Archives par étiquette : Pierre Malherbe

La neige, sans contrefaçon

François JACQMIN, Le livre de la neige, post­face de Gérald Pur­nelle, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2016, 152 p., 8 €

jacqmin le livre de la neigeLa col­lec­tion « Espace Nord » a l’excellente idée de remet­tre à la dis­po­si­tion des lecteurs deux ouvrages majeurs du poète François Jacqmin (1929–1992) : Les Saisons, ini­tiale­ment paru dans la col­lec­tion du vivant de l’auteur, en 1988 ; et Le Livre de la neige, dernier recueil de poèmes en prose pub­lié aux Edi­tions de la Dif­férence par Jacqmin, avant son décès en 1992. Deux recueils, qui ne sont que l’arbre fine­ment tail­lé cachant la forêt d’écrits qu’a lais­sés le poète – vingt caiss­es de man­u­scrits déposés aux Archives et Musée de la Lit­téra­ture –, par­mi lesquels ont déjà été extraits des recueils sen­si­ble­ment achevés, comme nous l’évoquions l’an dernier à pro­pos du Plumi­er du vent. Con­tin­uer la lec­ture

« Cours, camarade, cours… »

Raoul VANEIGEM, De la des­tinée, Cherche midi, 238 p., 17,50 €/ePub : 14.99 €

De la destinée - Raoul VANEIGEM« … le vieux monde est der­rière toi. » Cet apho­risme qui fleuris­sait avec d’autres sur les murs de Paris durant Mai 68, sonne tou­jours claire­ment aux oreilles de Raoul Vaneigem (Lessines, 1934), l’une des fig­ures tutélaires de l’Internationale sit­u­a­tion­niste avec Guy Debord (1931–1994). L’actualité lit­téraire n’a guerre cessé, ces derniers mois, de revenir sur l’aventure des « Situs » parisiens, qui, même s’ils ne furent que quelques dizaines à y par­ticiper, menèrent de 1957 à 1972 une cri­tique rad­i­cale sur leur époque, ses bases idéologiques, sociales et cul­turelles. Con­tin­uer la lec­ture

topIls ont lu et ils ont appré­cié… Décou­vrez chaque jour le “Top 2015” d’un chroniqueur du Car­net. Une occa­sion de (re)découvrir de manière ludique les temps forts de l’an­née lit­téraire belge. 

 

 

Aujourd’hui : la sélection de Pierre Malherbe

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Morphologie intime d’un supporteur de foot

Un coup de coeur du Carnet

Jean-Philippe TOUSSAINT, Foot­ball, Paris, Édi­tions de Minu­it, 2015, 124 p., 12,50€ / epub : 8,99€. Un ouvrage pub­lié avec le sou­tien de la Fédéra­tion Wal­lonie-Brux­elles

toussaint football« Que serait le foot­ball s’il n’y avait pas le Brésil ? » Jean-Philippe Tou­s­saint se pose incidem­ment la ques­tion, au détour des pages de Foot­ball, son nou­veau livre, un petit recueil de textes légers bien dans sa manière, l’air de ne pas y touch­er, tout en ironie, entre obser­va­tions fine­ment détail­lées et apartés secs à la Buster Keaton, avec pour sujet appar­ent, ses rap­ports avec le bal­lon rond et quelques Coupes du monde de foot. La par­tie n’est pas gag­née d’avance, si l’on ose dire, et Tou­s­saint le sait bien : « Voici un livre qui ne plaira à per­son­ne », écrit-il « ni aux intel­lectuels, qui ne s’intéressent pas au foot­ball, ni aux ama­teurs de foot­ball, qui le trou­veront trop intel­lectuel. » Il n’a pas tout à fait tort. Du moins, pour l’auteur de cette chronique, qui doit bien avouer au lecteur qu’en effet, il n’a guère dévelop­pé de goût pour le foot que dans son enfance, assez loin der­rière donc, et qu’aujourd’hui, il est inca­pable de don­ner le nom du gar­di­en de but des Dia­bles Rouges, pas plus qu’il ne peut iden­ti­fi­er les couleurs de mail­lots des équipes alle­mande, brésili­enne ou ital­i­enne (enfin, ital­i­enne : peut-être le rouge, comme pour les auto­mo­biles ? Mais nos Dia­bles, alors ?) Donc le foot­ball, avec ou sans le Brésil… Con­tin­uer la lec­ture

