Laura SCHLICHTER, Recoudre la nuit, Maelström reEvolution, 2024, 72 p., 8 €, ISBN : 9782875055002
Recoudre la nuit, ça peut se lire comme un journal intime. Journal de deuil. Ou traversée de l’absence. D’abord il y a le vide, la place vide et froide à côté de soi dans le lit. Le fait que rien, pas même les mots, le plaisir qu’il y avait à en jouer, ni personne, aucun des autres êtres qui comptent, ne console. Le fait que, face au deuil et au grand saut, on est seul.e. Rien qu’avec soi. Socialement sommé.e de trouver en soi la force de traverser l’absence. Parce que, socialement parlant, on le sait, tous et toutes, on ferait pareil : on ne tourne le dos, on ne sait pas quoi nous dire, il y a comme une gêne. Parce qu’on vit à une époque où les malheurs intimes, surtout ceux des autres, on ne sait pas quoi en faire, on ne sait pas consoler. A‑t-on jamais appris à le faire ? Comme si on ne voulait surtout pas que quelque chose, un malheur d’autrui, nous rappelle cette évidence : LIFE IS A KILLER. LA VIE TUE. LA VIE DÉTRUIT. Et d’abord nous-mêmes. Nous fracassant en 10 000 morceaux. 10 000 pièces de puzzle. À rassembler. À recoller. Seule façon de recoudre la nuit, si l’on désire continuer. Si quelque chose, un élan, nous incite à poursuivre. Continuer la lecture →