Un coup de cœur du Carnet

Regarder le monde. Littérature et cartographie
Autrice : Isabelle Ost
Maison d’édition : Mimésis
Année d’édition : 2026
Nombre de pages : 486
Prix : 32 €
Livre numérique : /
EAN : 9788869764998
Avec Regarder le monde. Littérature et cartographie, Isabelle Ost, professeure en littérature et philosophie à l’UCLouvain Saint-Louis Bruxelles, présidente de l’Institut de recherche interdisciplinaire et co-directrice du centre Prospéro, délivre un essai aussi original qu’ambitieux, novateur que rigoureux. Les relations, a priori insolites, à tout le moins peu habituelles, qu’elle noue entre champ littéraire et pratique cartographique se voient questionnées à partir de la notion de « regard cartographique » qui fournit un opérateur fécond d’approche de la littérature. Le geste cartographique, sa manière d’ordonner l’espace, de transformer le concret en abstrait, l’inconnu en connu, se rangent sous le signe de la représentation. Les lignes liminales posent le phénomène : « Représenter est le propre de l’humain. Partout où l’homme représente, il crée du connu, du familier ». Continuer la lecture



Éric Allard est une figure discrète mais importante du microcosme littéraire belge : on lui doit une œuvre décalée, dédiée à la forme courte (nouvelles, aphorismes, poésies), au clin d’œil, au doute, au grincement, mais, tout autant, l’animation d’une plateforme littéraire collective,
L’expression « leçon de chose » apparaît dans le vocabulaire pédagogique des dernières décennies du 19e siècle. Basée sur l’intuition, cette méthode met l’élève en contact avec un objet concret afin de mobiliser autant son intellect que ses sens ; elle met en connexion étroite les facultés de penser et de classer qu’étudiera plus tard Foucault… Elle fera florès auprès des instituteurs de la République, toujours friands d’innovations pour parfaire l’art de transmettre.
« Plus nous avançons dans une langue et plus son mystère s’épaissit. » Voici l’un des aphorismes que l’on peut glaner au fil de la déambulation à laquelle nous convie Jan Baetens, chasseur subtil de raretés – mais, une fois atteint un certain seuil de littérarité, quel livre ne devient pas un hapax ? La phrase énonce une vérité, pourtant sa limpidité formelle suffirait à en contredire le sens. Et voilà justement où se situe le charme irréductible de l’écriture de Jan Baetens : elle ose dire en toute clarté l’opacité la plus profonde des mots et des textes. Elle se fait passeuse d’énigmes en traversant d’un pas primesautier des labyrinthes qui feraient suinter d’angoisse d’autres plumes, prétendument plus sérieuses, plus stylées.
L’image est formidable : livres et littérature sont des zeppelins.
« Je suis juste quelqu’un qui, comme nous tous, a vu s’effondrer la falaise juste à côté de soi, qui a tremblé au bord du gouffre, et qui a échappé au vertige parce qu’un, puis deux, puis un grand nombre d’écrivains lui ont pris la main pour le tirer en arrière. Venez, je vous précède et je les suis. »
Comment la littérature, les arts plastiques se sont-ils emparés de l’objet train ? Comment une invention technique interagit-elle avec la sphère des idées, avec le plan des créations ? Dans Sur les rails. De Victor Hugo à Jacques Roubaud, une anthologie de textes et de gravures, photographies, Anne Reverseau explore cette question qui, en sa formulation, postule un jeu d’influences entre le monde de l’esprit et le régime de la technè. Dès son apparition au tout début du XIXème siècle, le train a ébranlé l’imaginaire collectif, interpellé les écrivains, soit que ces derniers accueillent l’invention avec méfiance et hostilité, soit qu’ils la louent en tant que symbole de la modernité. Une ligne de partage à haute tension scinde ses détracteurs (Musset, Nerval, Flaubert…) et ses fervents partisans (les Saints-Simoniens, les futuristes ensuite). Depuis le XIXème siècle, le train, la locomotive, la gare, les rails hantent le territoire littérature, se campant non seulement en décor mais en personnage de roman.