D’hier à aujourd’hui
Le roman historique en Belgique

roman historique

Ill. Pix­abay

Le roman his­torique appa­raît très tôt dans l’histoire des Let­tres belges, répon­dant, dans un pre­mier temps, à une réelle néces­sité. Il n’a cessé de se trans­former et aujourd’hui encore il occupe une place sig­ni­fica­tive dans la pro­duc­tion lit­téraire. Les enjeux en sont cepen­dant dif­férents. Quelles sont les grandes lignes de l’évolution de ce type de roman ? Quelles car­ac­téris­tiques parta­gent les pub­li­ca­tions con­tem­po­raines ?

La lit­téra­ture s’est régulière­ment inspirée des péri­odes passées. Que l’on pense, en France, à La princesse de Clèves ou aux tragédies de Racine. Cepen­dant l’Histoire n’est là qu’un cadre dans lequel s’expriment des pas­sions qui ne sont pas pro­pres à l’époque.

Les événe­ments qui boule­versent l’Europe du début du 19e siè­cle sus­ci­tent une mon­tée des nation­al­ismes. L’exaltation de l’identité nationale devient un thème essen­tiel dans la vie cul­turelle et poli­tique des puis­sances en train de se con­stituer. Se développe alors un genre lit­téraire nou­veau, le roman his­torique, réc­it fic­tif qui intè­gre à sa trame nar­ra­tive une dimen­sion his­torique, décrivant une époque antérieure que l’écrivain n’a pas vécue. L’Histoire n’y est plus un sim­ple cadre, mais devient la matière même du réc­it. En out­re, la dimen­sion col­lec­tive, et non plus indi­vidu­elle, est main­tenant cen­trale. Le peu­ple est mis au pre­mier plan, con­fron­té aux soubre­sauts de l’Histoire. L’individualisation des per­son­nages se fait dans ce cadre col­lec­tif.

Face à l’histoire qui devient peu à peu une sci­ence, dévelop­pant des méth­odes d’investigation, d’analyse et de com­mu­ni­ca­tion plus rigoureuses, le roman his­torique va insuf­fler à cette matière une part d’imaginaire, de la couleur locale, un par­fum de passé, ain­si qu’une trame nar­ra­tive ; d’une cer­taine façon, il représente la part non sci­en­tifique de l’histoire. Dans cet esprit, il est très proche du roman d’aventures, et nom­bre d’œuvres ressor­tis­sent aux deux esthé­tiques.

Ce nou­veau genre témoigne d’un attrait pour le passé, dont les raisons peu­vent être mul­ti­ples, entre autres celle de faire con­naître les grandes heures qui fondent le réc­it nation­al. Il s’agit de jouer entre la réal­ité his­torique, que la sci­ence his­torique recon­stitue, et la créa­tion d’une fic­tion romanesque où s’exprime la lib­erté d’invention de l’auteur. Il y a donc une con­trainte référen­tielle forte, à respecter jusqu’à un cer­tain point, sauf à bas­culer vers une autre forme d’expression lit­téraire. Ain­si, la fig­ure d’un per­son­nage ayant réelle­ment existé est impor­tante pour crédi­bilis­er le réc­it, mais en même temps fort embar­ras­sante car elle lim­ite l’invention. Les romans vont donc se cen­tr­er sur la fig­ure de ce que l’on a appelé le « héros moyen », représen­tatif du peu­ple dont il est issu mais aus­si pourvu de plus grandes qual­ités que les par­fois pâles per­son­nal­ités du passé, qual­ités qui sont alors présen­tées comme les car­ac­téris­tiques de l’âme nationale. Pour le roman his­torique, la ques­tion du rap­port entre le réel et le fic­tif se pose de façon plus aiguë que dans les autres formes romanesques et va rester cen­trale dans les pro­duc­tions con­tem­po­raines.

Se pose aus­si la ques­tion de l’anachronisme. Il est par­fois volon­taire et doit être com­pris en fonc­tion du sens que l’auteur veut don­ner à son réc­it, par exem­ple lorsqu’il insère une réflex­ion sur l’évolution de tel ou tel élé­ment his­torique qu’il décrit. Peut-être dis­cutable quant à la cohérence de la pro­gres­sion nar­ra­tive, il est accept­able. Autrement gênants sans doute sont les anachro­nismes involon­taires qui peu­vent cass­er l’illusion référen­tielle : ain­si, par­ler d’une atti­tude inquisi­to­ri­ale dans un roman se déroulant au Moyen Âge.

charles de coster

Charles de Coster, con­sid­éré comme le fon­da­teur des Let­tres belges.

