Archives par étiquette : Paul De Ré

Wégimont, « la fabrique des enfants parfaits »

Paul DE RÉ, Quand l’aube se dérobe, Mur­mure des Soirs, 2025, 152 p., 20 €, ISBN : 9782931235249

de ré quand l'aube se dérobeImmenses pelous­es bondées au moin­dre cen­timètre car­ré occupé, glacières bleues sur nappes frois­sées et draps de bain sur gazon, piscine chahutée aux mil­lions d’éclaboussures, chaleur cuisante (sou­vent les pre­miers coups de soleil), cris surai­gus en con­tinu. Le domaine récréatif provin­cial de Wégi­mont a la saveur d’un bon­bon Napoléon pour de nom­breux Lié­geois : douceur du sou­venir et acid­ité du qui-ne-revien­dra-plus. La lec­ture du dernier roman de Paul De Ré, pub­lié au Mur­mure des Soirs, décale les con­tours de ces images floues thésaurisées et leur donne une arrière-plan his­torique inat­ten­du. Con­tin­uer la lec­ture

Les secrets de Félicien

Paul DE RE, Le chan­toir du dia­ble, Mur­mure des soirs, 2022, 140 p., 20 €, ISBN : 978–2‑930657–88‑2

de ré le chantoir du diableCréa­trice  et direc­trice de la mai­son d’édition Mur­mure des soirs – dont on célébra il y a peu la pre­mière décen­nie –, Françoise Salmon pub­lie le dernier roman en date d’un écrivain à la fois pro­lifique et mul­ti­ple, Paul de Ré. Auteur et inter­prète de nom­breuses chan­sons (de 1974 à 1986, le futur romanci­er pub­lia pas moins de cinq 33 tours  dont on retrou­ve avec nos­tal­gie quelques traces  sur l’internet), l’écrivain lié­geois inscrit, après des pre­miers romans « région­al­istes », tous les trois ans un nou­veau roman au cat­a­logue de Mur­mure des soirs : les deux vol­umes de La pierre au cœur (2013), Made­moi­selle de ces gens-là (2016), Les secrets du basti­don bleu (2019). Con­tin­uer la lec­ture

Treize fois un village

COLLECTIF, Spri­mont s’enlivre, Mur­mure des soirs, 2020, 246 p., 13 €, ISBN : 978–2‑930657–63‑9

collection sprimont s enlivreSous un titre joli­ment orig­i­nal, Spri­mont s’enlivre, un recueil de treize textes nous invite à décou­vrir, à la porte des Ardennes, Spri­mont et des vil­lages envi­ron­nants.

Chemins ver­doy­ants qui nous mènent par­fois à de trou­blantes, voire som­bres escales.

Épisodes tour à tour inso­lites, mou­ve­men­tés, cocass­es, émou­vants.

Les couleurs con­trastent, les écri­t­ures se font graves ou allè­gres, pointues ou légères, au fil des réc­its. Con­tin­uer la lec­ture

Du côté de saint Jordi

COLLECTIF, Du côté des librairies, Mur­mure des soirs, 2020, 188 p., 13 €, ISBN : 978–2‑930657–62‑2

