Archives par étiquette : littérature

… Et je n’ai pas (encore) écrit tous les livres

Luc DELLISSE, Le temps de l’écrivain, Impres­sions nou­velles, 2025, 192 p., 18 € / ePub : 12,99 €, ISBN : 978–2‑39070–236‑8

dellisse le temps de l'écrivainDepuis qua­tre décen­nies au moins, Luc Del­lisse s’est coif­fé alter­na­tive­ment, grâce à une rigoureuse et impa­ra­ble con­ti­nu­ité d’écriture, de toutes les cas­quettes qu’il est per­mis d’emprunter (et de garder) lorsqu’on exerce le curieux méti­er d’écrivain : romanci­er, chroniqueur, essay­iste, nou­vel­liste, poète, dra­maturge, scé­nar­iste (de bande dess­inée), enseignant (le ciné­ma notam­ment), con­férenci­er, et même, depuis 2021, académi­cien, suc­cé­dant à cette fig­ure majeure et regret­tée des let­tres belges que fut Jacques De Deck­er. Con­tin­uer la lec­ture

La littérature comme reconfiguration du donné

Myr­i­am WATTHEE-DELMOTTE, La lit­téra­ture, une réponse au désas­tre, Académie royale de Bel­gique, coll. « L’Académie en poche », 2025, 140 p., 9 €, ISBN : 9782803109982

watthee delmotte la litterature une reponse au desastreQue peut la lit­téra­ture ? Com­ment dis­pose-telle un espace imag­i­naire tis­sé par la fic­tion, qui soit à même d’agir sur le réel, sur le monde, sur soi, sur la pen­sée, les affects, les représen­ta­tions ? Dans son essai vigoureux autant que rigoureux, La lit­téra­ture, une réponse au désas­tre, Myr­i­am Watthee-Del­motte dresse une étude exigeante, pas­sion­née, de la manière dont la lit­téra­ture se pose comme un levi­er d’action, un dynamisme de forces qui parie pour une riposte au désas­tre. Le ques­tion­nement se découpe en plusieurs champs : une analyse de son rôle de témoin (du chœur antique de la tragédie grecque aux témoins intérieurs, extérieurs ou imag­i­naires), de ses con­tenus et des dis­posi­tifs lan­gagiers qui met­tent en forme ces derniers et une inves­ti­ga­tion des spé­ci­ficités du médi­um de la lit­téra­ture imprimée par rap­port au ciné­ma, au théâtre ou autre médi­um requérant un dis­posi­tif ver­bal. Con­tin­uer la lec­ture

Luc Baba dans le sillage de grand-e‑s auteur-e‑s

Luc BABA, Plus de lumière !, Mur­mure des soirs, 2023, 165 p., 20 € / ePub : 12,99 €, ISBN : 978–2‑930657–98‑1

Luc Baba, Plus de lumière!Luc Baba s’est glis­sé dans le sil­lage de treize auteurs et deux autri­ces (que l’on n’aurait pas qual­i­fiée de la sorte de leur vivant), Mary Shel­ley et Emi­ly Bron­të, pour remon­ter à la source de leur écri­t­ure. L’écrivain belge apporte ain­si Plus de lumière ! sur leurs œuvres, mais peut-être aus­si sur la sienne.

Ce livre rassem­ble treize textes de fac­tures très divers­es, allant du réc­it de voy­age au dia­logue qua­si théâ­tral, en pas­sant par la descrip­tion poé­tique d’un moment volé au temps lit­téraire qui passe comme le temps en général. Ces mis­cel­lanées ont surtout le mérite de nous don­ner envie de décou­vrir ou redé­cou­vrir ces œuvres. On se plaît aus­si à penser que Luc Baba règle par ces hom­mages des dettes aux écrivains qui ont abreuvé sa soif de lec­ture et nour­ri sa pas­sion pour l’écriture. Il mon­tre aus­si sa grande éru­di­tion lit­téraire et, inspiré par ses mod­èles, instille ici et là quelques réflex­ions philosophiques bien sen­ties sur la vie. Con­tin­uer la lec­ture

Ego ergo sum ?

Éric ALLARD, Grande vie et petite mort du poète fourbe, Cac­tus Inébran­lable, 2021, 70 p., 10 €, ISBN : 978–2‑39049–054‑8

allard grande vie et petite mort du poete fourbeÉric Allard est une fig­ure dis­crète mais impor­tante du micro­cosme lit­téraire belge : on lui doit une œuvre décalée, dédiée à la forme courte (nou­velles, apho­rismes, poésies), au clin d’œil, au doute, au grince­ment, mais, tout autant, l’animation d’une plate­forme lit­téraire col­lec­tive, Les belles phras­es, offrant une alter­na­tive indépen­dante de haut niveau à la médi­a­tion clas­sique mais aus­si aux blogs (trop) per­son­nels. 

Côté créa­tion, les précé­dentes pub­li­ca­tions de l’auteur étaient des réus­sites : La mai­son des ani­maux, une fic­tion enjouée chez Lamiroy en 2020, et Les écrivains nuisent grave­ment à la lit­téra­ture, déjà au Cac­tus Inébran­lable, en 2017. Grande vie et petite mort du poète fourbe, on peut le devin­er dès le titre, pro­longe la séquence ouverte avec ce dernier opus­cule et va venir tit­iller les tra­vers du milieu lit­téraire. Un lim­i­naire déca­pant le con­firme : Con­tin­uer la lec­ture

