
Nous apprenons le décès de l’essayiste Raoul Vaneigem, qui fut avec Guy Debord la figure de proue du mouvement situationniste. Il est né à Lessines le 21 mars 1938 et décédé ce 28 juillet.
Continuer la lecture
Nous apprenons le décès de l’essayiste Raoul Vaneigem, qui fut avec Guy Debord la figure de proue du mouvement situationniste. Il est né à Lessines le 21 mars 1938 et décédé ce 28 juillet.
Continuer la lectureNicolas KOZAKIS, Raoul VANEIGEM, Vivre, Yellow Now et EMET, 2024, 224 p., 28 €, ISBN : 9782873405038
Placé sous l’horizon d’une réinvention des possibilités d’exister, le livre Vivre se présente comme un dispositif composé des textes de Raoul Vaneigem et des images, des photogrammes de Nicolas Kozakis. Somptueusement présentée, cette machine poétique de résistance est extraite des films qu’ils ont réalisés entre 2012 et 2022. En français, en anglais et en grec (l’ouvrage est co-édité par Yellow Now et l’EMET, le Musée national d’Art contemporain d’Athènes), les textes dialoguent avec des images en noir et blanc, paysages grecs, scènes de la vie quotidienne, étendues maritimes, visages multiples du vivant… Dans un monde dominé par la logique prédatrice du Capital, par l’asservissement des formes de vie humaines et non humaines, régi par une société du spectacle entrée dans son dernier acte, les films écrits et réalisés par Raoul Vaneigem et Nicolas Kazankis s’élèvent comme un chant de partisans pariant pour l’avènement d’une nouvelle ère, pour une tectonique des consciences et des corps émancipés de l’emprise exercée par un panoptique généralisé. Continuer la lecture
Xavier CANONNE (sous la dir. de), Histoire de ne pas rire. Le surréalisme en Belgique, Fonds Mercator et Bozar Books, 2024, 288 p., 49 €, ISBN : 978–94-6230–371‑3
À l’origine, Histoire de ne pas rire est le titre donné en 1956, par Marcel Mariën, qui en est l’éditeur à l’enseigne des Lèvres nues, aux écrits théoriques de Paul Nougé (1895–1967). Au dos de l’ouvrage figure un encart en lettres capitales : « Exégètes, pour y voir clair, rayez le mot surréalisme ». Ce n’était pas la première fois que Nougé prenait ses « distances » avec le mot surréalisme, qu’il avait déjà indiqué plus tôt utiliser simplement « pour les commodités de la conversation ». Il n’en reste pas moins que Nougé, dès l’automne 1924 – et indépendamment de la publication par André Breton du premier Manifeste du Surréalisme – constitue avec Camille Goemans et Marcel Lecomte le trio fondateur des activités surréalistes en Belgique, par l’édition d’une série de tracts ironiques sous le nom de « Correspondance », visant les milieux littéraires et artistiques, essentiellement français, de l’époque. Si l’on s’en tient à la chronologie, il est donc naturel (comme il en va de même pour le Manifeste de Breton), que l’on commémore en 2024 le centenaire du mouvement surréaliste, qui rayonna durant plusieurs décennies non seulement en France et tout particulièrement en Belgique, mais également en Europe et sur d’autres continents. Continuer la lecture
André STAS (textes) et Benjamin MONTI (dessins), Bref caetera, La pierre d’alun, coll. « La petite pierre », 2022, 64 p., 15 €, ISBN : 978–2‑87429–124‑1
Raoul VANEIGEM (textes), André STAS (collages), Adages, La pierre d’alun, coll. « La petite pierre », 2022, 64 p., 15 €, ISBN : 978–2‑87429–123‑4