du côté des librairies murmure des soirsDans Éloge de l’amitié, Tahar Ben Jel­loun écrivait : « Le libraire est l’ami du livre ; pas de tous les livres, mais de ceux qu’il con­sid­ère assez pour les trans­met­tre aux lecteurs. » La librairie se révèle en effet ce lieu sin­guli­er de pas­sage, de partage, de mise en lumière, mais égale­ment de sélec­tion, de choix, de défense. En par­courant étagères et présen­toirs, le lecteur con­cen­tré devine l’orientation idéologique, l’impératif de qual­ité et par­fois l’intérêt par­ti­c­uli­er du per­son­nel qui la peu­ple. Car, oui, une librairie est peu­plée de livres qui bat­tent, cha­cun à sa pul­sa­tion, cha­cun à son tem­po, et appel­lent leur lecteur prédes­tiné. C’est du moins la con­vic­tion d’une étrange libraire, aux envoûte­ments bohémiens et à la bou­tique évanes­cente, lorsqu’elle affirme : « Promenez-vous libre­ment dans mon mag­a­sin, vous y trou­verez peut-être ce que vous cherchez. Regardez tout autour de vous, prenez-les en mains, feuil­letez-les, jusqu’à ce que vous tombiez sur celui qui vous dira : “Prends-moi, je t’attendais.” Car – savez-vous cela ? – ce sont les livres qui nous choi­sis­sent. Ils nous atten­dent patiem­ment, sur une étagère, et puis quand nous pas­sons à leur portée, ils nous appel­lent, et là… c’est inutile de vouloir résis­ter. » Con­tin­uer la lec­ture

Le temps de l’exil

Paul DE RÉ, Les secrets du basti­don bleu, Mur­mure des soirs, 2019, 316 p., 20 €, ISBN : 978–2‑930657–53‑0

C’est un bien beau livre que je viens de décou­vrir, Les secrets du basti­don bleu de Paul De Ré…

Revenons d’abord sur le tra­jet lit­téraire de l’auteur… Cer­tains écrivains écrivent à pro­pos du temps, de l’époque, ils se nour­ris­sent des ten­sions, des tor­sions, de  la vio­lence et du grain de la foi, d’autres écrivent sur l’e­space, les lieux, les per­son­nages qui habitent un univers mar­qué d’une pro­fonde sin­gu­lar­ité. Paul De Ré s’est longtemps révélé un « écrivain du ter­roir », un auteur région­al­iste, il le revendi­quait, ses édi­teurs égale­ment. Il a dévelop­pé des réc­its, des romans qui offraient pour ver­tus prin­ci­pales de com­pos­er de sub­tiles rela­tions entre l’e­space et le temps d’un monde dis­paru. C’est comme si un musée se met­tait en mou­ve­ment et rétab­lis­sait, le temps de la lec­ture, une mémoire fugi­tive. Cette mémoire par­ticipe de la mélan­col­ie de la dis­pari­tion et œuvre sou­vent dans le sens des nos­tal­gies iden­ti­taires, local­istes et rurales. Con­tin­uer la lec­ture

Sur le terreau d’un souvenir

Paul DE RÉ, Made­moi­selle de ces gens-là, Mur­mure des soirs, 2016, 396 p., 20 €   ISBN : 978–2‑930657–32‑5

de ré.pngVoici un roman attachant, au charme suran­né d’une époque révolue, au par­fum léger d’eau de rose, situé à la charnière des XIXe et XXe siè­cles dans un univers petit-bour­geois lié­geois tout empreint de con­ve­nances, de bondieuserie et de corse­tage moral­isa­teur. Made­moi­selle de ces gens-là est l’histoire de « Made­moi­selle », c’est-à-dire la jolie Clé­mence, fille de notaire, qui un jour d’enfance fut éblouie par un jeune forain mer­veilleux et un pre­mier bais­er inno­cent à tra­vers la haie du jardin ; elle en con­trac­ta un amour secret et ne vécut plus jamais que par le sou­venir obsé­dant de ce Romain. Durant vingt ans, jusqu’à ce qu’elle le retrou­ve enfin – nous ne dévoilons rien vrai­ment ici tant les retrou­vailles sont prévis­i­bles –, elle subi­ra, plus que ne vivra réelle­ment, une exis­tence dom­inée par un fan­tôme. « Ces  gens-là » est le terme dén­i­grant et apeuré dont la « bonne » société désigne les gens du voy­age, saltim­ban­ques et forains, ces « moins que rien » ou barakîs comme on dit à Liège, dont on se méfie quoiqu’ils appor­tent fête, imag­i­naire et goût de l’ailleurs. Con­tin­uer la lec­ture