Yves-William DELZENNE, Venise n’expose qu’elle-même, Samsa, 2025, 134 p., 20 €, ISBN : 978–2‑87593–580‑9
Venise encore n’exposait qu’elle-même, ces siècles écoulés, la clepsydre de ses jours que griffait la pluie après le long soleil d’août qui avait si bien séché les enduits roses où des glycines s’agrippent mal.
Yves-William Delzenne nous offre, avec Venise n’expose qu’elle-même, un nouveau roman sous forme de promenade dans des lieux de mémoire et de mythologie littéraire, artistique, cinématographique, picturale… dans cette Venise, tellement surexposée qu’elle apparait souvent comme une sublime anamorphose… Car Venise, si elle existe depuis des siècles depuis sa magistrale fondation, s’est démultipliée dans le temps des œuvres et des admirations et on ne sait plus si Venise existe vraiment ou si c’est plutôt ce que nous voulons voir de Venise. Comme si elle était une prodigieuse diffraction du regard humain. Continuer la lecture





Pouvait-on trouver meilleur romancier que Claude Raucy pour redonner vie littéraire au compositeur flamand Adriaan Willaert ? Le récit qu’il nous en donne avec Le maître de San Marco s’inscrit dans la lignée des romans qui, sans crier gare, nous enseignent en nous divertissant. Au gré des péripéties d’une enquête permettant de tirer au clair des morts suspectes parmi le chœur dont il est le chef à San Marco, nous apprendrons du musicien flamand la place privilégiée qu’il occupe dans la Sérénissime, mais aussi dans l’histoire de la musique de la Renaissance. Le roman commence tambour battant au Palais du Doge, Andrea Gritti. Ce dernier a convoqué le Flamand. Il s’inquiète de ces meurtres en série – les musiciens sont étranglés à l’aide d’une écharpe blanche, abandonnée sur les lieux du crime. Il s’indigne aussi que les enquêtes n’aboutissent pas avec assez de célérité à l’arrestation des coupables.
Vincent Engel nous emmène à nouveau à Venise. En 1740 cette fois et moins pour en parcourir les ruelles, les places et les canaux que pour y pénétrer dans l’intimité de quelques habitants. Parmi ceux-ci, un prêtre qui enseigne la musique au sein d’un établissement pour jeunes orphelines, un compositeur âgé dont le nom et les airs traverseront les époques : Vivaldi. Vivaldi qui évolue ici en tant que don Antonio. Et en fait d’évoluer, on pourrait plutôt dire qu’il se débat. Contre les governatori qui rechignent à le financer, contre sa réputation qui fane, contre la mode qui lui préfère des sonorités nouvelles, contre sa santé fragile, contre la vieillesse qu’il feint d’ignorer, contre les rumeurs qui lui attribuent des mœurs inconvenantes… 