La néces­sité d’un réc­it nation­al se man­i­feste par­ti­c­ulière­ment en Bel­gique. L’indépendance encore récente et le car­ac­tère com­pos­ite du pays le ren­dent frag­ile. Il s’agit donc de légitimer son exis­tence autant à l’extérieur qu’à l’intérieur des fron­tières. Les autorités publiques vont encour­ager l’écriture d’œuvres qui illus­trent l’histoire passée des provinces belges. Ne dit-on pas alors que la preuve de l’existence de la nation pour­rait se faire par la preuve lit­téraire ? C’est là le but de Hen­ri Moke avec Les gueux de mer, ou la Bel­gique sous le duc d’Albe (1827) et Les gueux des bois ou les patri­otes belges de 1599 (1828). La légende d’Ulenspiegel (1867) de Charles De Coster, que l’on con­sid­ère comme le texte fon­da­teur des Let­tres belges, répond aus­si par­faite­ment à cette attente. De Coster imag­ine les orig­ines du sen­ti­ment belge dans la lutte con­tre l’occupant espag­nol trois siè­cles plus tôt. Au 19e siè­cle, la val­ori­sa­tion de l’image de la Bel­gique passe par l’accentuation de car­ac­tères fla­mands ; cette con­cep­tion va per­dur­er chez cer­tains auteurs du 20e siè­cle. On pense ain­si à Jan Van Dorp et son Fla­mands des vagues (1948), roman his­torique mais aus­si grand roman d’aventures.

rosny aine la guerre du feu

Sans références au con­texte nation­al, Joseph-Hen­ry Ros­ny reprend l’idée d’évolution et l’applique au domaine social. Il spécule sur l’origine de l’humanité et imag­ine que des espèces d’humains ont réus­si à s’adapter mieux que d’autres et à évin­cer les plus faibles ou les plus inaptes, La guerre du feu (1911) et L’étonnant voy­age d’Hareton Iron­cas­tle (1922) où il con­fronte les humains à d’autres créa­tures et formes d’existence.

Les mutations depuis 1950

Dans la sec­onde moitié du 20e siè­cle, le roman his­torique se trans­forme, à la suite du trau­ma­tisme qu’ont engen­dré la Sec­onde guerre mon­di­ale et l’Holocauste. Le con­flit est directe­ment représen­té dans de nom­breux romans, que nous n’étudierons cepen­dant pas dans ce dossier.

francis walder

Fran­cis Walder

Ce trau­ma­tisme de la guerre appa­raît sig­ni­fica­tive­ment de façon indi­recte dans le livre d’un mil­i­taire et diplo­mate, Fran­cis Walder, Saint Ger­main ou la négo­ci­a­tion, couron­né par le prix Goncourt en 1958. Il décrit la par­tie diplo­ma­tique com­plexe entre catholiques et huguenots en France en 1570. Un des moments clés du réc­it est cer­taine­ment celui où, les dis­cus­sions étant dans l’impasse et les risques de guerre fort grands, un des négo­ci­a­teurs évoque les cru­elles réal­ités des com­bats. Les négo­ci­a­tions pour une con­clu­sion raisonnable repren­nent aus­sitôt.

S’il n’y a plus aujourd’hui de séries pop­u­laires comme au 19e siè­cle, cer­tains romanciers utilisent des thèmes et des tech­niques nar­ra­tives proches de l’esprit de la lit­téra­ture pop­u­laire. Ain­si, les idées de com­plot ou de société secrète, inter­na­tionaux ou tra­ver­sant les siè­cles, sont sou­vent représen­tées dans des romans où se mélan­gent plusieurs épo­ques.

La diver­sité réside main­tenant davan­tage dans les vari­a­tions de la forme nar­ra­tive, pro­posant des change­ments de focal­i­sa­tion ou des con­struc­tions com­plex­es du réc­it. Les références lit­téraires, ou des clins d’œil à des textes anciens, sont fréquentes. Les manières de faire changent : un critère comme la dimen­sion col­lec­tive n’est plus aus­si déter­mi­nant. Le des­tin per­son­nel, même déter­miné par le col­lec­tif, a ten­dance à pren­dre le dessus.

Comprendre

La néces­sité d’un réc­it nation­al ayant dis­paru, reste l’attrait pour le passé, cen­sé apporter peut-être des répons­es aux inter­ro­ga­tions du présent. Le roman his­torique peut devenir un moyen de met­tre en garde face à des dérives qu’un auteur pressent et qu’il choisit de mon­tr­er par des exem­ples tirés de l’Histoire.

Ain­si, Jean-Pierre Bours qui, dans Indul­gences (2014) et Ten­ta­tions (2018), affirme crain­dre cer­taines évo­lu­tions de la sci­ence con­tem­po­raine. Pour les dénon­cer, il reprend le per­son­nage de Faust, image du rap­port dif­fi­cile du savoir, de la sci­ence, de l’éthique et du pou­voir. « Le doc­teur Johan Faust a d’emblée été mon con­tem­po­rain. Com­bi­en de sci­en­tifiques n’ont-ils pas été ten­tés un jour de franchir les lim­ites de l’éthique et de pactis­er avec des forces dont rien n’assurait qu’ils pussent les maîtris­er ! »

Le but que se donne Daniel Charneux dans Si près de l’aurore (2018), situé au 16e siè­cle, est d’empêcher que le sou­venir des per­son­nages his­toriques qu’il suit, de ces « pièces d’ivoire et d’ébène », ne s’efface. Il veut seule­ment en assur­er « la frag­ile péren­nité, avant que dis­paraisse toute trace de l’espèce humaine », sans idée d’en tir­er des con­clu­sions pour aujourd’hui.

