Archives par étiquette : Raoul Vaneigem

Ne jamais abdiquer

Nico­las KOZAKIS, Raoul VANEIGEM, Vivre, Yel­low Now et EMET, 2024, 224 p., 28 €, ISBN : 9782873405038

kozakis vaneigem vivrePlacé sous l’horizon d’une réin­ven­tion des pos­si­bil­ités d’exister, le livre Vivre se présente comme un dis­posi­tif com­posé des textes de Raoul Vaneigem et des images, des pho­togrammes de Nico­las Koza­kis. Somptueuse­ment présen­tée, cette machine poé­tique de résis­tance est extraite des films qu’ils ont réal­isés entre 2012 et 2022. En français, en anglais et en grec (l’ouvrage est co-édité par Yel­low Now et l’EMET, le Musée nation­al d’Art con­tem­po­rain d’Athènes), les textes dia­loguent avec des images en noir et blanc, paysages grecs, scènes de la vie quo­ti­di­enne, éten­dues mar­itimes, vis­ages mul­ti­ples du vivant… Dans un monde dom­iné par la logique pré­da­trice du Cap­i­tal, par l’asservissement des formes de vie humaines et non humaines, régi par une société du spec­ta­cle entrée dans son dernier acte, les films écrits et réal­isés par Raoul Vaneigem et Nico­las Kazankis s’élèvent comme un chant de par­ti­sans pari­ant pour l’avènement d’une nou­velle ère, pour une tec­tonique des con­sciences et des corps éman­cipés de l’emprise exer­cée par un panop­tique général­isé. Con­tin­uer la lec­ture

« … Rayez le mot surréalisme »

Xavier CANONNE (sous la dir. de), His­toire de ne pas rire. Le sur­réal­isme en Bel­gique, Fonds Mer­ca­tor et Bozar Books, 2024, 288 p., 49 €, ISBN : 978–94-6230–371‑3

canonne histoire de ne pas rire le surrealisme en belgiqueÀ l’origine, His­toire de ne pas rire est le titre don­né en 1956, par Mar­cel Mar­iën, qui en est l’éditeur à l’enseigne des Lèvres nues, aux écrits théoriques de Paul Nougé (1895–1967). Au dos de l’ouvrage fig­ure un encart en let­tres cap­i­tales : « Exégètes, pour y voir clair, rayez le mot sur­réal­isme ». Ce n’était pas la pre­mière fois que Nougé pre­nait ses « dis­tances » avec le mot sur­réal­isme, qu’il avait déjà indiqué plus tôt utilis­er sim­ple­ment « pour les com­mod­ités de la con­ver­sa­tion ». Il n’en reste pas moins que Nougé, dès l’automne 1924 – et indépen­dam­ment de la pub­li­ca­tion par André Bre­ton du pre­mier Man­i­feste du Sur­réal­isme – con­stitue avec Camille Goe­mans et Mar­cel Lecomte le trio fon­da­teur des activ­ités sur­réal­istes en Bel­gique, par l’édition d’une série de tracts ironiques sous le nom de « Cor­re­spon­dance », visant les milieux lit­téraires et artis­tiques, essen­tielle­ment français, de l’époque. Si l’on s’en tient à la chronolo­gie, il est donc naturel (comme il en va de même pour le Man­i­feste de Bre­ton), que l’on com­mé­more en 2024 le cen­te­naire du mou­ve­ment sur­réal­iste, qui ray­on­na durant plusieurs décen­nies non seule­ment en France et tout par­ti­c­ulière­ment en Bel­gique, mais égale­ment en Europe et sur d’autres con­ti­nents. Con­tin­uer la lec­ture

André Stas ou le spadassin passe-murailles

André STAS (textes) et Ben­jamin MONTI (dessins), Bref caetera, La pierre d’alun, coll. « La petite pierre », 2022, 64 p., 15 €, ISBN : 978–2‑87429–124‑1
Raoul VANEIGEM (textes), André STAS (col­lages), Adages, La pierre d’alun, coll. « La petite pierre », 2022, 64 p., 15 €, ISBN : 978–2‑87429–123‑4

Stas monti bref caeteraOn peut rire aux larmes, et de tout, et de rien… mais pour rédi­ger un traité de savoir-rire, il faut dénich­er l’arme et l’avoir bien en main. L’entretenir. Depuis plus de qua­tre décen­nies, André Stas, « ce chif­fon­nier muni de son cro­chet » – comme le décrivait en 1981 Scute­naire dans sa pré­face à une expo­si­tion de col­lages au Salon d’Art, chez Jean Mar­che­t­ti – a tou­jours trou­vé matière à con­fec­tion­ner ses flèch­es et couteaux, aigu­isés, effilés, enduits d’un secret mélange de curare, de hou­blon et d’eau de Spa, pour attein­dre ses cibles. Les col­lages de Stas, nés dans la par­faite con­nais­sance de ses prédécesseurs sur­réal­istes, ont acquis très vite une autonomie per­son­nelle, que Jacques Lizène définis­sait comme « des enlu­min­ures libres ». À la fois absur­des, dro­la­tiques, par­fois féériques et sou­vent sen­suelles voire sex­uelles, mais sans illu­sions : Stas est impi­toy­able à l’égard de lui-même et de ses sem­blables. Cet homme ne s’épargne pas, pas plus que ses col­lages au scalpel n’épargnent le monde qui l’environne. On cite à nou­veau Scute­naire : un col­lage de Stas, c’est « comme si une éponge morte et sat­urée d’une eau sale rede­ve­nait une créa­ture marine, vivante et fraîche, encore que par­fois effrayante. » Con­tin­uer la lec­ture