Res et Verba

Pas­cal DURAND, La leçon des choses. Tech­niques imag­i­naires de Daniel Defoe à Georges Simenon, Let­tre volée, coll. « Essais », 2021, 210 p., 23 , ISBN : 9782873175795

durand la lecon des chosesL’expression « leçon de chose » appa­raît dans le vocab­u­laire péd­a­gogique des dernières décen­nies du 19e siè­cle. Basée sur l’intuition, cette méth­ode met l’élève en con­tact avec un objet con­cret afin de mobilis­er autant son intel­lect que ses sens ; elle met en con­nex­ion étroite les fac­ultés de penser et de class­er qu’étudiera plus tard Fou­cault… Elle fera florès auprès des insti­tu­teurs de la République, tou­jours friands d’innovations pour par­faire l’art de trans­met­tre. Con­tin­uer la lec­ture

Jan Baetens le sécessionniste

Jan BAETENS, Comme un rat, Herbe qui trem­ble, coll. « D’autre part », 2020, 170 p., 15 €/ ePub : 9.99 €, ISBN : 978–2‑491462–05‑5

« Plus nous avançons dans une langue et plus son mys­tère s’épaissit. » Voici l’un des apho­rismes que l’on peut glan­er au fil de la déam­bu­la­tion à laque­lle nous con­vie Jan Baetens, chas­seur sub­til de raretés – mais, une fois atteint un cer­tain seuil de lit­térar­ité, quel livre ne devient pas un hapax ? La phrase énonce une vérité, pour­tant sa lim­pid­ité formelle suf­fi­rait à en con­tredire le sens. Et voilà juste­ment où se situe le charme irré­ductible de l’écriture de Jan Baetens : elle ose dire en toute clarté l’opacité la plus pro­fonde des mots et des textes. Elle se fait passeuse d’énigmes en tra­ver­sant d’un pas prime­sauti­er des labyrinthes qui feraient suin­ter d’angoisse d’autres plumes, pré­ten­du­ment plus sérieuses, plus stylées. Con­tin­uer la lec­ture

Lettres ou ne pas être

Amélie NOTHOMB, Les aérostats, Albin Michel, 2020, 180 p., 17,90 € / ePub : 12.99 €, ISBN : 978–2‑226–45408‑9.

L’image est for­mi­da­ble : livres et lit­téra­ture sont des zep­pelins.

— Ils pren­nent feu facile­ment, non ?
— Oui.
C’est un autre prob­lème de l’aérostat, qui en a décidé­ment beau­coup : frag­ile, cher, encom­brant. Mais c’est si beau, ces baleines volantes, silen­cieuses et gra­cieuses. Pour une fois que l’homme invente quelque chose de poé­tique ! Con­tin­uer la lec­ture

L’expérience littéraire face à la mort

Myr­i­am WATTHEE-DELMOTTE, Dépass­er la mort. L’a­gir de la lit­téra­ture, Actes Sud, 2019, 272 p., 21 €, ISBN : 978–2‑330–11804‑4

« Je suis juste quelqu’un qui, comme nous tous, a vu s’effondrer la falaise juste à côté de soi, qui a trem­blé au bord du gouf­fre, et qui a échap­pé au ver­tige parce qu’un, puis deux, puis un grand nom­bre d’écrivains lui ont pris la main pour le tir­er en arrière. Venez, je vous précède et je les suis. »

En ouver­ture de son dernier livre, Myr­i­am Watthee-Del­motte nous fait la con­fi­dence du sui­cide d’un ami, André, dont la mort à quar­ante ans a provo­qué le séisme intime dans lequel nous plonge la dis­pari­tion des êtres chers. Ce boule­verse­ment laisse sans voix et sans mots ceux qui, au con­traire de Myr­i­am Watthee-Del­motte, n’ont pas exploré les voies de résilience que la lit­téra­ture nous ouvre et dont l’auteure de Dépass­er la mort nous pro­pose ici quelques titres choi­sis dans sa bib­lio­thèque. Celle qui a créé le Cen­tre de Recherche sur l’Imag­i­naire à l’Université catholique de Lou­vain a élar­gi le champ du lit­téraire à celui de la musique : son livre nous pro­pose un accom­pa­g­ne­ment musi­cal sélec­tion­né dans le cat­a­logue du label Cypres, et disponible en écoute libre sur le site de l’éditeur musi­cal.

Con­tin­uer la lec­ture

L’imaginaire ferroviaire dans la littérature

Anne REVERSEAU, Sur les rails. De Vic­tor Hugo à Jacques Roubaud, Impres­sions Nou­velles, 2018, 128 p., 13 €, ISBN : 978–2‑87449–619‑6

reverseau sur les railsCom­ment la lit­téra­ture, les arts plas­tiques se sont-ils emparés de l’objet train ? Com­ment une inven­tion tech­nique inter­ag­it-elle avec la sphère des idées, avec le plan des créa­tions ? Dans Sur les rails. De Vic­tor Hugo à Jacques Roubaud, une antholo­gie de textes et de gravures, pho­togra­phies, Anne Reverseau explore cette ques­tion qui, en sa for­mu­la­tion, pos­tule un jeu d’influences entre le monde de l’esprit et le régime de la tech­nè. Dès son appari­tion au tout début du XIXème siè­cle, le train a ébran­lé l’imaginaire col­lec­tif, inter­pel­lé les écrivains, soit que ces derniers accueil­lent l’invention avec méfi­ance et hos­til­ité, soit qu’ils la louent en tant que sym­bole de la moder­nité. Une ligne de partage à haute ten­sion scinde ses détracteurs (Mus­set, Ner­val, Flaubert…) et ses fer­vents par­ti­sans (les Saints-Simoniens, les futur­istes ensuite). Depuis le XIXème siè­cle, le train, la loco­mo­tive, la gare, les rails hantent le ter­ri­toire lit­téra­ture, se cam­pant non seule­ment en décor mais en per­son­nage de roman. Con­tin­uer la lec­ture