Archives par étiquette : L'herbe qui tremble

Anthologie des poésies (im)possibles

Lau­rent DEMOULIN, Poésie (presque) incom­plète, L’herbe qui trem­ble, coll. « D’autre part », 2018, 85 p., 14 €, ISBN : 978–2‑918220–70‑1

Poésie (presque) incom­plète : le titre du recueil de Lau­rent Demoulin déjoue le fan­tasme de ces vol­umes com­pacts où le lecteur croit tenir, dans les mains, l’œuvre entière d’un homme, son âme peut-être et par-dessus tout, la Poésie – enfer­mée dans les pages, cade­nassée sous les lignes de l’encre.

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L’amour et la guerre sous l’herbe qui tremble…

Jan BAETENS, Frédéric COCHÉ (gravures), Faire séces­sion, L’herbe qui trem­ble, coll. “D’autre part”, 2017, 112 p., 14 €, ISBN : 9782918220602
Luc DELLISSE, L’amour et puis rien, L’herbe qui trem­ble, coll. “D’autre part”, 2017, 119 p., 14 €, ISBN : 9782918220596

dellisse amour et puis rien 1Les édi­tons L’herbe qui trem­ble à Paris ont à coup sûr eu le nez fin en choi­sis­sant Thier­ry Horguelin pour diriger leur nou­velle col­lec­tion bap­tisée « D’autre part ». Pas­sion­né de ciné­ma et de jazz, ancien libraire, chroniqueur, on le con­naît avant tout pour le tra­vail de fond qu’il effectue, avec rigueur, dans le monde de l’édition. Chineur invétéré, grap­pilleur de pépites lit­téraires oubliées dans les cales des notes de bas de pages, cet arpen­teur livresque qui partage son temps entre Mon­tréal, sa ville natale, Brux­elles et Paris est aus­si et surtout auteur. On cit­era au pas­sage l’un de ses derniers ouvrages, Alphabé­tiques, objet lit­téraire et ludique qui témoigne de son attache­ment à la con­trainte oulip­i­enne et qu’ont pub­lié, il y a deux ans, les édi­tions… L’herbe qui trem­ble. Tir croisé donc qui aboutit aujourd’hui à la pub­li­ca­tion des deux pre­miers livres sous sa direc­tion. Une pre­mière salve de qual­ité puisqu’on retrou­ve deux de nos écrivains con­fir­més qui parta­gent une même den­sité d’écriture mêlant métic­u­losité du trait, ironie mali­cieuse et haute teneur poé­tique. Con­tin­uer la lec­ture →

De la brisure à la réconciliation : le poème témoigne

Fabi­en ABRASSART, Si je t’oublie : poème, pré­face de Philippe Lekeuche, pein­tures de Marie Alloy, L’Herbe qui trem­ble, 2017, 64 p., 13 €, ISBN : 9782918220442

abrassart si je t oublie.gif« S’il n’émeut le salaud à quoi bon le poète » : Fabi­en Abras­sart résume ici le dilemme qu’Adorno for­mu­lait ain­si : « Com­ment encore écrire de la poésie après Auschwitz ? ». Auschwitz a en effet prou­vé l’échec de la cul­ture alle­mande, européenne, occi­den­tale : après Auschwitz et dans cette cul­ture, il ne peut y avoir d’art que selon Auschwitz, en fonc­tion d’Auschwitz. Aucune image ne peut mas­quer Auschwitz. Après le nazisme, tout lan­gage est devenu prob­lé­ma­tique. L’autre pôle dialec­tique du livre d’Abrassart, c’est la référence à Jérusalem, nom qui évoque le culte du dieu des Cananéens, Shalem, divinité de la créa­tion, de l’exhaustivité et du soleil couchant. L’étymologie de la ville repose sur deux racines chaldéennes : YeRu (la demeure, la ville) et ShLM (qui a don­né les mots, en hébreu et en arabe, shalom et salaam, dont la sig­ni­fi­ca­tion actuelle est « paix », mais dont le sens orig­inel était la com­plé­tude, l’achèvement). Con­tin­uer la lec­ture →

C’est une perte fertile…

Un coup de cœur du Carnet

Véronique WAUTIER, Con­tin­uo, Pein­tures d’Anne SLACIK, L’Herbe qui trem­ble, 2017, 60 p., 13 €, ISBN : 9782918220527

wautier continuoJacques Izoard l’aurait à coup sûr savouré, ce recueil de poèmes, frag­ile­ment cam­pé entre deux fanaux repeints au bleu Nico­las de Staël ; il lui aurait plu, le lyrisme dis­cret, comme mis en sour­dine sous la pudeur et la déli­catesse d’expression, mais à l’émotion tou­jours vibratile, de Véronique Wau­ti­er dans Con­tin­uo. Lyrisme, car le « je » est assumé et réaf­fir­mé tout au long de cette suite, mais il n’a rien de con­quérant, d’agressif. Con­scient de ses lim­ites, il préfère au con­traire se tenir sur les berges de son fleuve intérieur et con­stater le réel qui l’entoure, en usant du moins fiable des out­ils, le lan­gage. Le lan­gage ? Qu’il soit cet impos­si­ble lieu com­mun à ceux qui / par­lent et ne par­lent pas. Con­tin­uer la lec­ture →

