Archives par étiquette : Arbre de Diane

Un joyau nécessaire au creux des mains

Vic­toire de CHANGY, La paume plus grande que toi, Arbre de Diane, 2020, 121 p., 12 €, ISBN : 978–2‑930822–17‑4

Nour a dix mille vis­ages
et change à chaque sec­onde
ses cils
ses jambes s’allongent déjà
et le temps de détourn­er les yeux de lui
pour retrou­ver l’ancien Nour
sur les pho­togra­phies
le temps d’y revenir
Nour
est
à nou­veau
nou­veau

Dans ce pre­mier vol­ume d’une trilo­gie annon­cée, le temps s’immobilise, reprend, ralen­tit, redé­marre, nous offrant des épisodes con­tem­plat­ifs dans lesquels, par petites touch­es, Vic­toire de Changy illus­tre, avec douceur, sa mater­nité. Elle nous plonge dans l’avant et l’après nais­sance de Nour, son fils, et nous per­met de suiv­re cet enfan­te­ment, de le vivre, avec elle, en elle, intime­ment et inten­sé­ment. Con­tin­uer la lec­ture

De la « pEAUésie »

Poèmes de pluie. Une propo­si­tion de Mélanie Godin, CFC et Arbre de Diane, coll. « Regard sur la ville », 2019, 18 €, ISBN : 978–2‑87572–046‑7

Il est un cliché tenace, pour­tant exact, à pro­pos de la Bel­gique : il y pleut con­stam­ment. Mélanie Godin et son équipe en auront tiré par­ti, en pro­posant de la « pEAUésie » en plein cœur de Brux­elles.

De 2017 à 2019, Mélanie Godin a imag­iné et coor­don­né des inter­ven­tions artis­tiques dans Brux­elles, à la ren­con­tre de ses habi­tants, invi­tant cha­cun à (ré)introduire de la poésie dans son quo­ti­di­en.

Des poèmes, d’ici et d’ailleurs, écrits par des poètes recon­nus ou lors d’ateliers d’écriture, ont été typographiés sur des pochoirs en car­ton et appliqués dans l’espace pub­lic, à l’aide d’une pein­ture unique­ment vis­i­ble au con­tact de l’eau. Indéce­lables jusqu’alors, les poèmes appa­rais­sent comme par magie sous l’effet de la pluie ou de jets d’eau, à même un trot­toir, sur une marche, un mur. Puis ils dis­parais­sent à nou­veau, dans l’attente d’un nou­v­el arroseur.  (Note de l’éditeur) Con­tin­uer la lec­ture

Récits du monde végétal

Chris­tine VAN ACKER, L’en vert de nos corps, Pré­face de Vin­ciane Despret, Arbre de Diane, coll. « La tortue de Zénon », 2020, 228 p., 15 €, ISBN : 978–2‑930822–15‑0

Pour évo­quer le monde végé­tal que le savoir dom­i­nant de l’Occident a ignoré pen­dant des siè­cles, Chris­tine Van Ack­er a choisi de nouer deux reg­istres, ceux de la poésie et de la sci­ence jusqu’à brouiller leurs fron­tières, mon­trant l’artificialité des découpes entre champs de con­nais­sance. Livre-jardin, livre-forêt, ryth­mé par un essaim de cita­tions qui pollinisent le texte, L’en vert de nos corps nous fait pénétr­er dans les mélodies du végé­tal. Par les sens et les ver­tus de l’écoute, en col­lant l’oreille au tronc des grands silen­cieux, en prê­tant atten­tion aux fleurs, aux arbres, aux légumes, non pour ce qu’ils nous pro­curent comme bien­faits mais pour eux-mêmes. Con­tin­uer la lec­ture

L’exploration perspectiviste de Maxime Coton

Maxime COTON, Pages vivantes, Poème de réal­ité virtuelle, Images de Jamil Mehdaoui, Trad. en anglais par Lia Swope Mitchell, L’Arbre de Diane, 2019, 12 €

Ovni lit­téraire, livre inter­ac­t­if qui se dou­ble d’une instal­la­tion, Pages vivantes de Maxime Coton se présente comme un livre-objet mul­ti­formel com­posé d’un long poème en français et en anglais que le lecteur peut lire mais aus­si écouter et voir en insérant son smart­phone dans les lunettes 3D fournies. Embar­qué dans une expéri­ence per­spec­tiviste, chaque lecteur peut opter pour l’une ou l’autre porte d’entrée, préfér­er la suc­ces­sion du lis­i­ble, du sonore et du vis­i­ble ou embrass­er leur simul­tanéité. Maxime Coton crée une aven­ture sen­sorielle qui per­met de réin­ter­roger, d’une part, les spé­ci­ficités pro­pres à la let­tre, à l’image et au son, d’autre part, leurs croise­ments, leurs inter­férences. Con­tin­uer la lec­ture