Dans Kas­par Hauser ou la phrase préférée du vent (2007), Véronique Bergen s’implique en tant qu’autrice dans son roman. Le chapitre « Voix du nar­ra­teur » racon­te les cir­con­stances qui l’ont con­duite à entre­pren­dre sa démarche. Elle est choquée par la vio­lence faite à Kas­par Hauser : décou­vert sur une place de marché en 1828, empris­on­né puis mis sous tutelle, ce qu’il avait à dire n’a jamais vrai­ment été écouté. La néga­tion dont il est l’objet pose des ques­tions philosophiques essen­tielles : celle de l’origine et celle du lan­gage, entre autres. Bergen revendique donc pour elle le droit, dans l’esprit de ren­dre jus­tice et par une déci­sion de nature poli­tique, de faire enten­dre la voix de Kas­par Hauser, en dehors de toutes les spécu­la­tions sur son iden­tité réelle. Elle s’écarte résol­u­ment des stéréo­types que la per­son­nal­ité de celui-ci a pu sus­citer.

À l’inverse, Jean Claude Bologne ne jus­ti­fie pas sa démarche. Le frère à la bague (2006) racon­te avec beau­coup de pré­ci­sion la vie d’Armand Arou­et, le frère de Voltaire. Le lecteur peut tir­er ses pro­pres enseigne­ments et con­clu­sions du roman, mais l’auteur ne les sug­gère pas.

L’Histoire et sa réalité

La référence à un con­texte his­torique déter­miné implique que le roman doit assumer un aspect didac­tique et ency­clopédique. Même si l’auteur sup­pose des lecteurs rel­a­tive­ment infor­més, il ne sélec­tionne dans la matière his­torique que cer­tains élé­ments qui lui sem­blent per­ti­nents par rap­port à son pro­jet et à son intrigue. Il lui faut donc décrire ce qu’il veut ren­dre sen­si­ble, tout en veil­lant à ne pas con­fon­dre élé­ments réels et élé­ments fic­tifs. Les répons­es à cette prob­lé­ma­tique sont var­iées.

Cer­tains choi­sis­sent de ne rien indi­quer quant à la vérac­ité de leurs affir­ma­tions. C’est le cas de Xavier Han­otte. Dans ses romans cen­trés sur la guerre de 14–18 (Der­rière la colline, 2000, et Les lieux com­muns, 2002), les descrip­tions cor­re­spon­dent tou­jours à la réal­ité his­torique. Au sein des textes, il n’insiste cepen­dant jamais sur le fait de cette exac­ti­tude, et cela con­tribue grande­ment à la crédi­bil­ité et à la vraisem­blance de son réc­it. Sans doute, le fait de ne met­tre en scène que des per­son­nages dont l’historiographie est peu dévelop­pée (mal­gré tout le respect que l’on porte à Wil­fred Owen) ou des héros imag­i­naires lui per­met cette rigueur sans qu’il soit néces­saire de la sig­ni­fi­er.

Cepen­dant, la plu­part des romanciers éprou­vent la néces­sité de jus­ti­fi­er le rap­port qu’ils étab­lis­sent entre le réel et le fic­tif, se sen­tant tenus par un besoin d’écrire vrai et con­traints de prou­ver leurs asser­tions. Cer­tains usent des ressources d’un dis­cours d’accompagnement, des pré­faces ou des post­faces, ou la qua­trième de cou­ver­ture. Ce sont égale­ment des notes en bas de page, pré­cisant la vérac­ité de tel détail apparem­ment peu vraisem­blable ou expli­quant le sens de telle expres­sion étrangère. Le recours en appen­dice à des chronolo­gies, à des tableaux des per­son­nages, etc. est non seule­ment un moyen de soulign­er la vérac­ité mais sou­vent aus­si une néces­sité pour per­me­t­tre aux lecteurs de se retrou­ver dans le foi­son­nement des références his­toriques ou des généalo­gies famil­iales. Ce sont encore des pro­pos tenus par un per­son­nage décrivant telle pra­tique. Cer­tains auteurs inter­vi­en­nent dans le texte, par le biais de pro­pos du nar­ra­teur. Ou alors, le nar­ra­teur devient une voix inscrite dans la trame nar­ra­tive et acquiert ain­si un statut proche de celui des per­son­nages avec lesquels il entre en com­mu­ni­ca­tion. Cer­tains cepen­dant procè­dent par ce que l’on pour­rait appel­er une dis­til­la­tion douce des con­nais­sances néces­saires, ne retenant que les infor­ma­tions min­i­males utiles à la com­préhen­sion de l’intrigue, quitte à per­dre de la couleur locale.

