Un coup de cœur du Carnet
Benoît PEETERS, Sandor Ferenczi. L’enfant terrible de la psychanalyse, Flammarion, 2020, 384 p, 23,90 € / ePub : 14.99 €, ISBN : 978–2‑08–134727‑4
1. Enfant terrible de la psychanalyse : l’expression qui fournit le sous-titre de l’ouvrage est révélatrice. Dès qu’on s’intéresse à lui, Ferenczi frappe par son sérieux, sa sagesse, sa profondeur, ses scrupules. Il est vraiment le contraire d’un fantaisiste ou d’un provocateur. S’il peut être qualifié d’enfant terrible, c’est à cause de son aura de dissidence. Ce terme a servi, on le sait, à réprimer la liberté de pensée et le jugement critique, en Union soviétique. Il garde tout son pouvoir réducteur encore aujourd’hui. Ainsi le nom de Ferenczi, en 2020, reste méconnu et même occulté. Ce n’est pas que l’idéologie contemporaine ait vraiment cherché à étouffer ce nom. C’est qu’il nous parvient à travers un brouillage des cartes analogue aux perturbations hertziennes qui visaient à entraver les émissions de radio Londres. Continuer la lecture
Lutin génial des Lettres belges, auteur de romans, de recueils poétiques qui font souffler un vent neuf sur les territoires du verbe (Mentir, Les morts sentent bon, Marin mon cœur, En vie, Fou trop poli, Fraudeur, Mongolie, plaine sale, Flânant…), Eugène Savitzskaya taille les mots comme un cueilleur, un oiseau afin de les ouvrir à la pâte des sensations. Livre fondateur paru en 1980 chez Christian Bourgois, Les couleurs de boucherie est réédité chez Flammarion (coll. « Poésie » d’Yves di Manno), précédé de l’envoûtant recueil poétique L’empire (L’atelier de l’agneau, 1976). Buissonnant la langue, ces deux textes la tordent vers l’organique, vers les pulsations de l’animal et du végétal. Faisant sauter tant que faire se peut la barrière entre mots et choses, Savitzkaya conte l’épopée des corps, des sueurs, des abominations et éblouissements de l’enfance. Cessant d’être un âge, l’enfance devient une catégorie de l’expérience.
Adolescent, Charly Delwart avait pris l’habitude de faire des référendums auprès de ses amis pour l’aider à résoudre les questions existentielles dont il trouvait difficilement les réponses, comme savoir s’il devait quitter ou non sa petite amie, quelles études il allait suivre… « Ça s’est poursuivi jusqu’à mes vingt-huit ans. Dix années personnellement collectives ». La démarche de Databiographie est même et autre. Pour répondre à toutes les questions qu’il se pose – et elles sont nombreuses, ces questions ; « J’ai question à tout », dit-il – sur son identité, sa personnalité, son individualité, il a décidé de se servir de données (datas) collectives ou personnelles, d’en faire des graphiques et de les illustrer par des commentaires, des souvenirs, des réflexions, des histoires communes – des faits divers.
Au début des années 1960, Andreï Voronov quitte sa Pologne natale avec son père et atterrit dans un petit quartier de province appelé le Vhan, refuge pour les « miséreux » provenant de différents pays. Traité de « pouilleux » et de « pestiféré » par les enfants de son âge, Andreï ne s’épanouit pas à l’école. Son père décide alors de le former aux différents métiers de la construction. Il entre sur son premier chantier à qinze ans et bénéficie rapidement d’une excellente réputation. C’est qu’il travaille bien et se contente d’un maigre salaire. 


Sous quelle forme aborder certains textes du patrimoine théâtral avec les enfants ? Que montrer lorsqu’il s’agit de tragédies dont ils ne sont au départ guère le public cible, mais qu’il faudra néanmoins illustrer ? Au sein des éditions Père Castor, en matière d’adaptations, on peut se fier sans sourciller au duo formé par le poète et romancier montois Pierre Coran et l’illustratrice Charlotte Gastaut. En 2015, ils s’étaient déjà tous deux attaqués, pour la même maison d’édition, à l’opéra de Mozart avec un livret de Schikaneder : La Flûte enchantée, autre récit où l’amour se voit contrarié. En 2008, pour Gautier-Languereau, c’est une histoire originale de Pierre Coran qui les avait réunis : Le Prince Hibou. Une façon de poser les bases de leur penchant commun pour les contes et le merveilleux grâce à une fantaisie où un château de gruyère dévoré par les rongeurs ne pourrait trouver de salut que grâce à l’intervention d’un rapace nocturne, pour peu qu’une princesse passe avec lui un marché nuptial.
Rien d’étonnant à ce que l’on trouve mention sur le