La réception des génies

Paul POURVEUR, Aurore boréale, Arbre de Diane, 2019, 12 €, ISBN : 9782930822112

Pourveur aurore boréaleNom­breux sont les textes de théâtre qui ne sont faits pour dur­er dans l’au-delà de la représen­ta­tion. Ils ont été écrits dans ce sens et résis­tent sou­vent à la lec­ture. Cette ques­tion de la lec­ture du théâtre a été le cen­tre de nom­breux débats et entre­pris­es édi­to­ri­ales depuis ce qu’il était con­venu d’ap­pel­er le retour des auteurs il y a une quar­an­taine d’an­nées (citons ici Lans­man qui fit de cette pra­tique le bla­son de sa mai­son). Con­tin­uer la lec­ture

Claire Lejeune, « voix pourpre » et « contrebandière de la pensée »

Claire LEJEUNE, Pour trou­ver la clé, il fal­lut per­dre la mémoire des ser­rures, textes inédits choi­sis par Anne André, Danielle Bajomée et Mar­tine Renouprez, Arbre de Diane, coll. « Les Deux Sœurs », 2018, 96 p., 12 €, ISBN : 978–2‑930822–10‑5

La prose poé­tique, les essais de Claire Leje­une (1926–2008) sont placés sous le signe de la ful­gu­rance, d’une poé­tique rad­i­cale­ment nova­trice qui entend décloi­son­ner les savoirs, les expéri­ences afin de tra­vers­er les chapes du pou­voir, de la dom­i­na­tion et de recon­tac­ter les promess­es à venir des orig­ines. Dans les années 1960, La gangue et le feu, Le pour­pre, La geste, Le dernier tes­ta­ment, Elle sig­nent l’avènement d’une parole qui noue indis­sol­uble­ment nais­sance à soi hors des rets du patri­ar­cat, expéri­ence mys­tique d’un verbe poli­tique et poé­tique, sub­ver­sion des piliers d’une civil­i­sa­tion qui a muselé les femmes. De se dire, les sans-voix mon­tent à l’existence, gag­nent un proces­sus de sub­jec­ti­va­tion que Claire Leje­une place sous le signe de l’ouverture à l’autre de la rai­son et aux ter­res du sym­bole. « Nous ne faisons pas la poésie. Elle nous fait de nous défaire » écrivait-elle. Con­tin­uer la lec­ture

Le jardin extraordinaire

Leonor PALMEIRA, Camille PIER, La Nature con­tre-nature (tout con­tre), L’arbre de Diane Edi­tions, coll. « La tortue de Zénon », 2016, 80 p., 12 €

palmeiraIl s’en passe des choses dans la nature. Des choses que l’on n’imagine pas, que l’on ne veut pas voir, ou que l’on nous cache parce qu’elles rendraient chèvre l’ordre établi. Celui, par exem­ple, de la dif­férence entre les hommes et les femmes, cette fameuse dif­féren­ci­a­tion sex­uelle qui serait le dernier rem­part con­tre la con­fu­sion iden­ti­taire, l’ultime argu­ment pour défendre la famille tra­di­tion­nelle. Que n’a‑t-il pas fal­lu enten­dre, en France, au moment des débats pour le mariage pour tous – et toutes ! Quelles couleu­vres n’a‑t-il pas fal­lu avaler ! Même si, au fond, on peut être d’accord avec Juli­ette Gré­co quand elle chante « La nature com­plique jamais inutile­ment / Y’a que les hommes pour s’épouser ». Mais la nature est plus égal­i­taire que la société humaine ; dans le règne ani­mal c’est : le non-mariage pour toutes et tous. Con­tin­uer la lec­ture

Science et littérature, à la recherche d’un noyau dur

COLLECTIF, Géodésiques. Dix ren­con­tres entre sci­ence et lit­téra­ture, Avec des inter­ven­tions d’André Füz­fa et Nicole Roland, Jean-Pierre Boon et Car­o­line De Mul­der, Petra E. Vértes et Jan Baetens, Philippe Toint et Nico­las Mar­chal, Hughues Bersi­ni et Jacques Dar­ras, Vin­cent Blondel et Car­o­line Lamarche, Mustapha Tli­di et Lau­rence Vielle, Jean-Charles Del­venne et Vin­cent Engel, Michel Tyt­gat et Geneviève Damas, Renaud Lam­biotte et Chris­tine Van Ack­er, Illus­tra­tions de Nathalie Garot, Arbre de Diane, 2015, 148 p., 15 €

geodesiquesLe dis­cours sci­en­tifique et la lit­téra­ture font-ils bon ménage ? En matière lit­téraire, la chose paraît avérée, si l’on se réfère, au hasard, à de grands auteurs tels que Cyra­no de Berg­er­ac, Alde­bert von Chamis­so, Jules Verne, Vil­liers de l’Isle-Adam, H. G. Wells, ou, plus proches de nous, Pierre Boulle (La Planète des singes), Ray­mond Que­neau (Cent mille mil­liards de poèmes), Umber­to Eco (Le Pen­d­ule de Fou­cault) et encore François Schuiten et Benoit Peeters (La Fièvre d’Urbicande). Mais il appa­raît très vite que l’inverse n’est pas vrai : peu de sci­en­tifiques puisent la matière de leurs recherch­es dans la lit­téra­ture au sens général, et pour cause. Les sci­ences ont très peu à voir avec le roman et la poésie, à peine davan­tage peut-être avec la philoso­phie, quand on con­sid­ère par exem­ple un chercheur excep­tion­nel comme Ein­stein. Con­tin­uer la lec­ture