Archives par étiquette : Anne-Lise Remacle

Combler l’odeur de son absence

Claire DEVILLE, Les cit­rons, Mur­mure des soirs, 2017, 101p., 12€, ISBN : 978–2‑930657–36‑3

devilleLa nar­ra­trice est une jeune femme dont la vie en dehors de sa pas­sion déçue nous échappe, s’est figée : on la décou­vri­ra fig­u­rante lumière un peu gauche et désor­mais pétrie de rêves hal­lu­cinés ou amers. Une de ces héroïnes can­dides et crues à la fois qui ont aimé danser sous un regard aimant mais ne vivront plus de pas de deux avec le parte­naire élu. Une amoureuse (é)perdue, une lais­sée-pour-compte qui n’a plus qu’une mai­son jadis partagée où se tapir loin du monde et revivre à l’envi le manque de l’être adulé, par­ti au bras d’une autre : « Tu es avec elle le matin. Tu ouvres les yeux en face des siens. Tu dis bon­jour tout som­meil sur ses lèvres, avant de tir­er sur les draps et de jouer à faire le chat pour la réveiller en riant. » Con­tin­uer la lec­ture →

Mots et vie(s) à mettre au jour

Un coup de coeur du Carnet

Aliénor DEBROCQ, À voie basse (nou­velles), Quad­ra­ture, 2017, 140 p., 16€/ePub : 9.99 €, ISBN : 9782930538723

debrocqLa mater­nité s’avère-t-elle être un sujet lit­téraire por­teur ? Si l’on en croit Marie Dar­rieussecq (Le Bébé), Éli­ette Abé­cas­sis (Un heureux évène­ment) ou plus récem­ment Valérie Mré­jen (Troisième per­son­ne), assuré­ment. Tout comme peu­vent l’être le choix assumé d’une vie faite d’écriture plutôt que de trans­mis­sion mat­ri­mo­ni­ale (Lin­da Lê – À l’enfant que je n’aurai pas) ou le con­stat qu’être femme sans descen­dance peut encore éton­ner ou faire jas­er (Jane Sautière – Nul­li­pare).

À lire : un extrait de À voie basse

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Combler l’absence à petits points

Chris­tiane LEVÊQUE, Ravaudages (Réc­its), Tra­verse, 2017, 112p., 13€, ISBN : 978–2‑93078–316‑1

levequeS’adonner au tri d’un gre­nier, où le bric et le broc voisi­nent avec des tré­sors, peut vous faire com­met­tre l’irréparable : vous débar­rass­er d’un pan de mémoire qui prend la forme d’objets a pri­ori insignifi­ants.  Con­fron­tée à ce range­ment sen­ti­men­tal, Chris­tiane Lev­êque con­fesse avoir mis au rebut, sans y pren­dre vrai­ment garde, les dizaines de paires de chaus­settes reprisées avec métic­u­losité et sens de l’économie par les femmes de sa famille. Ne s’étonne pas d’avoir été ensuite prise d’un remords qu’il lui fau­dra tra­vers­er, atténuer par le réc­it : « Ravaudages. Je répar­erai. Au moins par les mots, ceux que j’aurai écrits ». Con­tin­uer la lec­ture →

Filles-flammes entre Meuse et lagune

Chris­tiana MOREAU, La sonate oubliée, Préludes, 2017, 256 p., 15.60 €/ePub : 10.99 €, ISBN : 9782253107811

moreauÀ Seraing, cité d’acier aux hori­zons bas et aux espoirs com­primés, Lionel­la est une ado­les­cente qui détonne. Loin des amuse­ments de son âge, élevée dans une famille ital­i­enne où l’on tient la musique pour nour­ri­t­ure spir­ituelle, elle n’a d’yeux pour son vio­lon­celle. Entraînée par son pro­fesseur, Mon­sieur Sohet, pour le prochain con­cours Arpèges – retrans­mis à la télévi­sion et d’ampleur inter­na­tionale –  la jeune fille fron­deuse bute sur le choix de la pièce qu’elle devra présen­ter. Com­ment se démar­quer de ces con­cer­ti si rabâchés ? Com­plète­ment bleu de la vio­lon­cel­liste, son ami Kevin – doux rêveur dans une famille mono­parentale sous haute ten­sion – lui offre un cof­fret glané en bro­cante. Lionel­la y décou­vre avec ravisse­ment non seule­ment une par­ti­tion anci­enne, mais aus­si une médaille coupée et un car­net, celui d’Ada, une orphe­line véni­ti­enne du XVIIIe siè­cle. Débute alors, à mesure que les pages du jour­nal intime défi­lent et que les notes de la sonate retrou­vée s’apprivoisent en vue de la com­péti­tion, un étrange dia­logue entre la Serési­enne et celle qui fut l’élève de Vival­di à l’Ospedale del­la Pietà. De quels mys­tères est por­teuse cette vio­lon­cel­liste oubliée par les âges ? Quel était cet étrange lieu qui recueil­lait les fil­lettes lais­sées-pour-compte afin d’en faire des musi­ci­ennes émérites ? Se peut-il que la trou­vaille de Kevin soit une œuvre incon­nue du com­pos­i­teur des Qua­tre Saisons, celui qu’on surnom­mait le prêtre roux ? Con­tin­uer la lec­ture →