Du poing au doigt levés

Raoul VANEIGEM, Retour à la base, Cac­tus inébran­lable, 2021, 58 p., 8 €, ISBN : 978–2‑39049–032‑6

vaneigem retour a la baseDepuis son Traité de savoir vivre à l’usage des jeunes généra­tions paru en 1967, Raoul Vaneigem est une star dans cer­tains milieux uni­ver­si­taires. Sa ren­con­tre avec Guy Debord et sa par­tic­i­pa­tion à l’Internationale sit­u­a­tion­niste pen­dant la décen­nie des années soix­ante l’ont défini­tive­ment asso­cié à cette péri­ode exigeant de « chang­er le monde ». Or tout reste à faire : Con­tin­uer la lec­ture

Les mains à la fête

Raoul VANEIGEM, La lib­erté enfin s’éveille au souf­fle de la vie, Cherche Midi, 2020, 159 p., 10.90 € / ePub : 6.99 €, ISBN : 9782749165981

raoul vaneigem la liberté enfin s'éveille au souffle de la vieIl faut saluer la fidél­ité opiniâtre de Raoul Vaneigem qui, depuis les années soix­ante, ne cesse de martel­er l’inéluctable éman­ci­pa­tion grâce à l’ « insur­rec­tion paci­fique » ! De ce lien indé­fectible, il scrute les traces d’un Mai 68 jamais achevé, tou­jours en devenir comme le « devenir humain » lui-même, dont il voit la dernière man­i­fes­ta­tion dans le mou­ve­ment des Gilets jaunes, voire même en tra­vers de « l’autodéfense san­i­taire » face au Covid. En tout cas, du clas­sique Traité du savoir-vivre à l’usage des jeunes généra­tions à l’actuel La lib­erté enfin s’éveille au souf­fle de la vie, aucun de ses écrits ne mon­tre le moin­dre relâche­ment de sa vig­i­lance face au pou­voir hiérar­chique et religieux, patri­ar­cal et marc­hand ain­si qu’à l’individu gré­gaire qu’il pro­duit. Et aucun ne manque d’exalter  « l’expérience du vivre-ensem­ble et de la jouis­sance créa­trice » dans une « société où s’harmoniserait la diver­sité des désirs ». Con­tin­uer la lec­ture

L’autogestion de la vie affinée

Raoul VANEIGEM, Con­tri­bu­tion à l’émergence de ter­ri­toires libérés de l’emprise éta­tique et marchande. Réflex­ion sur l’autogestion de la vie quo­ti­di­enne, Bib­lio­thèque Rivages, 2018, 185 p., 15.90 € / ePub : 10.99 €, ISBN : 978–2‑7436–4536‑6

L’effondrement des valeurs anci­ennes – patri­ar­cat, autorité, dis­ci­pline mil­i­taire, célébra­tion du sac­ri­fice — a per­mis que se dégage de la nuit et du brouil­lard sus­cités par leur chute une revivis­cence de ces aspi­ra­tions humaines que les assauts de la bar­barie n’ont jamais entamées durable­ment : sol­i­dar­ité, entraide, alliance avec la nature, autonomie, gyno­cen­trisme. 

Voici un demi-siè­cle, le Traité du savoir-vivre à l’usage des jeunes généra­tions (Folio éd.) de Raoul Vaneigem en même temps que La société du spec­ta­cle (Folio éd.) de Guy Debord mar­quaient l’irruption fra­cas­sante du sit­u­a­tion­nisme dans la pen­sée con­tem­po­raine. À la fois rad­i­cales (ant­i­cap­i­tal­istes et anti­com­mu­nistes), pré­moni­toires (de Mai 68), banal­isées (et impuis­santes : la dénon­ci­a­tion de la « société du spec­ta­cle » est dev­enue un pon­cif de toute déc­la­ra­tion « cul­turelle », mais qu’un Jacques Ran­cière per­met de dépass­er), cri­tiquées (même par un Claude Lefort : « parade », « pas­sion du mot d’ordre », « logique de l’affect » égale à celle « du con­cept ») et pour­tant intactes, ces pub­li­ca­tions peu­vent-elles devenir un événe­ment pour une pen­sée (in)actuelle ? Con­tin­uer la lec­ture

Vaneigem se met à table

Raoul VANEIGEM, Pro­pos de table. Dia­logue entre la vie et le corps, Cherche midi, 2018, 350 p., 18 € / ePub : 12.99 €, ISBN : 9782749155739