Le plumier de François Jacqmin

François JACQMIN, Le Plumi­er de vent, illus­tra­tions d’Alexandre Hol­lan, pré­face de Daniel Mey­er, pro­logue de Gérald Pur­nelle, La pierre d’alun, 2015, 80 p., 32 €

jacqminIl en va de cer­tains écrivains comme des espèces d’oiseaux migra­teurs : ils s’en vont en fin d’automne, on s’attend à les revoir dans nos jardins aux pre­miers jours de print­emps, de nou­velles plumes sur le dos, et puis, rien. On les attend en vain, ils ne réap­pa­rais­sent pas. Quelque­fois, c’est toute une lignée dont on perd ain­si la trace, ou le dernier spéci­men d’une espèce déjà men­acée. Des « Sept types en or » (rap­pelons leurs noms : Théodore Koenig, Mar­cel et Gabriel Piquer­ay, François Jacqmin, Paul Bour­goignie, Joseph Noiret, Pierre Put­te­mans) qui ani­mèrent dès 1953 le groupe «  Phan­tomas » (« La revue Phan­tomas, c’est Popocate­petl six fois par an », affichait la qua­trième de cou­ver­ture), c’est François Jacqmin qui, le pre­mier, en 1992, s’éclipsa au loin, fidèle à sa dis­cré­tion toute bri­tan­nique. Et le dernier des « Sept », Pierre Put­te­mans, s’est défini­tive­ment envolé en 2013. Con­tin­uer la lec­ture

Jacques Calonne, l’insaisissable noctuelle

Un coup de coeur du Carnet
Pierre MALHERBE

calonne_malherbeOut­re une déli­cate pièce pour piano de Mau­rice Rav­el, dédiée à Léon-Paul Far­gue, il existe une myr­i­ade de noctuelles, près de vingt-cinq mille espèces à la sur­face de la terre, sem­ble-t-il, et qu’on appelle un peu plus anonymement des papil­lons de nuit. Les che­nilles de noctuelles sont la ter­reur des agricul­teurs et des pas­sion­nés des jardins, car, polyphages, elles se nour­ris­sent de tout ce qui leur passe sous le nez, et unique­ment la nuit bien sûr – la journée, elles digèrent leur fes­tin et se reposent avec non­cha­lance. Jacques Calonne, né en 1930 à Mons, fait par­tie de cette grande famille des noctuelles, à ceci près qu’il n’est la ter­reur de per­son­ne ayant les doigts verts. Con­tin­uer la lec­ture

L’itinéraire d’Ivan Alechine au pays des Indiens Huichols

Pierre MALHERBE

alechine_delaunoisDans Oldies (Galilée, 2012), Ivan Ale­chine était remon­té à la source de ses années d’enfance, à Sauvage­mont en Bra­bant wal­lon, puis nous avait entraînés à sa suite dans un voy­age sou­vent tumultueux, celui de son ado­les­cence et de son entrée dans un monde adulte où il peinait à trou­ver sa place. Proche par ses par­ents, Pierre et Micky Alechin­sky, de toute une com­mu­nauté intel­lectuelle et artis­tique extrême­ment viv­i­fi­ante, curieuse de tout, Ivan Ale­chine a racon­té dans Oldies com­bi­en il lui avait été dif­fi­cile de pren­dre ses pro­pres mar­ques. Tar­di­ve­ment, il s’était aperçu qu’il lui fal­lait absol­u­ment abor­der un nou­veau con­ti­nent, un ter­ri­toire men­tal et émo­tion­nel qui lui appar­ti­enne en pro­pre, où il allait lui aus­si pou­voir expéri­menter, trac­er des lignes, dessin­er des cer­cles, danser et sautiller autour d’un feu cen­tral, sans crainte de lâch­er des mains. Con­tin­uer la lec­ture

Bruts et convulsifs, Jean Dubuffet et Marcel Moreau

Jean DUBUFFET et Mar­cel MOREAU, De l’Art Brut aux Beaux-Arts con­vul­sifs, pré­face de Nathalie Junger­man, Stras­bourg, L’Atelier con­tem­po­rain, 2014, 96 p., 20 €

moreauJean Dubuf­fet, Mar­cel More­au : la ren­con­tre de deux créa­teurs de cet acabit, tous deux jetant aux flammes, avec la même rage, « l’asphyxiante cul­ture » – selon le titre de l’un des ouvrages les plus con­nus du créa­teur du cycle de L’Hourloupe – pou­vait être risquée : ça passe ou ça casse. De 1969 à 1984 (Dubuf­fet meurt en 1985), ils échangèrent une soix­an­taine de let­tres, se ren­con­trèrent à plusieurs repris­es, à Paris et dans l’atelier du pein­tre-sculp­teur, échangèrent des livres et quelques œuvres, et restèrent en bons ter­mes – ce qui n’était pas gag­né, quand on con­naît les rela­tions sou­vent ten­dues, puis suiv­ies de rup­tures fra­cas­santes, que Dubuf­fet a entretenues avec bon nom­bre de ses con­tem­po­rains. Dubuf­fet est plus âgé que More­au, trois décen­nies les sépar­ent. Pour­tant, il ne s’agit pas entre eux d’un rap­port d’aîné à cadet, d’artiste et père (spir­ituel) à écrivain déjà un peu con­nu, mais encore au début d’une œuvre qui aujourd’hui compte plus de soix­ante titres.

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