Disparaître, renaître

Alia CARDYN, Une vie à t’attendre, Charleston Édi­tions, 2016, 272p., 18€/ePub : 12.99 €  ISBN : 978–2‑36812–106‑1

cardynEn 1995, Rose Cam­pi­on, enfant solaire de six ans, voit ses repères se frac­tur­er d’un seul coup : ses par­ents, Gabrielle et Charles – ren­tiers et lui tim­o­ré, elle éteinte, finale­ment très peu con­nus de leurs voisins – se sont éva­porés sans crier gare. Con­fiée à un orphe­li­nat, la petite fille refuse de se croire aban­don­née et tente de sur­mon­ter la tragédie grâce à la vivac­ité de Lucie et à la con­fi­ance en la vie de son grand frère Oscar, meneur inné de leur bande de « sur­vivants ». À l’école, c’est le ten­dre Hen­ri qui la pro­tège et la con­sole avant qu’elle soit mutée dans un étab­lisse­ment plus proche de son lieu de vie. Ernest Jaco, inspecteur proche de la retraite, s’émeut lui aus­si du sort de la gamine et met tout en œuvre pour com­pren­dre le mys­tère de cette dis­pari­tion. Pourquoi le cou­ple a‑t-il reven­du plusieurs pro­priétés quelques mois avant le drame et ver­sé le mon­tant obtenu à une asso­ci­a­tion brésili­enne? Con­tin­uer la lec­ture →

Jacques-san au pays des légers changements

Manuel CAPOUET, Le mod­èle, Diag­o­nale, 2016, 250 p., 17.50€/ePub : 9.99 €   ISBN : 978–2‑960132–16‑8

capouetJacques, jeune chercheur en cli­ma­tolo­gie brux­el­lois, débar­que à Tokyo, une ville qui lui évoque « une cité obscure de Schuiten et Peeters qui engloutit ceux qui osent s’y aven­tur­er ». Ses seuls repères sont les con­vi­nis, petites échoppes de quarti­er où il se sus­tente en bière et repas bon marché. Débous­solé par les con­ven­tions sociales – ses col­lègues japon­ais sem­blent tous régis par une hiérar­chie immuable – et con­fron­té aux sub­til­ités d’une langue qu’il ne maîtrise que par­tielle­ment, il est tenu par le pro­fesseur Nishimu­ra de trou­ver rapi­de­ment un sujet de thèse. Con­tin­uer la lec­ture →

Petits arrangements avec la trahison

Armel JOB, Dans la gueule de la bête, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2016 (1ère éd. Robert Laf­font, 2014), 336 p., 9€   ISBN : 9782875681317

job-enCes citoyens-là ne sont pas « né[s] à Lei­den­stadt sur les ruines d’un champ de bataille », mais vivent à Liège, sous occu­pa­tion nazie. Lorsqu’il leur sera enjoint, en cette péri­ode trou­ble, d’agir en braves ou en veules, leur hési­ta­tion trac­era sans ménage­ment une fron­tière floue.
Il y a d’abord  sœur Michelle qui, pressée par le clergé, doit accueil­lir dans son pen­sion­nat Han­na / Annette, une fil­lette juive, et qui n’accepte qu’à moitié, avant de se ren­dre compte que cette enfant angélique peut atténuer son creux affec­tif. Il y a ensuite les Desnoy­er – un notaire et son épouse dacty­lo­graphe – qui cachent Fan­nia / Nicole, la mère de la petite : Mon­sieur se décou­vre trou­blé par le charme de la jeune femme, Madame a des accès de rejet avant de se ravis­er et de se ras­sur­er quant à sa char­ité chré­ti­enne. Un des clercs de leur étude, Oscar Lam­beau, ancien sémi­nar­iste à l’homosexualité refoulée, appar­tient égale­ment au réseau catholique de pro­tec­tion des Juifs. Con­tin­uer la lec­ture →

Le visage et l’auteure

Mathilde ALET, Petite fan­tôme, Édi­tions Luce Wilquin, 2016, 176 p., 18€/epub : 10.99 €, ISBN : 978–2882535269

aletComme chaque mer­cre­di, Gil attend Jo aux Trois Com­pères, un café sans grand charme. Cette fois, sa com­parse de ban­quette ne se con­tentera pas d’un léger retard : elle ne vien­dra pas à leur ren­dez-vous. Qu’est-ce qui a provo­qué rup­ture dans leur rit­uel par­faite­ment établi ? Com­ment s’accommoder d’une telle absence ? Dans sa vie plutôt soli­taire qu’elle voudrait réglée comme du papi­er à musique, Gil com­pense chaque faille, chaque estafilade en façon­nant des arché­types imag­i­naires avec qui mieux dia­loguer : il y avait Arnaud-chéri, le fiancé plus par­fait que celui qui se con­tente de vis­ites hor­i­zon­tales à l’improviste. Il y aura donc Joséphine, aus­si belle que la vraie, mais bien plus proche d’elle, comme dans ses sou­venirs de la rue des Goé­lands. Une grande sœur avec qui s’accorder une rela­tion non régie par con­trat, avec qui tous les sujets pour­ront être abor­dés.

