Archives par étiquette : suicide

Les secrets qui tuent

Élodie Haslé, Les suicidés, Scalde, 2021, 288 p., 22 €, ISBN : 9782930988153

hasle les suicidesLes suicidés est un roman choral de douze histoires singulières de personnes liées par le sang se déroulant dans la région champenoise entre le 15e siècle et aujourd’hui. Chaque point de vue est précédé par une reproduction en couleurs d’une peinture abstraite de l’autrice, qui nous donne ainsi le ton sur ce qui va suivre. Vous l’aurez compris grâce au titre du récit, les personnages ont tous un terrible point commun. Continuer la lecture

Cap ou pas cap ?

Stanislas COTTON, Ce que baleine veut, coll. « Théâtre à vif », 2021, 48 p., 10 €, ISBN : 9782807103108

cotton ce que baleine veutQuelque chose ne tourne pas rond chez les Perlimpin. Capucine, la narratrice, a remarqué un changement de comportement chez son petit frère Philibert. Ce dernier n’agit pas comme d’habitude. Du genre à râloter facilement et à houspiller sa sœur, il devient taciturne et accepte tout ce qu’elle lui demande. Il s’isole dans sa chambre, parle tout bas et passe des heures devant son ordinateur. Ses parents, Alida et Edmond, ne remarquent pas tout de suite ses sautes d’humeur et ses actes inhabituels. Capucine par contre le surprend à nettoyer de fond en comble la maison, traverser à toute vitesse un carrefour dangereux ou insulter violemment ses parents. Le tout avec photos ou vidéos à l’appui. La nuit, Philibert dort peu et écoute les chants d’une baleine qui agonise. Capucine a peur que son frère devienne fou. Il n’est plus lui-même. Les trucs tordus s’enchainent jusqu’à un acte final qui pourrait bien lui être fatal. Qu’a-t-il bien pu se passer pour que Philibert agisse de cette manière ? Continuer la lecture

Pas toujours rigolo, la vie de mère

Véronique GALLO, Pour quand tu seras grande, Héloïse d’Ormesson, 2020, 176 p., 17 € / ePub : 11.99 €, ISBN : 978-2-35087-738-9

gallo pour quand tu seras grandeVéronique Gallo pratique plusieurs formes d’écritures : une écriture destinée à être partagée et portée par sa voix, ses mises en scène, à travers sa série humoristique Vie de mère ou son spectacle The One Mother Show, où elle met en scène avec humour les affres d’une vie de femme/mère/professionnelle, au bord de la crise de nerfs. Elle exerce une autre écriture, plus silencieuse comme on le dirait d’une lecture silencieuse, moins médiatique, destinée à une rencontre intime avec les lecteurs et lectrices : celle de romans. Deux écritures, l’une humoristique, l’autre tragique, pour une même réalité : celle de femmes obligées d’assurer sur plusieurs fronts. Continuer la lecture

Mal de mère

Valérie NIMAL, Nous ne sommes pas de mauvaises filles, Anne Carrière, 2019, 17 €, 172 p., ISBN : 978-2-8433-7932-1

Au chevet de sa mère, hospitalisée pour avoir une fois encore joué avec les limites mortelles, la narratrice n’en mène pas large. Il faudrait que la température du corps de l’alitée, à deux doigts de jouer sa dernière grande scène, redevienne acceptable. C’est que la génitrice de Maud et de sa sœur cadette, Marie, n’est pas de celles qui s’effaceraient sans bruit. À peine sortie des limbes, la voici d’ailleurs qui réclame son fer à friser, un Paris Match et surtout, de l’attention. Qui tempête sur le personnel soignant, congédie son psychiatre, et admoneste son aînée pour avoir écrit « suicide » dans le dossier médical.   Continuer la lecture

Mort, où est ta victoire ?

Daniel Salvatore SCHIFFER, Traité de la mort sublime. L’art de mourir de Socrate à David Bowie, Alma, 2018, 340 p., 20 €, ISBN : 978-2-36279-249-6

schiffer traite de la mort sublime« La mort viendra / et elle aura tes yeux », écrivait le poète Cesare Pavese qui, comme bien d’autres exténués de l’existence, décida d’en finir, par défenestration, avec le métier de vivre… Ces mots vous reviendront sans doute à l’esprit dès que vous croiserez, en couverture du dernier opus de l’essayiste et philosophe Daniel Salvatore Schiffer, le regard vairon reconnaissable entre mille de David Bowie, qui vous fixe en manière de bravade. Bowie. Une trajectoire qui a zébré la fin d’un siècle et le début du suivant d’un éclair rouge et bleu. Un météore devenu mythe, et dont l’esthète Schiffer s’empare comme ultime exempla de l’attitude en tout point noble, à adopter face à la tombée de la plus Grande Nuit. Continuer la lecture

Et si c’était moi ?

Sylvie GODEFROID, Hope, Genèse, 2017, 150 p., 19€/ePub : 12.99 €, ISBN : 979-1094689073

godefroid hopeLa lecture des premières lignes du nouveau roman de Sylvie Godefroid nous plonge dans l’univers profondément cruel où Hope a grandi. Elle est née avec une neurofibromatose de type 1, entendez une tumeur inopérable qui lui « bouffe » le visage et effraie les regards qui se posent sur elle. Hope a été abandonnée par ses parents et n’a pas reçu d’affection. Elle n’en ressent pas pour elle ou pour le genre humain. Pétrie par la haine et le mépris qu’elle éprouve pour elle-même et pour les autres, elle a décidé de se suicider le jour de ses quarante-et-un ans, en tuant dans la foulée dix personnes de son choix. Continuer la lecture

Sans issue

Odile VANHELLEMONT, J’aurais aimé te voir une dernière fois, Memory, coll. « Jeunes auteurs », 2016, 135p., 13€ ISBN : 978-2-87413-317-6

vanhellemontHayley, une jeune femme d’une vingtaine d’années, a récemment rompu avec Félix, pas parce qu’ils ne s’aimaient plus, mais parce que « [l]eur amour était trop grand pour eux ». Enivrés par la fusion du premier amour, les tourtereaux se sont heurtés à la complexité d’une relation de couple. En manque d’outils pour mieux vivre leur idylle, ils ont décidé de se séparer et de « recommencer à s’aimer » quand ils seront plus mûrs. Continuer la lecture

Au fil du labyrinthe

Giuseppe SANTOLIQUIDO, L’inconnu du parvis, Paris-Bruxelles, Genèse Éditions, 2016, 130 p., 19€, ISBN : 978-2-930585-83-3

santoliquidoComme l’auteur, le personnage central de L’Inconnu du parvis, dernier roman du Liégeois de Bruxelles Giuseppe Santoliquido, est un enfant de l’immigration italienne. Antoine Commino est  garagiste. C’est un célibataire bien tranquille, sans histoires et sans projet, vivant dans une ville indéterminée, mais que l’on pourrait, dans sa diversité et avec les cicatrices de son passé industriel, comparer à Charleroi. Amant de Silvia sans se décider toutefois à mener vraiment une vie de couple avec elle, il cultive des petites manies (comme de croquer par écrit les visages des personnes qu’il a rencontrées dans la journée) et nourrit une passion pour la Lancia de collection qu’il bichonne avec constance. Le soir, la routine le conduit souvent à dîner avec Silvia dans le restaurant italien de Monsieur Fernando. Bref, il s’est installé dans une vie terne et aussi réglée que les décors détaillés par l’auteur comme dans un script ou une scénographie. Et le voilà soudain confronté à un fait-divers qui le concerne de façon très collatérale. Continuer la lecture