Archives par étiquette : parentalité

Une forteresse loin d’être vide

Jean-Pierre BALFROID, Mélu­sine, M.E.O., 2025, 267 p., 23 €, ISBN : 978–2‑8070–0561‑7

balfroid mélusineLau­rent est un jeune homme de 32 ans qui vit un quo­ti­di­en terne et pesant jusqu’au jour où il est abrupte­ment licen­cié par son employeur. Au même moment, il arrive la même mésaven­ture à Lison, qui tra­vaille dans la même tour imposante. Ils se retrou­vent tous les deux dépités et furieux au rez-de-chaussée de l’immeuble et impro­visent une scène osée dans le tourni­quet de l’entrée afin de faire un pied de nez à leur ex-employeur. Con­tin­uer la lec­ture

« On ne va nulle part en battant des nageoires »

Guil­laume DRUEZ, Cœur de pédé suivi de Bocal, Oiseaux de nuit, coll. « Rideaux rouges » 2023, 114 p., 10 €, ISBN : 9782931101674

druez coeur de pedeCœur de pédé nous met en présence de Guil­laume qui souf­fre du syn­drome du cœur brisé. Son cœur est totale­ment nécrosé, broyé par un cha­grin d’amour.

C’est vrai, je vis.
Avec un cœur brisé.
Hors d’usage.
Ratat­iné.
Mis en miettes. 
Con­tin­uer la lec­ture

À chaque enfant, sa place

Éva BATTAGLIA, L’enfant Do, Cerisi­er, 2023, 93 p., 13 €, ISBN : 978–2‑87267–245‑5

battaglia l'enfant doLes réc­its de par­ents sur leur enfant atteint d’un spec­tre autis­tique ne man­quent pas. Ceux qui atteignent une dimen­sion lit­téraire sont plus rares. En Bel­gique, il y a eu Robin­son, de Lau­rent Demoulin, prix Rossel 2017 (Gallimard/Folio). On pour­ra désor­mais ajouter L’enfant Do, d’Éva Battaglia, pub­lié aux édi­tions belges du Cerisi­er qui pub­lient peu, mais ont élaboré un cat­a­logue de qual­ité au cours du temps. Con­tin­uer la lec­ture

Les reconstructions

Lénaïc BRULÉ, Ric­o­chet, Lans­man, 2022, 52 p., 10 €, ISBN : 9782807103610

brulé ricochetCom­ment con­tin­uer à vivre quand on vous annonce le pire ? Com­ment faire son deuil ? Sur­mon­ter la douleur face à la mort de son enfant ? La vie, telle un ric­o­chet, impose par­fois des rebonds imprévis­i­bles.

Alors qu’elle vient d’arriver dans la bib­lio­thèque où elle tra­vaille, Claire reçoit un ter­ri­ble appel : elle est demandée urgem­ment à l’hôpital. Son mari et son fils ont eu un grave acci­dent de voiture. Arrivée sur place, on lui annonce que son mari, Mar­tin, est en salle d’opération et qu’il va s’en sor­tir. Mal­heureuse­ment, ils ont fait tout ce qu’ils pou­vaient pour leur fils, Sacha, qui est décédé. Con­tin­uer la lec­ture

Petit manuel pour procrastiner sa fugue

Un coup de cœur du Car­net

Char­ly DELWART et Ronan BADEL, Les aven­tures de moi-même. Jour­nal de ma fugue, Flam­mar­i­on Jeunesse, 2021, 144 p., 11,50 € / ePub : 8,49 €, ISBN : 9782080205957

delwart badel les aventures de moi meme journal de ma fugueC’est décidé : Gas­pard, (presque) dix ans, va fuguer. Parce qu’il a le temps, parce qu’il a l’âge, pour pren­dre son indépen­dance, pour voir le monde tout seul comme un grand, car oui, il est grand, main­tenant. Ah, et aus­si parce que ses par­ents et lui ne sont pas, mais alors pas du tout d’accord : ils ont décidé de l’inscrire dans un autre col­lège que celui où iront ses deux meilleurs copains. Une seule solu­tion : quit­ter la mai­son. Con­tin­uer la lec­ture

Être soi, joyeusement

Un coup de cœur du Car­net

Anne HERBAUTS, Ni l’un ni l’autre, Cast­er­man, 2020, 32 p., 15,90 € / ePub : 10.99 €, ISBN : 9782203207578

Ni l’un ni l’autre, le dernier album d’Anne Herbauts est joyeux, entrainant, et une vraie déc­la­ra­tion d’indépendance des jeunes enfants aux­quels il s’adresse. Eux qui sont sou­vent com­parés à papa ou maman (dont ils auraient les oreilles, le nez ou le car­ac­tère), défi­nis par ceux-ci, éti­quetés mal­gré eux, se dévelop­pent pour­tant en tant qu’individus dotés d’une per­son­nal­ité qui n’appartient et ne ressem­ble qu’à eux. Et c’est ce que nous rap­pelle cet album tout en couleurs. Con­tin­uer la lec­ture