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Cernes de famille

Chan­tal DELTENRE, La Forêt Mémoire, mael­strÖm, 2016, 110 p., 12 €

deltenreCom­ment imbrique-t-on dans sa mémoire les sou­venirs, doux ou douloureux ? Com­ment faire pour qu’ils se trans­fig­urent, se floutent et ne nous digèrent pas tout cru ?
Dans La Forêt-Mémoire, la nar­ra­trice, encore enfant, a plan­té à son seul usage une canopée sen­si­ble imag­i­naire. Au plus pro­fond, comme dans autant de boules à neige, elle peut à loisir étein­dre ou ani­mer les scènes qu’elle a vécues : Grande, la mamy aimante, en train de rac­com­mod­er un chandail. Grand, le pépé com­mu­niste, feuil­letant Le Dra­peau Rouge en quête d’une nou­velle manif où il l’emmènerait. La Ducasse d’Ath et ses Géants au dernier week-end d’août, les bor­ds de la Den­dre et la stat­ue de Saint Antoine, qui veille sur la plus jeune occu­pante de la maison­née. Il reste mal­gré tout des paysages qui grésil­lent bien trop à son goût, sous ten­sion ou au mieux, vidés de tout lien. Des moments qu’elle ne maîtrise guère: tous ceux où appa­rais­saient ses par­ents, mar­iés très jeunes et comme encom­brés de leur progéni­ture. Con­tin­uer la lec­ture →

Secrets de soupente

Patrick DELPERDANGE, Le cli­quetis, Genèse Édi­tions, 2016, 194p., 20.5 €/ePub : 14.99 €

delperdangeImag­inez une demeure de plus d’un siè­cle, un peu décrépie, mais au pouls vail­lant. Prête à vous con­fi­er les mys­tères qui l’ont tra­ver­sée au fil des ans ou à vous révéler les petits secrets de cha­cun de ses occu­pants actuels. Cette mai­son, c’est elle qui endosse le réc­it, nous présen­tant Maïa, la concierge grecque tou­jours fidèle au poste et Mon­sieur Gode­froid, le chercheur acar­iâtre qui s’escrime sur ses vieux livres depuis au moins 20 ans. Charles et Marthe Lau­rent, un cou­ple âgé, dis­cret, et tou­jours amoureux qui rêve de retourn­er aux Con­t­a­mines, où leur his­toire s’est scel­lée. Les Messier qui ont du mal à se par­ler car mon­sieur est tou­jours le nez plongé dans ses recherch­es chim­iques. Leurs deux enfants, Clara, qui adore dessin­er, et Jonathan qui pense que sa sœur est un peu folle. Madame de Pasquale en désha­bil­lé de soie et crinière blonde, et son major­dome qui veille au grain. Tous sont habités par des secrets, des regrets qui finiront par exsud­er à la suite d’un inci­dent anodin : un cli­quetis per­ma­nent, agaçant et inex­plic­a­ble venant de la soupente dis­simulée du qua­trième étage, que des ouvri­ers vien­dront met­tre au jour. De quelle exis­tence trag­ique cette petite pièce fut-elle le témoin ? Quand on fis­sure son mur, ne frac­ture-t-on pas aus­si la moelle épinière d’une mai­son ? Con­tin­uer la lec­ture →

Dans le prisme de Rio

Eve­lyne HEUFFEL, Palmes dans l’azur. Roman bossa-nova, Ker édi­tions, 2016, 180 p., 12 €

heuffelIl est des auteurs de chez nous dont la terre d’élection – réelle et lit­téraire – se situe bien loin des ban­quets à la Bruegel, des canaux de Bruges ou des pavés brux­el­lois. Illus­tra­trice, tra­duc­trice et écrivaine, Eve­lyne Heuf­fel s’est lais­sée charmer par le Brésil à 18 ans et y a posé ses malles dès 1981, d’abord sur la côte de Recife puis plus au sud, à Rio de Janeiro. Il y a fort à pari­er que le regard que pose sa can­dide héroïne – débar­quée à Rio en 1967 autant par amour pour Otávio que par curiosité pour ce pays sin­guli­er – sur une Rio tan­tôt mou­vante, tan­tôt émou­vante, tan­tôt déce­vante doit peu ou prou à la pro­pre expéri­ence de la roman­cière à la lisière de l’adolescence. Con­tin­uer la lec­ture →