Il y a quelque chose de naturelle­ment récon­for­t­ant et d’absolument pas vain à lire, encore et tou­jours, Raoul Vaneigem. Au terme de son livre, Pro­pos de table, dernier paru dans une bib­li­ogra­phie qui compte près d’une quar­an­taine d’ouvrages depuis 1967, il incite son lecteur, d’une manière délibérée et vibrante, à pour­suiv­re ce que lui-même a entre­pris chaque jour : un dia­logue entre la vie et le corps. Vaneigem, qui a passé le cap de ce qu’on appelle aujourd’hui le qua­trième âge, ter­mine par un para­graphe (l’ouvrage en compte quelque sept cents de longueurs divers­es, qui font tan­tôt trois lignes, tan­tôt une page) d’un opti­misme sans défail­lance. « Le corps, écrit-il, est un édi­fice ter­restre – une cathé­drale minérale, végé­tale, ani­male et humaine – qui com­mence à peine à se bâtir. » Déc­la­ra­tion non pas de foi, pour l’agnostique et le pour­fend­eur des reli­gions qu’il reste (« Dépass­er Dieu c’est réalis­er l’humain »), mais bien de volon­té : face à une société qui place tou­jours plus haut le strug­gle for life, où la marchan­di­s­a­tion atteint toutes les struc­tures du corps social et men­tal, pour mieux en min­er les résis­tances et en saper les rébel­lions, il faut, nous rap­pelle l’auteur du Livre des plaisirs (Espace Nord, 2014), rugir par un « Sou­viens-toi de vivre » libéra­teur et puis­sant, dont tous les pos­si­bles restent à explor­er. Con­tin­uer la lec­ture

Brelan de garnements

DOCTEUR LICHIC, Anec­dotes, Col­lages de Jean-Christophe Ditroy, Cac­tus inébran­lable, 2017, 88 p., 9 €, ISBN : 978–2‑930659–64‑0 ; Jean-Philippe QUERTON, Minute d’insolence, Illus­tra­tions de Ben­jamin Mon­ti, Cac­tus Inébran­lable , 2017, 88 p., 9 €, ISBN : 978–2‑930659–66‑4 ; Raoul VANEIGEM, Pourquoi je ne vote pas et autres inédits, Illus­tra­tions de Serge Poliart et Joseph Ghin, Cac­tus Inébran­lable , 2017, 84 p., 9 €, ISBN : 978–2‑930659–65‑7

docteur lichic anecdotesLes édi­tions du Cac­tus Inébran­lable tirent une salve de trois petits livres où la plus rafraîchissante des gaminer­ies côtoie des pépites de sagesse ou de sub­ver­sion. Leurs auteurs que le Gloupi­er qual­i­fierait sans doute de « déli­cieux chenapans » ne sont pas novices dans le genre, il s’en faut, et leur inven­tiv­ité, pas seule­ment facétieuse, s’est déjà large­ment illus­trée dans plusieurs opus­cules et mag­a­zines dont les plus folâtres et joyeuse­ment trans­gres­sifs. Au générique, on trou­ve le mul­ti­ple Doc­teur Lichic, Jean-Philippe Quer­ton, funam­bule et bra­con­nier des mots, ain­si que l’infatigable et salu­bre con­temp­teur de « l’ordre social dom­i­nant », Raoul Vaneigem. Con­tin­uer la lec­ture

« Cours, camarade, cours… »

Raoul VANEIGEM, De la des­tinée, Cherche midi, 238 p., 17,50 €/ePub : 14.99 €

De la destinée - Raoul VANEIGEM« … le vieux monde est der­rière toi. » Cet apho­risme qui fleuris­sait avec d’autres sur les murs de Paris durant Mai 68, sonne tou­jours claire­ment aux oreilles de Raoul Vaneigem (Lessines, 1934), l’une des fig­ures tutélaires de l’Internationale sit­u­a­tion­niste avec Guy Debord (1931–1994). L’actualité lit­téraire n’a guerre cessé, ces derniers mois, de revenir sur l’aventure des « Situs » parisiens, qui, même s’ils ne furent que quelques dizaines à y par­ticiper, menèrent de 1957 à 1972 une cri­tique rad­i­cale sur leur époque, ses bases idéologiques, sociales et cul­turelles. Con­tin­uer la lec­ture

La chasse aux mots

Un coup de coeur du Carnet
Olga KRISTEL

vaneigem_logistIl était une fois un sit­u­a­tion­niste qui avait écrit quelques-uns des meilleurs slo­gans de mai 68 et qui prô­nait l’autogestion et la désobéis­sance civile. Mais ce qu’on savait moins, c’est que l’octogénaire écrivait aus­si des livres pour enfants… Et quels livres ! Presque une demi-siè­cle après son Traité de savoir-vivre à l’usage des jeunes généra­tions, Raoul Vaneigem nous offre Le cueilleur de mots, un con­te pour les petits et les grands, où l’intelligence le dis­pute à la poésie. Con­tin­uer la lec­ture