Prix Mallarmé pour Philippe Mathy

mathy portraitLe Prix “Mal­lar­mé 2017” récom­pense Philippe Mathy pour son recueil Veilleur d’in­stants (L’herbe qui trem­ble). Ce Prix récom­pense un poète d’expression française pour un recueil de poèmes ou pour l’ensemble de son œuvre. Présidé par Sylvestre Clanci­er, le jury est con­sti­tué de l’ensem­ble des mem­bres de l’A­cadémie Mal­lar­mé. Con­tin­uer la lec­ture →

« Toujours dans les reflets du fleuve »

Philippe MATHY, ill. de Pas­cale NECTOUX, Veilleur d’instants, Paris, L’herbe qui trem­ble, 2017, 128 p., 16€, ISBN : 9782918220503

mathy.gifLes fleuves sont de red­outa­bles pour­voyeurs de poèmes ! De Rim­baud qui en descendait les rives impas­si­bles, aux poètes con­tem­po­rains comme Jacques Dar­ras ou Franck Venaille, ils auront char­rié, dans les remous de leurs rimes ou dans la vase de leurs métaphores, de nom­breux vers éter­nels et impa­ra­bles. Mythique ou réel, le fleuve porte lit­térale­ment le poème à bout de bras. Avec ce nou­veau recueil, Philippe Mathy rejoint cette lignée de poètes-nau­toniers ! Partageant sa vie entre le Tour­nai­sis et la Bour­gogne, le poète bal­ance son amarre de  l’Escaut à la Loire. Con­tin­uer la lec­ture →

La peur aux trousses

Véronique DAINE, Alain DULAC (ill.), Extrac­tion de la peur, L’herbe qui trem­ble, 2016, 72 p., 14€

daineTout au long des cinq par­ties qui com­posent son dernier recueil, Véronique Daine se garde bien de repren­dre son souf­fle. Ici, aucun signe de ponc­tu­a­tion per­me­t­tant au lecteur de lever la tête. L’écriture cur­sive, par­fois acérée, coule et se déverse telle une fugue de Bach jouée en stac­ca­to. Un débit ver­bal qui irrigue, comme le flux san­guin, tous les recoins du corps. C’est que les mots de l’auteure s’infiltrent juste­ment dans ces zones d’ombre pour tra­quer nos angoiss­es les plus pro­fondes. Celles tapies dans les replis d’une chair flétrie ou dans la pénom­bre d’une (veine) cave. Ces peurs vis­cérales qui nous rap­pel­lent que les tripes sont bien logées au cœur du ven­tre, quand la boule d’angoisse fait chavir­er l’âme. Allitéra­tive, métaphorique, sou­vent hal­lu­cinée, la langue est per­cu­tante, dit le monde et les êtres tels qu’ils sont, c’est-à-dire sou­vent ter­ri­fi­ants. Les images dès lors s’entrechoquent, font cra­quer le reste de ver­nis lyrique auquel on pen­sait pou­voir se rac­crocher.  Con­tin­uer la lec­ture →

Au creux de l’absence la poésie

Alain DANTINNE, Pré­cis d’incertitude, pein­tures d’Alain Dulac, Herbe qui trem­ble, 2016, 141 p., 17 €

dantinne« Au cœur de l’écriture / l’ombre de la main / Au cœur de l’ombre / une fêlure / Au cœur de la fêlure / l’absence / Au creux de l’absence / la poésie »

Dans une lumière tamisée s’ouvre ain­si le dernier recueil d’Alain Dan­tinne, Pré­cis d’incertitude. Con­tin­uer la lec­ture →

Avec la langue…

Un coup de coeur du Carnet
Ghislain COTTON

horguelinVivant au XVIe siè­cle dans la région lié­geoise, le révérend Domini­cain Johannes Leo Pla­cen­tius (dit Léon le Plaisant), à force sans doute de répéter qu’au com­mence­ment était le verbe, fut un des pre­miers prati­ciens con­nus du tau­to­gramme, avec son Pugna por­co­rum (le « com­bat des cochons »). Cinq siè­cles plus tard,  avec Alphabé­tiques, le plaisant Thier­ry Horguelin, ludique mil­i­tant et fin let­tré, vivant lui aus­si à Liège, quoique né à Mon­tréal, inscrit aujourd’hui son nom dans cette tra­di­tion ances­trale comme dans le droit fil de l’Oulipo, cet Ouvroir de Lit­téra­ture Poten­tielle, né en 1960 des œuvres de Ray­mond Que­neau et François Le Lion­nais. Con­tin­uer la lec­ture →