On peut rire aux larmes, et de tout, et de rien… mais pour rédiger un traité de savoir-rire, il faut dénicher l’arme et l’avoir bien en main. L’entretenir. Depuis plus de quatre décennies, André Stas, « ce chiffonnier muni de son crochet » – comme le décrivait en 1981 Scutenaire dans sa préface à une exposition de collages au Salon d’Art, chez Jean Marchetti – a toujours trouvé matière à confectionner ses flèches et couteaux, aiguisés, effilés, enduits d’un secret mélange de curare, de houblon et d’eau de Spa, pour atteindre ses cibles. Les collages de Stas, nés dans la parfaite connaissance de ses prédécesseurs surréalistes, ont acquis très vite une autonomie personnelle, que Jacques Lizène définissait comme « des enluminures libres ». À la fois absurdes, drolatiques, parfois féériques et souvent sensuelles voire sexuelles, mais sans illusions : Stas est impitoyable à l’égard de lui-même et de ses semblables. Cet homme ne s’épargne pas, pas plus que ses collages au scalpel n’épargnent le monde qui l’environne. On cite à nouveau Scutenaire : un collage de Stas, c’est « comme si une éponge morte et saturée d’une eau sale redevenait une créature marine, vivante et fraîche, encore que parfois effrayante. » Continuer la lecture
Raoul VANEIGEM, Retour à la base, Cactus inébranlable, 2021, 58 p., 8 €, ISBN : 978–2‑39049–032‑6
Depuis son Traité de savoir vivre à l’usage des jeunes générations paru en 1967, Raoul Vaneigem est une star dans certains milieux universitaires. Sa rencontre avec Guy Debord et sa participation à l’Internationale situationniste pendant la décennie des années soixante l’ont définitivement associé à cette période exigeant de « changer le monde ». Or tout reste à faire : Continuer la lecture
Raoul VANEIGEM, La liberté enfin s’éveille au souffle de la vie, Cherche Midi, 2020, 159 p., 10.90 € / ePub : 6.99 €, ISBN : 9782749165981
Il faut saluer la fidélité opiniâtre de Raoul Vaneigem qui, depuis les années soixante, ne cesse de marteler l’inéluctable émancipation grâce à l’ « insurrection pacifique » ! De ce lien indéfectible, il scrute les traces d’un Mai 68 jamais achevé, toujours en devenir comme le « devenir humain » lui-même, dont il voit la dernière manifestation dans le mouvement des Gilets jaunes, voire même en travers de « l’autodéfense sanitaire » face au Covid. En tout cas, du classique Traité du savoir-vivre à l’usage des jeunes générations à l’actuel La liberté enfin s’éveille au souffle de la vie, aucun de ses écrits ne montre le moindre relâchement de sa vigilance face au pouvoir hiérarchique et religieux, patriarcal et marchand ainsi qu’à l’individu grégaire qu’il produit. Et aucun ne manque d’exalter « l’expérience du vivre-ensemble et de la jouissance créatrice » dans une « société où s’harmoniserait la diversité des désirs ». Continuer la lecture
Raoul VANEIGEM, Contribution à l’émergence de territoires libérés de l’emprise étatique et marchande. Réflexion sur l’autogestion de la vie quotidienne, Bibliothèque Rivages, 2018, 185 p., 15.90 € / ePub : 10.99 €, ISBN : 978–2‑7436–4536‑6
L’effondrement des valeurs anciennes – patriarcat, autorité, discipline militaire, célébration du sacrifice — a permis que se dégage de la nuit et du brouillard suscités par leur chute une reviviscence de ces aspirations humaines que les assauts de la barbarie n’ont jamais entamées durablement : solidarité, entraide, alliance avec la nature, autonomie, gynocentrisme.