Un dosage doit se faire entre l’attente de dépayse­ment du lecteur et sa famil­iar­ité, plus ou moins grande, de l’époque décrite. Il s’agit à la fois de le ras­sur­er sur ses con­nais­sances et de lui pro­pos­er du nou­veau. Le roman his­torique doit ain­si sans cesse jouer avec les stéréo­types ayant cours sur une époque ou sur un per­son­nage his­torique, pour les con­firmer ou les cor­riger.

La notion de des­tin revient sou­vent sous la plume des écrivaines et des écrivains. S’il s’agit de per­son­nages his­toriques, leur exis­tence ne leur appar­tient pas tou­jours, bal­lotés par des évène­ments qui peu­vent les broy­er. Leur vie est décrite sous l’angle d’un des­tin implaca­ble. Il en va de même pour les « héros moyens » lorsque l’auteur en a fait les représen­tants d’un groupe social appelé à se trans­former ou à dis­paraître. La notion de déclin, elle, mar­que plus les sagas famil­iales ou dynas­tiques. S’y expose la con­cep­tion d’une His­toire en train de se faire, la dis­pari­tion de cer­tains groupes soci­aux ou poli­tiques pré­fig­u­rant l’avènement d’un ordre nou­veau et dif­férent. L’on pense ici à deux livres de Diane Meur, Les vivants et les ombres (2007) et Les villes de la plaine (2011).

Déjà intime­ment lié au roman d’aventures, le roman his­torique con­tem­po­rain témoigne aus­si d’une grande per­méa­bil­ité à d’autres gen­res, comme le fan­tas­tique ou le polici­er.

Aujourd’hui

leys la mort de napoleonC’est sans doute un para­doxe d’introduire dans ce panora­ma un par­fait anti-roman his­torique. La mort de Napoléon (1986), seule œuvre de fic­tion dans la car­rière de l’essayiste qu’est Simon Leys, racon­te l’évasion de Napoléon de Sainte-Hélène, dans l’espoir de recon­quérir le pou­voir. Mais les choses ne se passent pas comme prévu et il se retrou­ve dans la peau d’un com­merçant en mel­ons à Paris. Et mal­heureuse­ment, le sosie qui le rem­place à Sainte-Hélène meurt. C’est l’échec de tout le pro­jet et Napoléon s’éteint anonyme et non recon­nu. Leys en fait l’image d’un anti-héros déçu dans ses ambi­tions. Le roman prend l’aspect d’une fable sou­tenant une réflex­ion philosophique sur le pou­voir et ses dérives. Si l’auteur se fond dans le moule du roman his­torique, c’est pour mieux le par­o­di­er : les ambi­tions du héros retombent dans le banal et par­fois le grotesque (dans un asile, l’empereur déchu ren­con­tre des aliénés qui se pren­nent… pour Napoléon). Le livre est égale­ment une reprise ironique du mod­èle du roman d’aventures, le tout servi par un humour fin et omniprésent.

tirtiaux aubertin d avalon

L’œuvre romanesque de Bernard Tir­ti­aux mon­tre l’enchevêtrement du roman his­torique et du roman d’aventures. Le passeur de lumière (1993) racon­te, au 12e siè­cle, la décou­verte par Nivard des sub­til­ités de l’art de la ver­rerie, et cette ini­ti­a­tion pro­gres­sive se déroule tout au long d’une vie d’aventures, de voy­ages, de bon­heur et de deuils. Tel est égale­ment le cas d’Aubertin, sculp­teur et bâtis­seur de cathé­drales, con­nais­sant aus­si une vie aven­tureuse (Aubertin d’Avalon, 2002). Les sept couleurs du vent (1995) au 16e siè­cle et Prélude de cristal (2011) au 19e (situé en par­tie dans le bassin de la Sam­bre) repren­nent les mêmes for­mules. Les per­son­nages se sin­gu­larisent par un méti­er par­ti­c­uli­er, alliant art et tech­nique. Toute leur vie défile, le hasard et les cir­con­stances les détour­nant par­fois de leur voie, pour mieux se décou­vrir in fine.

