COLLECTIF, Une vie de palais, Académie royale de la langue et de littérature françaises de Belgique, 2024, 159 p., 18 €, ISBN : 978–2‑8032–0077‑1
La jaquette du livre et sa couverture, en distorsion, offrent une mise en abyme du projet offert aux lecteurs. Une volonté d’ouverture (fenêtre aux battants écartés), de jovialité (ciel bleu en arrière-plan et rose en encart), de second degré (un fauteuil – d’académicien – flotte dans un tourbillon de noms d’auteurs et autrices). Derrière, la solennité d’une institution prestigieuse, l’Académie royale… séduit davantage, dans sa ligne épurée. Continuer la lecture

Une énième étude sur le fantastique belge ? Le sujet n’est-il pas rebattu ? Et des spécialistes de la carrure d’un Baronian ne se sont-ils pas assez exprimés sur la question pour qu’on puisse enfin considérer le terrain comme défriché, balisé, connu ? Le spécialiste en comparatisme dans le domaine francophone Bacary Sarr anticipe cette remarque en avertissant d’emblée que son étude ne fera intervenir nul bestiaire à cornes ou à canines et ne convoquera aucun esprit à coup de table tournante. Se démarquant en effet du « fantastique conventionnel », il privilégie celui « qui se fonde sur une perception intérieure particulière de la réalité ».
Dernier des neuf romans que l’on doit à
Notre rétrospective de l’année commence avec la sélection de Maud Joiret.
Le cinquante-huitième Festival de Théâtre de Spa de l’été dernier a levé le rideau avec la première d’un nouveau Caméléon, spectacle bâti sur un choix de textes du romancier et nouvelliste Jean Muno (1924–1988), auxquels l’acteur Nicolas Ossowski insuffle une force remarquable dans un soliloque percutant, mis en scène avec beaucoup de doigté par Daniela Bisconti. Se trouve ainsi profondément retravaillée la riche adaptation scénique de Patrick Bonté, créée le 13 janvier 1981 avec le comédien Jean-Paul Comart au Théâtre de l’Esprit Frappeur dans la capitale belge. L’écrivain bruxellois avait alors collaboré étroitement à cette initiative originale, reprise exactement vingt ans plus tard au Rideau de Bruxelles dans une version modifiée.
S’il y a bien un événement dont on peut se réjouir en cette année littéraire, c’est la réédition de Ripple-marks de Jean Muno. Bien sûr, c’est à l’Académie royale de langue et de littérature françaises, en collaboration avec les éditions Samsa, que l’on doit cette remise au jour – puisque Jean Muno, aka Robert Burniaux, fut, en son temps, académicien (mais sinon, il était aussi prof et, surtout, écrivain). La première édition de Ripple-Marks datant de 1976, chez Jacques Antoine, et la deuxième parue dix ans plus tard à L’Âge d’Homme, on avait tout le loisir de passer à côté, ce qui est une véritable erreur, un absolu ratage, une affreuse maldone dont nous voilà aujourd’hui épargné.e.s, et heureux-ses de l’être. Ripple-marks est un livre culte.
C’est avec l’ironie pour fil conducteur qu’Isabelle Moreels étudie en profondeur l’œuvre de Jean Muno dans son essai Jean Muno. La subversion souriante de l’ironie. Un choix qui semble aller de soi, tant cette liberté moqueuse, discrètement rebelle, de regard et de ton imprègne les romans, contes et nouvelles de l’écrivain qui nous a quittés trop tôt, et nous manque. 