Voici un demi-siècle, le Traité du savoir-vivre à l’usage des jeunes générations (Folio éd.) de Raoul Vaneigem en même temps que La société du spectacle (Folio éd.) de Guy Debord marquaient l’irruption fracassante du situationnisme dans la pensée contemporaine. À la fois radicales (anticapitalistes et anticommunistes), prémonitoires (de Mai 68), banalisées (et impuissantes : la dénonciation de la « société du spectacle » est devenue un poncif de toute déclaration « culturelle », mais qu’un Jacques Rancière permet de dépasser), critiquées (même par un Claude Lefort : « parade », « passion du mot d’ordre », « logique de l’affect » égale à celle « du concept ») et pourtant intactes, ces publications peuvent-elles devenir un événement pour une pensée (in)actuelle ? Continuer la lecture
Raoul VANEIGEM, Propos de table. Dialogue entre la vie et le corps, Cherche midi, 2018, 350 p., 18 € / ePub : 12.99 €, ISBN : 9782749155739
Il y a quelque chose de naturellement réconfortant et d’absolument pas vain à lire, encore et toujours, Raoul Vaneigem. Au terme de son livre, Propos de table, dernier paru dans une bibliographie qui compte près d’une quarantaine d’ouvrages depuis 1967, il incite son lecteur, d’une manière délibérée et vibrante, à poursuivre ce que lui-même a entrepris chaque jour : un dialogue entre la vie et le corps. Vaneigem, qui a passé le cap de ce qu’on appelle aujourd’hui le quatrième âge, termine par un paragraphe (l’ouvrage en compte quelque sept cents de longueurs diverses, qui font tantôt trois lignes, tantôt une page) d’un optimisme sans défaillance. « Le corps, écrit-il, est un édifice terrestre – une cathédrale minérale, végétale, animale et humaine – qui commence à peine à se bâtir. » Déclaration non pas de foi, pour l’agnostique et le pourfendeur des religions qu’il reste (« Dépasser Dieu c’est réaliser l’humain »), mais bien de volonté : face à une société qui place toujours plus haut le struggle for life, où la marchandisation atteint toutes les structures du corps social et mental, pour mieux en miner les résistances et en saper les rébellions, il faut, nous rappelle l’auteur du Livre des plaisirs (Espace Nord, 2014), rugir par un « Souviens-toi de vivre » libérateur et puissant, dont tous les possibles restent à explorer. Continuer la lecture
DOCTEUR LICHIC, Anecdotes, Collages de Jean-Christophe Ditroy, Cactus inébranlable, 2017, 88 p., 9 €, ISBN : 978–2‑930659–64‑0 ; Jean-Philippe QUERTON, Minute d’insolence, Illustrations de Benjamin Monti, Cactus Inébranlable , 2017, 88 p., 9 €, ISBN : 978–2‑930659–66‑4 ; Raoul VANEIGEM, Pourquoi je ne vote pas et autres inédits, Illustrations de Serge Poliart et Joseph Ghin, Cactus Inébranlable , 2017, 84 p., 9 €, ISBN : 978–2‑930659–65‑7
Les éditions du Cactus Inébranlable tirent une salve de trois petits livres où la plus rafraîchissante des gamineries côtoie des pépites de sagesse ou de subversion. Leurs auteurs que le Gloupier qualifierait sans doute de « délicieux chenapans » ne sont pas novices dans le genre, il s’en faut, et leur inventivité, pas seulement facétieuse, s’est déjà largement illustrée dans plusieurs opuscules et magazines dont les plus folâtres et joyeusement transgressifs. Au générique, on trouve le multiple Docteur Lichic, Jean-Philippe Querton, funambule et braconnier des mots, ainsi que l’infatigable et salubre contempteur de « l’ordre social dominant », Raoul Vaneigem. Continuer la lecture
Raoul VANEIGEM, De la destinée, Cherche midi, 238 p., 17,50 €/ePub : 14.99 €
« … le vieux monde est derrière toi. » Cet aphorisme qui fleurissait avec d’autres sur les murs de Paris durant Mai 68, sonne toujours clairement aux oreilles de Raoul Vaneigem (Lessines, 1934), l’une des figures tutélaires de l’Internationale situationniste avec Guy Debord (1931–1994). L’actualité littéraire n’a guerre cessé, ces derniers mois, de revenir sur l’aventure des « Situs » parisiens, qui, même s’ils ne furent que quelques dizaines à y participer, menèrent de 1957 à 1972 une critique radicale sur leur époque, ses bases idéologiques, sociales et culturelles. Continuer la lecture
Il était une fois un situationniste qui avait écrit quelques-uns des meilleurs slogans de mai 68 et qui prônait l’autogestion et la désobéissance civile. Mais ce qu’on savait moins, c’est que l’octogénaire écrivait aussi des livres pour enfants… Et quels livres ! Presque une demi-siècle après son Traité de savoir-vivre à l’usage des jeunes générations, Raoul Vaneigem nous offre Le cueilleur de mots, un conte pour les petits et les grands, où l’intelligence le dispute à la poésie. Continuer la lecture