Archives par étiquette : prose

L’étrangeté et le surgissement

Aliénor DEBROCQ, Philippe MAILLEUX, Lisières, ONLIT, 2021, 12 €, ISBN : 978–2‑87560–137‑7

debrocq mailleux lisiereQue dire des pho­togra­phies de Philippe Mailleux ? Ou plutôt, que provo­quent-elles en nous ? C’est l’exercice au départ douloureux auquel Aliénor Debrocq, final­iste du prix Rossel 2020, se livre dans Lisières, ouvrage co-signé par le pho­tographe et l’autrice.

Sur les pho­togra­phies (à la fin de l’ouvrage), des lisières, juste­ment : sou­vent des lisières de cimetières ou de forêts, et l’horizon, échap­pé der­rière un mur ou zébré de la sil­hou­ette des arbres. Aucune trace de vie, en revanche, et c’est là tout le drame que ren­con­tre Aliénor Debrocq. Essayant d’en dire quelque chose, l’autrice tâtonne au point de plac­er le pre­mier chapitre de l’opuscule sous le sceau de l’étrangeté (à l’autre et à la démarche de Philippe Mailleux en par­ti­c­uli­er) : Con­tin­uer la lec­ture

Pour saluer Vandromme

Un coup de coeur du Carnet

Pol VANDROMME, Une indif­férence de rébel­lion, Paris, Pierre-Guil­laume de Roux, 200 p., 23 €

Dans une inter­view pour La Presse lit­téraire parue début 2008, Pol Van­dromme répondait, laconique, à une ques­tion que je lui posais sur l’identité wal­lonne : « Je suis Belge par humil­ité et j’entends bien le rester. Vu mon âge, et ce qu’est déjà l’état du monde, le reste m’est indif­férent. Une indif­férence de rébel­lion. » C’est apparem­ment cette for­mule qu’il retint comme titre de l’ensemble qui con­stituerait son dernier recueil d’articles cri­tiques. Con­tin­uer la lec­ture

Jacques Calonne, l’insaisissable noctuelle

Un coup de coeur du Carnet
Pierre MALHERBE

calonne_malherbeOut­re une déli­cate pièce pour piano de Mau­rice Rav­el, dédiée à Léon-Paul Far­gue, il existe une myr­i­ade de noctuelles, près de vingt-cinq mille espèces à la sur­face de la terre, sem­ble-t-il, et qu’on appelle un peu plus anonymement des papil­lons de nuit. Les che­nilles de noctuelles sont la ter­reur des agricul­teurs et des pas­sion­nés des jardins, car, polyphages, elles se nour­ris­sent de tout ce qui leur passe sous le nez, et unique­ment la nuit bien sûr – la journée, elles digèrent leur fes­tin et se reposent avec non­cha­lance. Jacques Calonne, né en 1930 à Mons, fait par­tie de cette grande famille des noctuelles, à ceci près qu’il n’est la ter­reur de per­son­ne ayant les doigts verts. Con­tin­uer la lec­ture

Interdit aux simples mortels

Daniel FANO, Ne vous inquiétez plus c’est la guerre, Les Car­nets du Dessert de Lune, 85 p., 12 €

fano_saenen« Encour­agé par Joyce Man­sour, Hen­ri Michaux et Dominique de Roux »… Décou­vrir le triple patron­age qui prési­da aux des­tinées lit­téraires de Daniel Fano per­met de mieux s’orienter dans l’œuvre atyp­ique qu’il pour­suit depuis 1966. Entre le sur­réal­isme des deux pre­miers et l’immédiateté revendiquée par le troisième, Fano a su se trac­er une voie et se tailler une voix, afin de tenir la chronique d’un monde per­tur­bé : le nôtre. Cha­cune de ses pages réver­bère l’image d’un plurivers angois­sé, frag­men­té à l’extrême, où le règne tri­om­phal des apparences taille la part belle à la pénible survie du réel. Con­tin­uer la lec­ture

Des touches blanches, des touches noires

Anne LETORÉ & Françoise LISON-LEROY, Tabliers et mail­lots de bain, illus­tré par Emil­ia Jeanne, Mer­lin, Les déje­uners sur l’herbe, 2014, 85 p., 20 €

letoréLes touch­es d’un piano con­trastent en effet par leur couleur, mais prob­a­ble­ment moins, à pre­mière vue, que des Tabliers et mail­lots de bain. Alors que ceux-ci évo­quent des tenues, mais aus­si les occu­pa­tions qu’elles impliquent, les rôles, les fonc­tions pour tout dire, peu com­pat­i­bles, les touch­es de l’instrument s’entendent en toute har­monie, que ce soit en majeur ou en mineur. Les textes qui com­posent le recueil d’Anne Létoré et de Françoise Lison-Leroy réson­nent en alter­nance, mais s’accordent eux aus­si. À ce point qu’il est dif­fi­cile d’en attribuer la (m)aternité, tan­tôt en vers, tan­tôt en prose, à l’une ou à l’autre des auteures, avec cer­ti­tude, tant la cohé­sion est forte.

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