bologne l ange des larmesLe souci de décrire fine­ment ce que vivent les per­son­nages est car­ac­téris­tique de Jean Claude Bologne, romanci­er mais aus­si « his­to­rien du sen­ti­ment ». Pas de grande fresque, mais le vécu d’individus bien de leur temps. Si Le frère à la bague (2006) plonge au cœur du débat des Lumières, c’est par le biais du frère aîné de Voltaire, Armand Arou­et, témoin à sa façon des tur­bu­lences liées aux débats sur la reli­gion. Sans inter­ven­tions savantes, le nar­ra­teur parvient à décrire juste­ment la sit­u­a­tion insti­tu­tion­nelle et sociale. Bologne joue d’une dis­tan­ci­a­tion amusée et ne recule pas devant le saugrenu. Si le texte est présen­té comme ayant été écrit au 18e siè­cle, l’auteur se plait à cer­tains anachro­nismes de style ou d’expression. Représen­tatif des formes nou­velles du roman his­torique, L’ange des larmes (2010) intro­duit une con­fu­sion de niveaux. Les faits se déroulent dans la réal­ité de la France de 1873. Mais le mythe s’y invite : Cassiel, l’ange des larmes, parce qu’il a con­trar­ié une prophétie du Christ, est obligé d’errer sur terre et est impliqué dans les évène­ments qui agi­tent cette année post-révo­lu­tion­naire.

De livre en livre Diane Meur change d’époque et de lieux. Le choix des moments de l’Histoire résulte d’une part de hasard. Ain­si, c’est parce qu’elle avait traduit des textes en alle­mand à pro­pos du Moyen Âge qu’elle a eu l’envie de situer à cette époque le roman qu’elle pro­je­tait d’écrire (La vie de Mar­dochée de Löwen­fels, 2002). Prime chez elle le besoin de racon­ter, de préférence sous l’aspect d’un roman d’aventures, et le désir de trans­former ses con­nais­sances en fic­tion. Ses livres sont rigoureuse­ment doc­u­men­tés, mais la fic­tion et la dynamique nar­ra­tive y restent cepen­dant pre­mières, l’imaginaire y gar­dant tou­jours ses droits. Si elle se sert de l’Histoire, « c’est avant tout pour la pro­fondeur tem­porelle qu’elle per­met de sug­gér­er, les fil­i­a­tions et retourne­ments dialec­tiques qui s’y déploient, l’intensité qu’elle apporte aux des­tins indi­vidu­els ».

Ses romans se déroulent sur des péri­odes longues, une des­tinée humaine et même plus, car ce qui l’intéresse ce sont les trans­mis­sions intergénéra­tionnelles et ce qu’elle appelle les « fil­i­a­tions courbes » ain­si que les des­tins indi­vidu­els pris dans les soubre­sauts de l’Histoire. Les villes de la plaine (2011) est un cas par­ti­c­uli­er ; elle y racon­te une révo­lu­tion dans une ville imag­i­naire du Moyen Ori­ent antique ; et la réso­lu­tion de la crise est don­née par des archéo­logues du 19e siè­cle (tout aus­si inven­tés) inter­pré­tant les ruines qu’ils vien­nent de décou­vrir.

Si Diane Meur traite de sujets graves et décrit fine­ment ses per­son­nages, elle adopte un ton détaché, plein d’humour, et joue avec plaisir des tech­niques du roman d’aventures, coups de théâtre, sus­pense, sug­ges­tions de mys­tère, inter­ven­tions du nar­ra­teur dans le texte. La fic­tion prime, car « un roman, dans ce qu’il a d’assertif et de clos, trahit for­cé­ment la vérité his­torique ».

engel alma vivaLe roman his­torique représente une part impor­tante de la pro­duc­tion lit­téraire de Vin­cent Engel, et l’Italie y occupe une place cen­trale. Ses romans s’étendent pour la plu­part sur des péri­odes assez longues, mélangeant les épo­ques, et inter­ro­gent la nature des trans­mis­sions entre généra­tions. Les per­son­nages sont pris dans des réseaux famil­i­aux com­plex­es et par­fois mys­térieux, les intrigues, con­flits et manœu­vres y sont nom­breuses : per­son­ne n’est jamais tout blanc ou tout noir. Les rebondisse­ments nar­rat­ifs sont fréquents. Plusieurs romans sont com­posés de la mul­ti­pli­ca­tion des points de vue ; d’autres débu­tent par une forme de résumé des grands traits de l’intrigue, avant que le roman n’explore ces élé­ments plus en pro­fondeur. Le romanci­er peut libre­ment décrire des per­son­nages fic­tifs aux per­son­nal­ités com­plex­es. Pour ceux qui ont réelle­ment existé, il spécule à par­tir de quelques élé­ments biographiques et, par exem­ple pour Vival­di, de sa musique.