Retisser la vie déchirée

Isabelle FABLE, Ces trous dans ma vie, Pré­face de Gabriel Ringlet, M.E.O., 2019, 202 p., 17 €, ISBN : 978–2‑8070–0216‑6

Ces trous dans ma vie. Par ces mots frap­pants, poignants, Isabelle Fable évoque les êtres aimés dis­parus. Les fait revivre par la force de l’amour, leur rend chair et âme, voix et regard. S’émeut, s’émerveille de « cette prox­im­ité para­doxale que crée la mort d’un être aimé, qui nous quitte… et qui vient faire par­tie de notre pro­fondeur intime. Nous nous char­geons de lui, en quelque sorte. Nous le prenons en nous pour une autre forme de vie, sub­tile. » Con­tin­uer la lec­ture

Quand les enfants disparaissent et que monte l’angoisse

Valen­tine GALLARDO et Mathilde VAN GHELUWE, Pen­dant que le loup n’y est pas, Atra­bile, 2019, 176 p., 25 €, ISBN : 978–2‑88923–039‑6

gallardo van gheluwe pendant que le loup n y est pas Ça s’est passé sur un pont, mais non, pas un pont comme ça, et il n’y avait per­son­ne sur le pont et per­son­ne sur la route, il fal­lait le tra­vers­er…

Ce qui s’est passé sur ce pont, Mathilde et Valen­tine s’apprêtent à le décou­vrir un peu mal­gré elles, et cette décou­verte va les accom­pa­g­n­er vers la sor­tie de l’enfance. Leur crois­sance et les ques­tion­nements qui l’accompagnent ont lieu Pen­dant que le loup n’y est pas. Con­tin­uer la lec­ture

Le féminin et la parole défaillante

Chris­tine VAN ACKER, Je vous regarde par­tir. Poèmes, Arbre à paroles, 2019, 66 p., 12 €, ISBN : 978–2‑87406–680‑1

On le sait, les femmes écrivains accor­dent une atten­tion émi­nente à la rela­tion entre l’en­fant qu’elles furent et leurs par­ents, leur mère en par­ti­c­uli­er. Cette remé­mora­tion peut pren­dre divers­es tour­nures, générale­ment plus proches de la récrim­i­na­tion que de l’idéal­i­sa­tion. Chris­tine Van Ack­er, quant à elle, adopte une posi­tion tout en nuances, com­bi­nant le reproche et la ten­dresse, l’api­toiement et la per­plex­ité, la souf­france et la joie de vivre. Plutôt que la for­mule du réc­it, elle a choisi celle du recueil de poèmes, plus libre, plus frag­men­taire, non sans analo­gies avec le jour­nal intime – un jour­nal inspiré en l’oc­cur­rence non par les faits actuels, mais par le sou­venir des faits passés, de l’en­fance de l’héroïne à la mort de ses par­ents. Je vous regarde par­tir, toute­fois, présente une struc­ture non pas diariste mais ter­naire et dyschronique. En effet, jusqu’à la p. 17, les poèmes évo­quent le grand Départ et le deuil qui s’en­suit. Des pages 18 à 40, on assiste à un retour en arrière vers l’époque de l’en­fance. La dernière par­tie, enfin, cible la péri­ode du vieil­lisse­ment et de l’ag­o­nie. Cette tri­par­ti­tion non linéaire mon­tre claire­ment que, en matière de ques­tion­nement auto­bi­ographique, la recherche du sens est de nature fon­cière­ment rétro­spec­tive : c’est après-coup seule­ment que, l’ir­rémé­di­a­ble étant advenu, le sujet peut procéder à une ten­ta­tive de bilan mémoriel et affec­tif, où la vie cède le pas au vécu. « Vous emporterez avec vous / ce qui nous regarde / et ne vous apparte­nait pas ». Con­tin­uer la lec­ture

Dans l’intimité familiale des koalas

Un coup de cœur du Carnet

Anne HERBAUTS, Les koalas ne lisent pas de livres / Les griz­zlis ne dor­ment qu’en hiv­er, Esper­luète Édi­tions, 2018, 64 p., 18 €, ISBN : 9782359840957

Ce n’est pas un mais deux albums d’Anne Herbauts que pub­lie l’éditeur belge Esper­luète. Ou, plus exacte­ment, deux livres en un seul et sin­guli­er objet : un livre à deux entrées, qui, par un habile jeu de reli­ure, se lit de façon telle que, lorsqu’on en ter­mine un et qu’on le referme, on se trou­ve face à la cou­ver­ture de l’autre. Fidèle à son habi­tude, Anne Herbauts joue avec la matéri­al­ité du livre en en créant deux dos-à-dos (l’un dédié aux mamans et aux papas, l’autre aux papas et aux mamans). Et comme d’habitude, le dis­posi­tif adop­té fait pleine­ment sens. Con­tin­uer la lec­ture