Tout au long de l’année 2024, plusieurs anniversaires importants seront célébrés, qui mettront à l’honneur des auteurs et autrices belges. Tour d’horizon.
Le surréalisme a cent ans
En 1924, André Breton signait le Manifeste du surréalisme. Le texte, conçu à l’origine comme une préface, est considéré comme l’acte de naissance du surréalisme. Sans concertation avec le mouvement français, l’activité surréaliste se développe en Belgique à la même époque. Et fêtera donc ses cent ans cette année. Ayant connu des déclinaisons diverses en différents points du globe, le mouvement d’avant-garde sera célébré dans plusieurs pays.
En Belgique, plusieurs événements mettront à l’honneur le surréalisme belge.

Les Musées royaux des Beaux-Arts accueilleront du 21 février au 21 juillet l’exposition IMAGINE ! 100 Years of International Surrealism, une exposition conçue en partenariat avec le Centre Pompidou. Elle mettra l’accent sur les liens entre le surréalisme et un autre grand mouvement artistique international qui a marqué la Belgique : le symbolisme.
IMAGINE! 100 Years of International Surrealism
Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique — Bruxelles
21 février — 21 juillet 2024
Informations et réservation

René Magritte, Le Bain de cristal, 1946, gouache, collection privée © Photothèque R. Magritte, Adagp Images, Paris, 2019
Bozar adoptera une perspective plus proprement littéraire sur le sujet, puisque le fil rouge de l’exposition Histoire de ne pas rire. Le surréalisme en Belgique est l’œuvre de Paul Nougé. L’exposition mettra l’accent sur les contacts internationaux des surréalistes belges et sur les femmes qui ont participé au mouvement.
Histoire de ne pas rire. Le surréalisme en Belgique
Bozar — Bruxelles
21 février – 16 juin 2024
Informations et réservation

Lisette Lombé — D.R.
Parmi les activités proposées autour de l’exposition, une nocturne littéraire le 20 mars à 20h. Cinq écrivains guident le public et présentent leur tableau préféré dans l’exposition : Sulaiman Addonia, Sarah Chiche, Astrid Haerens, Lisette Lombé et Peter Verhelst.
L’édition 2024 de la BRAFA, la grande foire d’art annuelle, passera elle aussi à l’heure surréaliste. L’invité d’honneur sera la Fondation Paul Delvaux, qui présentera de nombreuses œuvres d’un peintre qui s’est toujours tenu à la marge du mouvement surréaliste. Différents exposants proposeront aussi à la vente des œuvres d’artistes surréalistes. Côté littéraire, la BRAFA annonce notamment la présence de “l’exceptionnel et rarissime exemplaire du Manifeste du Surréalisme (1924) d’André Breton, une des dix-neuf copies originales, proposée par la Librairie Lardanchet (Paris), sur le stand de la Chambre professionnelle belge de la Librairie Ancienne et Moderne (CLAM)”. Présente à la BRAFA elle aussi, la Fondation Roi Baudouin présentera un tableau de Jane Graverol et Vendredi, la revue surréaliste manuscrite. Cette revue a été créée à l’initiative du poète Paul Colinet qui, chaque vendredi, entre novembre 1949 et octobre 1951 (soit un total de cent numéros), envoyait ce “magazine” à son neveu, le dessinateur Robert Willems, qui résidait au Congo belge. La Fondation Roi Baudouin a acquis cette œuvre en 2012, grâce aux mécènes de Myriad USA (anciennement KBFUS), antenne philanthropique de la Fondation Roi Baudouin aux États-Unis. La revue est présentée pour la première fois au public depuis sa restauration. Elle contient des dessins, esquisses, collages, textes et notes de surréalistes belges, tels René Magritte, Marcel Mariën, Louis Scutenaire, Irène Hamoir, mais aussi de membres de la jeune génération comme Christian Dotremont, Marcel Broodthaers et Pierre Alechinsky.
BRAFA Art Fair
Brussels Expo — Heysel, Palais 3 et 4
28 janvier — 4 février 2024
Informations et réservation
Lire aussi
- Vendredi. Une correspondance surréaliste, Avant-propos, notes et édition Xavier Canonne, Ludion, 2020
- Tous nos articles sur le mouvement surréaliste
2024, année Ensor
2024 marque aussi le 75e anniversaire du décès du peintre James Ensor (1860–1949). À cette occasion, la Flandre a fait de cette année l’année Ensor. À Anvers, Ostende et Bruxelles notamment, diverses manifestations célébreront le grand peintre ostendais, à qui l’on doit aussi – et c’est la raison de sa présence dans cet article – plusieurs écrits, dont un ensemble significatif a été présenté dans le volume Espace Nord Mes écrits ou Les suffisances matamoresques. À noter que 2024 marque aussi le 75e anniversaire du décès de Maurice Maeterlinck, sans que celui-ci donne lieu à des célébrations particulières.