harpman la dormition des amants

La dor­mi­tion des amants (2002) de Jacque­line Harp­man représente un cas sin­guli­er ; il se situe dans un 17e siè­cle imag­i­naire. L’autrice s’attache prin­ci­pale­ment à la vie privée et amoureuse de ses pro­tag­o­nistes. Les ren­seigne­ments his­toriques sont très pré­cis quant aux habi­tudes, aux modes de vie, à l’étiquette de la cour de France. Mais le cadre poli­tique et his­torique général est inven­té. Jacque­line Harp­man manie fine­ment l’humour. Le nar­ra­teur, qui est un des deux pro­tag­o­nistes prin­ci­paux, écrit : « Je n’entends pas m’infliger le réc­it com­plet d’une bataille célèbre, on le trou­ve dans toutes les chroniques, bien plus pré­cis et détail­lé que je ne saurais faire », alors que cette bataille n’a jamais existé que dans l’imagination de la roman­cière. En out­re, en un clin d’œil anachronique, le nar­ra­teur ren­voie à Stend­hal et au « réc­it qu’il fit d’une autre bataille, aux abor­ds de Brux­elles, près d’un petit vil­lage dont le nom ne me revient pas pour l’instant ». Cette his­toire d’amour impos­si­ble néces­si­tait un con­texte mal­léable : un 17e siè­cle recréé représen­tait un cadre util­is­able. Ce que Dominique n’a pas su (2007) offre une autre image du rap­port à l’Histoire, le pro­longe­ment d’un texte lit­téraire antérieur, Dominique de Fro­mentin paru en 1863. Dominique est amoureux d’une femme mar­iée. Dans le roman d’Harpman, la sœur de celle-ci décide de don­ner un autre point de vue sur cette his­toire amoureuse et des­sine une tout autre vision de Dominique. Cette réécri­t­ure sub­ver­sive du texte de Fro­mentin est assurée par une nar­ra­trice dans une sit­u­a­tion tem­porelle étrange. Elle vit ce qu’elle décrit et est donc par­faite­ment con­tem­po­raine de l’époque du réc­it. Mais en même temps, elle établit sans cesse des rap­ports avec l’avenir en s’adressant à ses lecteurs : « Je suis très vieille main­tenant (…) et le monde où vous vivez n’a aucune ressem­blance avec celui que je racon­te ». C’est là un cas par­ti­c­uli­er d’anachronisme.

Véronique Bergen mène une réflex­ion sur l’art du roman. Elle revendique le fait d’avoir « libre­ment recréé l’histoire de Kas­par Hauser en mêlant faits his­toriques et inven­tions romanesques ». Pour elle, il y a une fécon­da­tion réciproque entre réal­ité et imag­i­na­tion. Car, « ayant comme seules con­traintes celles qu’il s’est don­né, le roman n’a guère à se soumet­tre à un référent qui lui serait extérieur. Il répond de lui-même, devant lui-même, éman­cipé du tri­bunal de la réal­ité ». Son texte est d’abord fic­tion et créa­tion, ques­tion­nant la notion de représen­ta­tion. C’est le même enjeu qui la guide dans Requiem pour le roi. Mémoires de Louis II de Bav­ière (2011).

Patrick Weber est un his­to­rien, mais aus­si un romanci­er et un scé­nar­iste de ban­des dess­inées pro­lifique. Chez lui, l’imaginaire, la couleur locale et la trame nar­ra­tive mêlent étroite­ment roman his­torique et d’aventures, et la part de créa­tion pro­longe les faits avérés. S’il fait inter­venir des per­son­nages ayant existé, « il ne s’agit en aucun cas de racon­ter l’histoire de leur vie ». Le thème de l’organisation secrète tra­ver­sant les siè­cles est fréquent ; le romanci­er n’hésite pas dès lors à intro­duire une part de fan­tas­tique et des sug­ges­tions d’ésotérisme. Ses per­son­nages sont pour une grande part des pio­ns pris dans des machi­na­tions qui les dépassent. Il a égale­ment créé le per­son­nage d’un appren­ti pein­tre qui par­court l’Europe du 15e siè­cle et se retrou­ve à devoir men­er des inves­ti­ga­tions sur des faits crim­inels.

charneux nuage et eauLes livres de Daniel Charneux parais­sent plus proches de la biogra­phie romancée. Nuage et eau (2008) évoque Ryökan, un moine boud­dhiste du 18e siè­cle et Si près de l’aurore (2018) Jane Grey, éphémère reine d’Angleterre au 16e. L’auteur s’appuie sur une doc­u­men­ta­tion extrême­ment rigoureuse qu’il restitue en essayant de lui insuf­fler une trame romanesque. Ten­ta­tive qui ne se révèle pas tou­jours aisée. D’abord parce que la vie de son héroïne et celle de son héros ne sont pas néces­saire­ment faites de péripéties qui puis­sent dessin­er une trame romanesque. Ensuite, la volon­té d’être exact et fidèle à la réal­ité amène l’auteur à devoir ren­dre compte de nom­breux paramètres, tels que la sit­u­a­tion poli­tique et sociale ou la généalo­gie famil­iale. Il s’en explique d’ailleurs au cœur même du texte de Si près de l’aurore, en s’adressant au lecteur pour jus­ti­fi­er la néces­sité des « détours » dans la nar­ra­tion. Pour Ryökan, il pré­cise qu’il en « retrace libre­ment » la vie, ne s’interdisant pas « une idée romanesque qui, ser­vant son pro­pos, s’écarterait un peu du cadre ».

