COLLECTIF, 50 ans, ça se joue !, Lansman, 2019, 96 p., 12 €, ISBN : 978–2‑8071–0239‑2
Un Cinquantenaire nouveau vient de prendre place dans le paysage culturel : celui du Théâtre Jean Vilar. Étrange et formidable histoire que celle de ce théâtre et de son fondateur, Armand Delcampe…
Le fameux « Walen buiten » de Leuven en 1968 fut une éruption politique et culturelle belge qui a marqué depuis l’accélération du processus de fédéralisation de notre pays… Il ne s’agit pas ici de gloser sur ces questions mais de rappeler que le sommet de l’intelligence perverse et de la bêtise, selon Flaubert ou Jarry, a bien eu lieu chez nous. Cela s’est traduit par la séparation, la fracture de la Bibliothèque universitaire de Leuven… Les étudiants francophones eurent le droit à une demi bibliothèque et les néerlandophones à l’autre moitié ! Continuer la lecture

“Mon temps à moi s’était arrêté pour emprunter celui des arbres. J’allais peut-être pouvoir un jour me dissoudre dans le rouge de leurs frondaisons. »
La Laïta est une rivière bien connue des Finistériens, qui coule du côté de Quimperlé. Ce sont en quelque sorte ses rives qui enserrent le nouveau texte de Dominique Massaut. Aber textuel et sonore qui gronde, qui jute son trop plein de déjections. Comme la rivière déborde, soumise aux déferlantes des éléments et des hommes, le texte ici déferle et se révolte. Un ras(z)-le-bol marémoteur pour l’auteur qui vole dans les plumes des pigeons si peu voyageurs. Massaut dézingue, à coups de mots-valises, d’onomatopées, de « pharma-con-trepètries », les dérives aguicheuses et consommatrices de notre société « algorithmée ». 
Lutin génial des Lettres belges, auteur de romans, de recueils poétiques qui font souffler un vent neuf sur les territoires du verbe (Mentir, Les morts sentent bon, Marin mon cœur, En vie, Fou trop poli, Fraudeur, Mongolie, plaine sale, Flânant…), Eugène Savitzskaya taille les mots comme un cueilleur, un oiseau afin de les ouvrir à la pâte des sensations. Livre fondateur paru en 1980 chez Christian Bourgois, Les couleurs de boucherie est réédité chez Flammarion (coll. « Poésie » d’Yves di Manno), précédé de l’envoûtant recueil poétique L’empire (L’atelier de l’agneau, 1976). Buissonnant la langue, ces deux textes la tordent vers l’organique, vers les pulsations de l’animal et du végétal. Faisant sauter tant que faire se peut la barrière entre mots et choses, Savitzkaya conte l’épopée des corps, des sueurs, des abominations et éblouissements de l’enfance. Cessant d’être un âge, l’enfance devient une catégorie de l’expérience.
Dans ce premier opus que signe Maud Joiret aux éditions Tétras Lyre, la poétesse ne croque pas la vie à pleines dents : elle y mord complètement, armée jusqu’aux dents. Jusqu’aux traces. Jusqu’à l’hématome. Dehors ça blesse, c’est étouffant et, sur la chair de l’âme, ça devient bleu. Dedans ça vit, ça étouffe et, dans les mains, ça devient cobalt. 
Pour les Montois curieux de leur belle ville, le titre du dernier livre d’Alexandre Millon, 37 rue de Nimy, publié aux éditions Murmure des soirs, évoquera l’adresse d’une demeure bourgeoise remarquable et un haut lieu de la culture littéraire depuis qu’il a été rénové. Pour les autres, il aura le mérite de les intriguer. Quant au sous-titre, Les incroyables Florides, il parlera aux rimbaldiens acharnés, qui se souviendront des vers du Bateau ivre : « J’ai heurté, savez-vous, d’incroyables Florides/Mêlant aux fleurs des yeux de panthères à peaux/D’hommes ! » 


Thibaut Creppe n’est pas un inconnu au sein du petit monde de la littérature belge. Né en 1990, l’auteur, alors étudiant à l’ULG, crée, début des années 2010, un collectif, « Chromatique », avec cinq autres étudiants tous férus de poésie. Résultat d’un premier recueil publié en commun : le prix Georges Lockem décerné en 2013 par l’Académie Royale de langues et littérature française de Belgique ! Soutenu par une maquette élégante qui épouse parfaitement les thèmes abordés, La ville endormie est un recueil-patchwork, un livret d’insomnies où la mélancolie alterne avec des moments de révolte et de rage. Enfouie sous l’abat-jour qui reste allumé tard, la ville s’expose et se réveille au contact des reflets dans la nuit. 