Ville natale d’Ensor, Ostende multipliera les activités autour de son illustre citoyen. L’exposition phare des célébrations, Rose, Rose, Rose à mes yeux. James Ensor et la nature morte en Belgique de 1830 à 1930, est à visiter au Mu.zee jusqu’au 14 avril.
Rose, Rose, Rose à mes yeux. James Ensor et la nature morte en Belgique de 1830 à 1930
Mu.zee – Ostende
16 décembre 2023 – 14 avril 2024
Informations et réservation
À Anvers, le KMSKA conserve la plus vaste collection mondiale d’œuvres d’Ensor. Dès septembre, le musée présentera la plus grande exposition consacrée au peintre depuis la rétrospective bruxelloise de 1999. Elle évoquera le rapport d’Ensor aux grands artistes qui l’ont inspiré, et notamment sa relation à l’impressionnisme.
Ensor : rêver à l’infini
KMSKA – Anvers
28 septembre 2024 – 18 janvier 2025
Informations et réservation
À Bruxelles, l’accent sera mis sur le rapport d’Ensor à… Bruxelles. En effet, si le peintre est surtout connu pour ses paysages ostendais, la capitale belge a aussi contribué à construire son imaginaire et son langage visuel. L’exposition James Ensor. Inspired by Brussels est une collaboration entre la KBR et les Musées royaux des Beaux-Arts.
James Ensor. Inspired by Brussels
KBR — Brussels
22 février – 2 juin 2024
Informations et réservation
Le musée provincial Emile Verhaeren se mettra lui aussi à l’heure de James Ensor dès le 25 février, avec l’exposition Bal (dé)masqué. James Ensor et le masque dans l’art (plus d’information dans les prochaines semaines).
Lire aussi
- Verhaeren 1886–1887 : entre Ensor, Khnopff et Seurat(Le Carnet et les Instants n°72, 1992)
- James Ensor : portrait du peintre la plume à la main(Le Carnet et les Instants n°109, 1999)
- Ensor toujours jeune (Le Carnet et les Instants n°159, 2009)
- Vive l’art vivant ! précédé de Dans le grenier d’Ensor par François Weyergans, Séguier, 1997
- Vincent DELANNOY, James Ensor à Bruxelles, Samsa, 2021
Franquin et Broodthaers centenaires
2024 est aussi l’année du centenaire d’André Franquin (1924–1997), géant de la bande dessinée franco-belge et créateur notamment de Gaston Lagaffe. Plusieurs publications viendront saluer cet anniversaire. Ainsi, Bob Garcia publie Franquin, les secrets d’une œuvre aux éditions du Rocher, tandis que, dans un format plus compact, la dernière livraison de « L’article » des éditions Lamiroy, signée par Patrick Pinchart, est consacrée au bédéiste.
Plus insolite : comme l’explique Actualitté, la poste française émettra un timbre à l’effigie de Franquin pour célébrer cet anniversaire.
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Décédé en 1976, Marcel Broodthaers est lui aussi né en 1924. Un centenaire qui s’accompagnera, ici encore, de diverses actions commémoratives. Si l’activité de Broodthaers le situe aux confins des arts plastiques et de la poésie, c’est ce deuxième pan de son travail qui sera particulièrement à l’honneur. Le colloque Marcel Broodthaers à la lettre s’attachera plus particulièrement à l’étude des poèmes de l’artiste. Les éditions L’atelier contemporain publieront Le Bestiaire n°III, recueil de poèmes écrits entre 1960 et 1963.
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Ils auraient eu cent ans en 2024
De manière plus discrète, l’année 2024 sera aussi celle du centenaire d’autres auteurs belges.

Philippe Roberts-Jones
Philippe Roberts-Jones (1924–2016) était membre de l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique. Pour honorer sa mémoire, l’institution décerne tous les deux ans le prix de poésie Philippe Jones, qui récompense un poète francophone pour un recueil. Le prix 2024 sera remis en 2025.
Lire aussi
- Philippe Jones : l’expérience de l’œil (Le Carnet et les Instants n°139, 2005)
- En poésie avec Dr Roberts et Mr Jones(Le Carnet et les Instants n°160, 2010)
- Le double du calendrier, La différence, 1993
- L’angle de vue, La différence, 1997
- Signes ou traces. Arts des XIXe et XXe siècles, Académie royale de Belgique, 1997
- Le miroir et le vrai, Phi, 2001
- L’ombre portée, La différence, 2003
- Au-delà du blanc, Le cormier, 2007
- De pierre en nuage, Taillis pré, 2010
- Parenthèses, Le cormier, 2013
- Image verbale, image visible, Taillis Pré, 2013
- L’arbre en chemin, Le cormier, 2015
- Bruegel, Flammarion, 2020 (avec Françoise Roberts-Jones)

Gaston Compère
Écrivain et compositeur décédé en 2008, Gaston Compère est lui aussi l’un des nombreux écrivains nés en 1924. Son œuvre est à redécouvrir notamment aux éditions Maelström reEvolution (Au plus blanc de la nuit), Samsa (Le cœur et la main), mais ou encore Belfond (L’office des ténèbres, La constellation du serpent).
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Jean Muno
Nous l’écrivions ce 3 janvier : l’année 2024 est encore celle du centenaire de Jean Muno (1924–1988). Pour se familiariser avec son œuvre, plusieurs titres sont disponibles dans la collection Espace Nord (Histoires singulières), aux éditions Névrosée (Jeu de rôles) ou encore chez Samsa (Ripple-Marks).
Lire aussi
- Jean Muno, fils de son oeuvre(Le Carnet et les Instants n°116, 2001)
- Histoire exécrable d’un héros brabançon, Espace Nord, 1998
- Rages et ratures. Pages inédites du Journal, Les Éperonniers, 1998
- Saint-Bedon, Bernard Gilson, 1998
- Histoires singulières, Espace Nord, 2014
- Ripple-Marks, Samsa, 2017
- Jeu de rôles, Névrosée, 2020
- Isabelle MOREELS, Jean Muno. La subversion souriante de l’ironie, Peter Lang, 2015