Archives par étiquette : Eugène Savitzkaya

Au pays d’Eugène Savitzkaya

Un coup de cœur du Carnet

Eugène SAVITZKAYA, Au pays des poules aux œufs d’or, Minuit, 2020, 192 p., 17 € / ePub : 11.99 €, ISBN : 978-2-7073-4600-1

Au pays d’Eugène Savitzkaya, les mots rugissent, les phrases sortent de leur lit fluvial, les sensations courent à neuf dans des contes sauvages. Éblouissante fable, entre nouvelle version de la Genèse et légende des despotismes contemporains, Au pays des poules aux œufs d’or nous immerge dans une balade des origines, de la gestation de l’univers à l’avènement des rivières, des forêts, des cerfs, des hommes. Au commencement, les arbres n’étaient pas enracinés, « l’homme n’avait pas de face », un bel enfant fut dévoré par un chien, sa mère devenue folle forma un adolescent avec de l’argile, pétrit un petit Adam comme Savitzkaya pétrit comme personne l’alphabet primordial, les Noms et leurs odeurs, leurs saveurs, leurs folies fangeuses. L’éclosion du monde connaît des splendeurs mais aussi des ratés, le ver despotique est dans le fruit. Continuer la lecture

Eugène Savitzkaya. Bisons et flèches de la poésie

Un coup de cœur du Carnet

Eugène SAVITZKAYA, Les couleurs de boucherie, Flammarion, coll. « Poésie », 2019, 224 p., 18 €, ISBN : 9782081461536

Lutin génial des Lettres belges, auteur de romans, de recueils poétiques qui font souffler un vent neuf sur les territoires du verbe (Mentir, Les morts sentent bon, Marin mon cœur, En vie, Fou trop poli, Fraudeur, Mongolie, plaine sale, Flânant…), Eugène Savitzskaya taille les mots comme un cueilleur, un oiseau afin de les ouvrir à la pâte des sensations. Livre fondateur paru en 1980 chez Christian Bourgois, Les couleurs de boucherie est réédité chez Flammarion (coll. « Poésie » d’Yves di Manno), précédé de l’envoûtant recueil poétique L’empire (L’atelier de l’agneau, 1976). Buissonnant la langue, ces deux textes la tordent vers l’organique, vers les pulsations de l’animal et du végétal. Faisant sauter tant que faire se peut la barrière entre mots et choses, Savitzkaya conte l’épopée des corps, des sueurs, des abominations et éblouissements de l’enfance. Cessant d’être un âge, l’enfance devient une catégorie de l’expérience. Continuer la lecture

L’espace des esprits fendus

Eugène SAVITZKAYA, Sister, avec des dessins de Bérengère VALLET, préface d’Hélène MATHON, L’œil d’or, 2017, 64 p., 11 €, ISBN : 978-2-913661-81-3

savitzkaya sister.jpgOn peut aborder les textes d’Eugène Savitzkaya qui composent ce petit recueil intitulé Sister, d’au moins deux manières distinctes, tant l’écriture se tient d’elle-même sur une crête : celle qui sépare ordinairement le monde des gens dits « normaux » de celui qu’on peut appeler ici les « esprits fendus ». Les « esprits fendus » sont ceux qui vivent, et le plus souvent jusqu’à leur fin, dans un « espace du dedans » (pour reprendre un titre d’Henri Michaux), et cependant plongés, immergés, noyés parfois, dans le monde des « normaux ». L’espace du dedans schizophrénique est absolument individualisé, radicalement personnalisé, si on le rapporte à la norme du vivre en société, alors que tout « esprit fendu » possède en lui-même, jusqu’aux plus douloureuses souffrances, son corps, ses doubles, ses gestes, actes et langages, ses dialogues et ses pensées, ses douceurs et ses haines, ses amours et ses désespérances. Continuer la lecture

5 auteurs pour un Prix Rossel

Les finalistes du Prix Rossel 2015 sont connus. Le Prix récompense chaque année un roman ou recueil de nouvelles d’un auteur belge francophone.

Ils sont cinq écrivains à prétendre à la succession d’Hedwige Jeanmart, couronnée en 2014 pour son premier roman Blanès (Gallimard) :  Continuer la lecture

Où l’on meurt puis l’on renaît en fou

Un coup de coeur du Carnet

Eugène SAVITZKAYA, À la cyprine, Paris, Minuit, 2015, 104 p., 11,50 €/ePub : 7.99 €
Eugène SAVITZKAYAFraudeur, Paris, Minuit, 2015, 168 p., 14,50 €/ePub : 9,99 €

savitzkaya_tholomeOn pourrait lire les romans et les recueils énigmatiques de Savitzkaya comme une vaste autobiographie. Une vaste saga où compteraient moins, pour nous, lecteurs, l’exactitude des faits rapportés, la véracité de ce qui nous est dit, que l’invention ou la réinvention d’une réalité passée au tamis d’une langue singulière, magique, généreuse, enchantée, enchanteresse. Une vaste saga mettant, entre autres, en scène des « figures » familiales. Le père. Les frères. La mère. Le fou – Savitzkaya lui-même, à différents âges –, écrite dans une langue quasi cosmique, tentant d’embrasser, en tout cas, l’ensemble du vivant. Plantes. Animaux. Humains. Pierres. Arbres. Eaux. Continuer la lecture