Paul DE RÉ, Quand l’aube se dérobe, Murmure des Soirs, 2025, 152 p., 20 €, ISBN : 9782931235249
Immenses pelouses bondées au moindre centimètre carré occupé, glacières bleues sur nappes froissées et draps de bain sur gazon, piscine chahutée aux millions d’éclaboussures, chaleur cuisante (souvent les premiers coups de soleil), cris suraigus en continu. Le domaine récréatif provincial de Wégimont a la saveur d’un bonbon Napoléon pour de nombreux Liégeois : douceur du souvenir et acidité du qui-ne-reviendra-plus. La lecture du dernier roman de Paul De Ré, publié au Murmure des Soirs, décale les contours de ces images floues thésaurisées et leur donne une arrière-plan historique inattendu. Continuer la lecture

Sous un titre joliment original, Sprimont s’enlivre, un recueil de treize textes nous invite à découvrir, à la porte des Ardennes, Sprimont et des villages environnants.
Dans Éloge de l’amitié, Tahar Ben Jelloun écrivait : « Le libraire est l’ami du livre ; pas de tous les livres, mais de ceux qu’il considère assez pour les transmettre aux lecteurs. » La librairie se révèle en effet ce lieu singulier de passage, de partage, de mise en lumière, mais également de sélection, de choix, de défense. En parcourant étagères et présentoirs, le lecteur concentré devine l’orientation idéologique, l’impératif de qualité et parfois l’intérêt particulier du personnel qui la peuple. Car, oui, une librairie est peuplée de livres qui battent, chacun à sa pulsation, chacun à son tempo, et appellent leur lecteur prédestiné. C’est du moins la conviction d’une étrange libraire, aux envoûtements bohémiens et à la boutique évanescente, lorsqu’elle affirme : « Promenez-vous librement dans mon magasin, vous y trouverez peut-être ce que vous cherchez. Regardez tout autour de vous, prenez-les en mains, feuilletez-les, jusqu’à ce que vous tombiez sur celui qui vous dira : “Prends-moi, je t’attendais.” Car – savez-vous cela ? – ce sont les livres qui nous choisissent. Ils nous attendent patiemment, sur une étagère, et puis quand nous passons à leur portée, ils nous appellent, et là… c’est inutile de vouloir résister. »
C’est un bien beau livre que je viens de découvrir, Les secrets du bastidon bleu de Paul De Ré…
Voici un roman attachant, au charme suranné d’une époque révolue, au parfum léger d’eau de rose, situé à la charnière des XIXe et XXe siècles dans un univers petit-bourgeois liégeois tout empreint de convenances, de bondieuserie et de corsetage moralisateur. Mademoiselle de ces gens-là est l’histoire de « Mademoiselle », c’est-à-dire la jolie Clémence, fille de notaire, qui un jour d’enfance fut éblouie par un jeune forain merveilleux et un premier baiser innocent à travers la haie du jardin ; elle en contracta un amour secret et ne vécut plus jamais que par le souvenir obsédant de ce Romain. Durant vingt ans, jusqu’à ce qu’elle le retrouve enfin – nous ne dévoilons rien vraiment ici tant les retrouvailles sont prévisibles –, elle subira, plus que ne vivra réellement, une existence dominée par un fantôme. « Ces gens-là » est le terme dénigrant et apeuré dont la « bonne » société désigne les gens du voyage, saltimbanques et forains, ces « moins que rien » ou barakîs comme on dit à Liège, dont on se méfie quoiqu’ils apportent fête, imaginaire et goût de l’ailleurs.