­ca­toire plus aigu que jamais. On ne se remet pas si facile­ment de la lec­ture de ce monde en facettes, qu’il évoque comme une suite d’éclairs.

2. Son livre a l’apparence d’un recueil de quar­ante-neuf réc­its courts, vari­a­tions sur l’autonomie de notre reflet dans la glace. Ces réc­its ne pro­posent pas une intrigue psy­chologique con­tin­ue. Ce ne sont pas non plus des fables. L’essence d’une his­toire com­plète y est chaque fois con­tenue, avec une grande force sug­ges­tive. Mais ils vont à l’essentiel, par flash­es rapi­des, sans per­dre de temps en faux événe­ments extérieurs. Tout ce qui y est rap­porté est fidèle à l’émotion des pre­mières fois. Con­tin­uer la lec­ture

Le grand jeu de lire

Daniel SIMON, Posi­tions pour la lec­ture. Prom­e­nades lec­tures-écri­t­ures-ate­liers, Couleur livres, 2019, 140 p., 14 €, ISBN : 978–2‑87003–901‑4

Bien rares sont les auteurs qui sor­tent tout armés de leur écri­t­ure pre­mière. La plu­part tour­nent en rond inter­minable­ment. Ils effectuent des rites de pas­sages, sac­ri­fient aux idol­es du jour, et suiv­ent des pistes qui débouchent sur des sources taries. Soit qu’ils croient que la lit­téra­ture est de la musique, soient qu’ils pensent qu’elle est un témoignage vécu, ils n’échappent pas aux apparences, c’est-à-dire à la répéti­tion.

Il est pour­tant tout sim­ple de remar­quer que la lit­téra­ture est une vision, soutenue par une langue intime, et hap­pée par l’amour de la vérité. Pour en faire l’expérience per­son­nelle, il suf­fit d’explorer quelques-unes de ces îles au tré­sor qu’on appelle les chefs d’œuvre. Con­tin­uer la lec­ture

L’espace en regardant devant soi

Jan BAETENS, Ici, mais plus main­tenant, pho­togra­phies de Milan Chlum­sky, Impres­sions nou­velles, 2019, 112 p., 12 €, ISBN : 978–2‑87449–686‑8

Une des fonc­tions de la poésie est de trou­ver le point d’intensité des choses.

La force minérale du monde, et la vivac­ité frag­ile des images et des mots, con­stituent un seul et com­plexe champ d’investigation.

Le méti­er unique de Jan Baetens, sa pas­sion et son orig­i­nal­ité fon­cière, con­sis­tent à capter et à refléter la diver­sité irré­sistible du monde dans de petits miroirs solaires, des post-it mag­né­tiques, qu’il dis­pose un par un autour de lui, avec une sci­ence d’abeille fouis­seuse.

Con­tin­uer la lec­ture