Dpirotte d innombrables soleilsans la pro­duc­tion d’Emmanuelle Pirotte, deux livres ressor­tis­sent au roman his­torique, Loup et les hommes (2018) et D’innombrables soleils (2019). Le pre­mier se déroule au 17e siè­cle en France et au Nou­veau Monde. Un homme part à la recherche de son frère et décou­vre la vie des Iro­quois. La doc­u­men­ta­tion est pré­cise, jamais mise en avant, inté­grée par­faite­ment dans le texte. L’autrice allie le per­son­nel et le col­lec­tif, la vision sociale et poli­tique. Elle témoigne d’une réelle fas­ci­na­tion pour le mode de vie des Amérin­di­ens qui se fondent dans leur envi­ron­nement naturel, sans le domin­er. L’une ou l’autre réflex­ion font allu­sion au des­tin qui sera le leur : la fin de l’Iroquoisie. L’impérialisme blanc peut être la cause de vio­lences : « Les rela­tions com­mer­ciales et diplo­ma­tiques redessi­naient la carte des Amériques et le des­tin de ses peu­ples. » Et l’opposition des deux civil­i­sa­tions est irré­ductible. Pirotte change régulière­ment de focal­i­sa­tion, mul­ti­pli­ant les per­cep­tions. D’innombrables soleils prof­ite du mys­tère con­cer­nant la mort de Christo­pher Mar­lowe. L’autrice pro­longe la vie de celui-ci de quelques mois en lui faisant vivre une pas­sion amoureuse.

Dans ses romans Finis ter­rae (2014) et Le vent du boulet (2018), Nathalie Stal­mans a pour pro­jet de « racon­ter l’histoire de Brux­elles à tra­vers le quo­ti­di­en d’habitants d’une mai­son » au 17e et puis au 18e siè­cle. Le cadre his­torique et géo­graphique est pré­cis, sans que cela ne nuise à l’évocation des per­son­nages. La plu­part de ceux-ci ont réelle­ment existé, Nathalie Stal­mans les ayant exhumés des archives de la Ville. Elle leur dédie d’ailleurs son livre : « À la mémoire de mes per­son­nages ». Sous le cou­vert d’un roman, il s’agit d’une recon­sti­tu­tion minu­tieuse de la vie sociale. L’autrice intè­gre les par­tic­u­lar­ités de la ville, ses tra­di­tions et ses langues. Les dic­tons et proverbes brux­el­lois illus­trent régulière­ment les sit­u­a­tions nar­ra­tives. Pour les descrip­tions de la cité, elle reprend des textes pub­liés par de bien réels voyageurs de l’époque. Le livre procède par de fréquents retours en arrière et par des change­ments de voix nar­ra­tive, posi­tion de principe de l’historienne pour don­ner le point de vue de cha­cun en ses pro­pres ter­mes. Si j’avais des ailes (2019), roman éclaté en divers­es voix, évoque les années brux­el­lois­es de Char­lotte Bron­të au pen­sion­nat Héger. Les dis­tinc­tions sociales sont strictes au sein de l’institution. Mais plus encore la descrip­tion se fait grave quand elle évoque la mis­ère sor­dide des quartiers pau­vres.

de bruycker l oreeL’orée (2015) de Daniel De Bruy­ck­er exploite une veine orig­i­nale. Son réc­it se situe à l’époque où les humains passent de l’économie de chas­seurs et de cueilleurs à celle d’agriculteurs et d’éleveurs. Orée, le grand-père, entraine Maï sa petite-fille dans la forêt. En une journée, il lui racon­te sa pro­pre vie qui résume l’entrée de l’humanité dans la civil­i­sa­tion néolithique. Un jour, son groupe est arrivé à l’orée, a décou­vert la plaine, et tout a changé. Les étapes et les décou­vertes que décrit Orée sont réelles, mais cette pro­fonde muta­tion ne s’est évidem­ment pas faite en un temps aus­si bref. De Bruy­ck­er a choisi d’en faire une recréa­tion poé­tique, chaque événe­ment sig­ni­fi­catif étant décrit de manière sym­bol­ique. Son texte est une belle réflex­ion sur la ques­tion de l’origine et sur celle de l’ailleurs, servie par des sym­bol­es forts ; ain­si, la rup­ture bru­tale qu’a été la sor­tie de la forêt est cou­plée à la perte de la mère. Et les signes lais­sés par Orée tout au long de sa vie sur les arbres sont une manière de dessin­er l’Histoire.

