Taha ADNAN, Dounia, Lansman, coll. « Théâtre à vif », 2020, 66 p., 10 €, ISBN : 978–2807102781
Le récit démarre dans une rame de métro. Une explosion retentit. Tout se fige. Après le bruit assourdissant, les cris et la peur font irruption. Au milieu des corps, celui de Dounia, en robe de mariée blanche. Que fait-elle là ? Hasard ? Malchance ? Elle rassemble ce qui lui reste d’énergie et nous raconte tout, depuis le début.
Dounia est la sixième et dernière enfant d’une famille marocaine immigrée à Bruxelles. Non désirée, elle encaisse durant toute son enfance les mots froids et durs de sa mère. Aucune photo d’elle ne recouvre les murs de la maison. On ne fête jamais ses anniversaires. Dounia n’est pas comme les autres membres de sa famille. Elle est de trop. Elle vit son exil dans son propre foyer, son propre corps. Elle s’entoure de silence. Elle envie ses copines qui partagent une certaine complicité avec leurs parents. De son côté, elle ne reçoit que sarcasmes et cris. Jamais un geste affectif. Jamais un mot positif. Chez elle, on ne parle pas. Dounia rêve d’indépendance et de liberté. Alors elle en fait voir de toutes les couleurs. La nuit, elle profite de l’accalmie pour se maquiller et essayer des vêtements aguicheurs. Une fois, son frère Milou la surprend. Il la roue de coups. Apeurée, acculée, elle saute par la fenêtre pour mettre fin à son calvaire. Son corps est brisé. S’ensuivent deux années d’hospitalisation, des opérations à la pelle et la découverte de la bestialité de l’homme. Continuer la lecture

Metteur en scène, acteur, dramaturge, auteur d’une œuvre théâtrale importante et singulière (Le roi lune, Le chevalier d’Eon, Darwin, Robespierre, Les misérables, L’odyssée, Vampires, Kennedy pour ne citer qu’une petite partie de sa foisonnante création), Thierry Debroux publie aux éditions Lansman Notre D®ame, une pièce doublement inspirée, d’une part par Notre-Dame de Paris de Victor Hugo, d’autre part par l’incendie qui a ravagé la célèbre cathédrale le 16 avril 2019. Un autre drame planétaire, sanitaire, économique, politique et social lié au covid-19 a brisé net la vie de la pièce qui devait se jouer du 7 mars au 30 juin au Théâtre Tristan Bernard. En attendant de voir les comédiens sur les planches, nous jouissons du texte qui n’a pas brûlé, qui n’est pas coronaviré. 
À l’occasion de la journée mondiale du théâtre, célébrée chaque année le 27 mars, nous republions un article d’Émilie Gäbele, paru dans Le Carnet et les Instants n° 188 (2015) consacré au théâtre belge d’aujourd’hui.
Le bousier de Thomas Depryck offre un écho saisissant à l’actualité brûlante, sous le signe de l’épidémie, de la crise et de la peur. C’est que ce conte fantastique et absurde, imprégné des codes de la tragédie grecque, met en scène deux hommes et une femme malades des suites d’un effondrement cataclysmique ayant décimé l’écrasante majorité des humains.
Combien de bras cassés au théâtre, de vies épuisantes, d’enfances contaminées de frustrations et de vieillard tournoyant dans la grande salle de danse de l’oubli ?
Tom est sur le point de devenir père. Toutes les vies ne démarrent pas sur les chapeaux de roues. Certaines vies débutent même carrément mal. Et Tom est bien placé pour le savoir. Flash-back. Tom a sept ans. Il ne vit pas avec ses parents. Sa mère présente une accoutumance à l’alcool. Son père, il ne l’a jamais connu. 
Carmen Garcia Ortega. Florence Koot. Sofie Muylle. Shashia Moreau. Inconnue. Geneviève Demeuldre. Femke Wetzels. Renate Bolte. Vjollca Hoxha. Karima Essaidi. … et trois longs points de suspension. Ainsi résonnent ces noms. Toutes les femmes citées dans cet extrait sont mortes, assassinées par leur compagnon, mari, ex…
Un Cinquantenaire nouveau vient de prendre place dans le paysage culturel : celui du Théâtre Jean Vilar. Étrange et formidable histoire que celle de ce théâtre et de son fondateur, Armand Delcampe…
Les didascalies du théâtre symboliste s’offrent souvent comme des poèmes en prose et laissent entendre le drame à la lisière du mélodrame, comme si on regardait un film d’Eisenstein dans la musique de Wagner.
La fantaisie au théâtre est comme une voilette posée sur le visage des protagonistes des drames et des tragédies. La fantaisie joue la légèreté en marchant sur la pointe des pieds dans un territoire dévasté.
À l’origine comédienne (formation à l’IAD), Catherine Daele voyage aujourd’hui de la scène à l’écriture, portant un regard singulier et vif sur le monde de l’enfance et de l’adolescence. Enchantement et lucidité sont la matière de ses personnages. Plusieurs de ses pièces ont été mises en scène, lues lors d’événements et primées notamment par le jury du CED-WB. Son théâtre est publié chez Lansman.
Nombreux sont les textes de théâtre qui ne sont faits pour durer dans l’au-delà de la représentation. Ils ont été écrits dans ce sens et résistent souvent à la lecture. Cette question de la lecture du théâtre a été le centre de nombreux débats et entreprises éditoriales depuis ce qu’il était convenu d’appeler le retour des auteurs il y a une quarantaine d’années (citons ici Lansman qui fit de cette pratique le blason de sa maison).
La pièce commence par un accident. Sur le chemin de la maison, Elisa, vingt-neuf ans, percute une panthère. La jeune femme reste prostrée quelques minutes. Le choc a été rude et provoque l’afflux d’images et de souvenirs. Flashback : Elisa a dix-sept ans et est étudiante en prépa philo. C’est là que ses premières angoisses apparaissent. La jeune femme redémarre et part sur un coup de tête vers le Sud pour voir la mer, alors que son compagnon et sa fille Jade, dont c’est l’anniversaire, l’attendent à la maison. À la lumière d’une enseigne lumineuse, nouveau souvenir : Elisa a dix-neuf ans. Elle se sent incapable de terminer ses études et quitte tout pour la fac. De quoi souffre-t-elle ? D’où vient cette mélancolie qui lui colle à la peau ?
Donner forme à un texte. Le mettre en scène. Rassembler ses idées. Imaginer une situation. Donner vie à des personnages. Leur donner des rondeurs, du caractère. Inventer des actions. Créer du vivant. Faire du théâtre.