La bataille des mots

Olivier STARQUIT, Des mots qui puent, préface d’Alain Deneault, Cerisier, coll. « Place publique », 2018, 176 p., 12 €, ISBN : 978287267210-3

starquit des mots qui puent.jpgOutil de communication, le langage est aussi, nous prévient d’emblée Olivier Starquit,  dans son livre polémique crânement intitulé Des mots qui puent, « un puissant outil de domination ».

Le choix des mots, dans la vie politique, n’est jamais neutre, anodin. Ils nous environnent, nous pénètrent, nous orientent, sans que nous y prenions garde. Continuer la lecture

Un prix pour Max de Radiguès

Max de Radiguès

Max de Radiguès

Le Belge Max de Radiguès a reçu le prix SNCF du polar dans la catégorie bande dessinée pour son album Bâtard, paru en 2017 chez Casterman. Le livre avait précédemment reçu le prix des Lycéens au festival d’Angoulème.


Lire aussi : Parcours de Max de Radiguès – au service du récit (C.I. n° 199)


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Carte postale et plan comptable

Célestin de MEEÛS, Écart-type, Tetras Lyre, 2018, 69 p., 14 €, ISBN : 978-2-930685-36-6

de meeus ecart typeLors de son passage au Théâtre National Wallonie-Bruxelles en décembre dernier, le philosophe Alain Badiou racontait que la poésie commence là où la langue maternelle termine. Il y aurait une lisière où elle n’est plus un usage — quotidien, familial, professionnel –, mais une friche pour l’usager. Celui-ci découvre alors un domaine intérieur impérieux et infini. Le locuteur devient poète lorsqu’il se transforme en explorateur puis lexiculteur. La langue n’est plus pour lui le véhicule du sens, mais supérieurement l’expression des sens. Le goût de la chose, l’odeur de l’encre, le son du clavier ou du stylo sur le toucher du papier s’allient de visu, au travers de l’alphabet, pour extraire ce qui n’appartient qu’à chacun : son âme, où

l’on oublie
que les villes peu à peu
amnésiques nous éliment.

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Stéphane Lambert parmi les choix estivaux du prix Médicis

Stéphane Lambert ©Anne Bourguignon

C’est désormais une tradition : avant les grandes manœuvres de la rentrée littéraire et les sélections pour les prestigieuses récompenses automnales, les jurys des grands prix littéraires français délivrent des listes de lecture pour l’été. Après le Goncourt (qui a retenu Myriam Leroy) et le Renaudot (qui mentionne Michel Lambert), c’est au tour du Médicis, avec cette fois encore un Belge dans la sélection. Il s’agit de Stéphane Lambert.  Continuer la lecture

L’ontologie de Bergen / Cixous

Véronique BERGEN, Hélène Cixous. La langue plus-que-vive, Champion, coll. « Littérature et genre », 2017, 136 p., 35 €, ISBN : 9782745334558

bergen helene cixous.pngParfois, l’on comprend la nécessité impérieuse qui voudrait que seuls les écrivains soient habilités à parler d’autres écrivains. Le livre de Véronique Bergen sur Hélène Cixous en est une preuve probante. Paru dans une collection académique, cet ouvrage se démarque par sa langue virtuose. Cependant, la force de l’analyse qui y est déployée n’est en rien déforcée par la présence entêtante du style singulier de l’auteur de Kaspar Hauser ou la phrase préférée du vent : au contraire, ce livre éclaire avec finesse une œuvre aussi complexe que souvent jugée peu accessible, alors que les livres de Cixous sont, comme les décrit Bergen, « textes de vent et de soleil turquoise ». Continuer la lecture

Verhaeren et Montald au Musée Verhaeren

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« Verhaeren lisant un poème au Caillou-qui-bique », par Constant Montald (1908)

« Verhaeren – Montald: amitié, art et poésie », tel est le titre de la nouvelle exposition présentée au Musée Verhaeren de Saint-Amand. L’exposition rassemble différentes pièces qui évoquent l’amitié entre Emile et Marthe Verhaeren d’un côté et Gabrielle et Constant Montald de l’autre : des lettres, des photos originales, des livres illustrés et dédicacés, etc. Verhaeren et Montald se sont rencontrés en 1898 et, jusqu’à la mort de Verhaeren, ils sont restés des amis fidèles. Une correspondance assez suivie s’est développée entre eux.  Continuer la lecture

Chopin, évidemment

Éric-Emmanuel SCHMITTMadame Pylinska et le secret de Chopin, Albin Michel, 2018, 119 p., 13.50 €/ ePub : 8.99 €, ISBN : 9782226435736

schmitt_madame pylinska et le secret de chopinQu’y a-t-il de pire que de devoir supporter les leçons de piano de sa sœur aînée ? Éric-Emmanuel n’en peut plus des sons ingrats qui sortent péniblement de cette boite sans âme. Le parasite est infect et prend une place folle, trônant au beau milieu du salon depuis toujours. Quelle audace ! Le jour de ses neuf ans, Aimée, sa tante adorée, s’approche de la bête et s’aventure à essayer de la dompter. Ses doigts glissent sur les touches ivoire et la mélodie s’envole, légère, chargée d’une émotion jamais ressentie jusque-là. Pour le jeune garçon, c’est la stupéfaction. Continuer la lecture