Avec Lumière dans les ténèbres (2017), qui reprend La cham­bre close (2006) et sa suite Et si le dia­ble avait un fils… ?, Philippe Remy-Wilkin plonge dans l’histoire des pre­miers temps de l’indépendance belge. Dans le deux­ième tome, s’y sura­joutent des épisodes du 17e siè­cle, étroite­ment liés à ceux de 1865. Ces réc­its opèrent par un mélange des gen­res : la lit­téra­ture poli­cière et sa clas­sique énigme de la cham­bre close, le roman d’aventures, le fan­tas­tique ain­si que des élé­ments d’un savoir ésotérique et l’idée d’une malé­dic­tion qui tra­verse les siè­cles.

Claude Raucy décrit la fig­ure d’un musi­cien fla­mand de la Renais­sance, Adri­aan Willaerts, maître de chapelle à San Mar­co de Venise, Le maître de San Mar­co (2018). La trame nar­ra­tive est celle d’une enquête à la suite de l’assassinat de plusieurs cho­ristes et est l’occasion de décrire les beautés de la ville mais aus­si d’évoquer les célèbres intrigues que l’on asso­cie sou­vent à l’image de la cité.

Per­ver­sus ou L’histoire d’un imprimeur lié­geois au temps des Lumières (2019) de Claude Froid­mont mélange les gen­res : roman d’aventures aux rebondisse­ments mul­ti­ples au 18e siè­cle, roman d’initiation du per­son­nage de l’imprimeur, descrip­tion du con­texte his­torique pré­cise et vivante, sug­ges­tion de mys­tère en sont les prin­ci­paux ingré­di­ents. C’est égale­ment une réflex­ion sur la manière d’assurer son des­tin.

Sylvestre Sbille situe Mas­sa­da (2021) en l’an 74, lorsque la forter­esse juive est assiégée par les Romains. Son roman s’appuie sur un fond réal­iste et his­torique­ment pré­cis. Mais l’auteur joue entre con­cret et sym­bol­ique, instil­lant sans cesse un doute sur la nature des événe­ments et des per­son­nages, insin­u­ant le mys­tère par des allu­sions non explic­itées. Il tisse ain­si un jeu d’indices et de sug­ges­tions qui lais­sent plan­er une incer­ti­tude, autant sur la fin du réc­it que sur le sens à lui don­ner.

renard cavalesSi l’intrigue de Cav­ales (2021) se situe à Paris en 1793, en pleine Révo­lu­tion, le pro­jet de Béa­trice Renard n’est cer­taine­ment pas d’être his­torique­ment rigoureuse. Elle vise d’abord à mon­tr­er l’oppression des femmes, autant alors qu’aujourd’hui. C’est pour quoi elle con­voque deux fig­ures emblé­ma­tiques de la lutte des femmes, Olympe de Gouges et la Lié­geoise Théroigne de Méri­court. Le roman opère par des vari­a­tions de nar­ra­tri­ces et par des com­para­isons sug­gérées avec des sit­u­a­tions futures ou avec des écrivaines encore à naître. Les deux héroïnes sont reliées par une petite fille de fic­tion qui per­met aus­si un regard sur les class­es les plus pau­vres.

luvan agrapha

Il est jus­ti­fié d’intégrer à ce panora­ma Agrapha (2021) de Luvan (elle n’est pas belge mais a par­ticipé à la vie lit­téraire brux­el­loise) qui représente une ten­ta­tive atyp­ique. Par son sujet d’abord : l’autrice décrit la vie spir­ituelle de moni­ales au Moyen Âge, sujet tou­jours occulté, et la manière dont un pou­voir mas­culin a fini par s’imposer. Ensuite, Luvan procède par un réc­it mélangeant des strates de dis­cours très divers. Elle ose aus­si, ce que beau­coup réprou­vent dans un roman his­torique, créer une langue par­ti­c­ulière (du moins pour la part du livre qui est assurée par la parole des moni­ales) respec­tant les car­ac­téris­tiques de la diver­sité des langues de l’époque et de la lente con­sti­tu­tion de la langue française. Ce qui implique un effort du lecteur, mais com­bi­en stim­u­lant. Elle crée aus­si un pont orig­i­nal entre aujourd’hui et le passé et, surtout, elle procède à une superbe con­fu­sion des niveaux de tous ceux qui inter­vi­en­nent dans l’élaboration d’un livre.

Un ancrage belge ?

On ne peut pas dégager des car­ac­téris­tiques com­munes ou spé­ci­fiques au roman his­torique qui se pra­tique en Bel­gique. Cer­tains auteurs choi­sis­sent cepen­dant le pays comme cadre et per­me­t­tent ain­si de se famil­iaris­er avec des aspects de l’histoire nationale. C’est le cas de Nathalie Stal­mans, de Philippe Remy-Wilkin, de Claude Froid­mont, de Béa­trice Renard et, dans une moin­dre mesure mais fort drôle (la vis­ite par Napoléon du site de la bataille de Water­loo), de Simon Leys. La plu­part des romans n’ont cepen­dant pas de rap­port étroit avec le pays.

Joseph Duhamel


Arti­cle paru dans Le Car­net et les Instants n°210 (2022)